TRANSMUTATIONS DE L'ORGANISMI. SU
dépens d'autres substances, c'est-à-dire aux dépens des matières albuminoïdes ou des hydrates de carbone. Nous avons dit (page U6), en nous fondant sur des observations statistiques, que Téconomie doit posséder cette faculté. On admet généralement que la graisse, engendrée dans l'organisme, dérive directement des hydrates de carbone contenus dans les aliments. Toutefois, plusieurs faits semblent indiquer que les matières albuminoïdes peuvent aussi, en se décomposant, donner naissance à de la graisse, en même temps qu'à des produits azotés.
Il est vrai qu'on n'est pas encore parvenu à opérer cette transformation par des procédés chimiques ; cependant les faits connus ne sont pas en contradiction avec la possibilité de l'effectuer, car, dans des circonstances favorables, la fibrine^ la caséine, etc., se transforment en sels ammoniacaux et en acides gras volatils.
Les observations qu'on a faites sur la formation de l'adipocire paraissent indiquer que la substance muscu* laire se transforme simplement en savon ammoniacal. On sait d'ailleurs que, dans les muscles paralysés, la substance des fibrilles disparait, pour être remplacée par un dépôt de graisse.
Dans les tissus malades, notamment à la suite de réactions inflammatoires, on voit fréquemment apparaître des granules de matière grasse qui remplissent et entourent les débris des cellules vidées {dégénérescence adipeuse).
Voici d'autres faits. On a introduit, dans la caVité stomacale d'animaux Vivants, des tnatières animales pauvres en gtaisse, telles que des cristallins^ des blancs
d*œufs : après quatre à huit semaines, ces matières avaient diminué ; mais la proportion des matières grasses avait augmenté, celle des matières albuminoïdes était devenue plus faible. Ces faits, à la vérité, rendent probable la transformation de la matière albuminoïde ea matière grasse ; toutefois, il se pourrait que la matière grasse provint d une infiltration et se fût déposée de la masse générale des liquides dans le vide causé par la résorption de la matière albuminoïde : on voit, en effet, une graisse huileuse àe déposer dans les pores élargis du tissu osseux, chez les malades affectés d'une raréfaction de ce tissu. D'autres expériences ont montré que lorsqu'on introduit, dans l'organisme, des matières albuminoïdes enduites de collodion, de gutta-percha, ou enfermées dans des tubes de verre , elles ne se transforment pas en matière grasse, tandis que des substances non albumineuses, telles que des fragments d'os, du bois, de la moelle de sureau, en séjournant pendant quelque temps dans la cavité abdominale, s'imprègnent de graisse, et s'entourent d'une exsudation graisseuse de couleur jaunâtre.
Quelques expériences faites sur les œufs de la limnée des étangs, pendant leur développement, semblent démontrer, pendant l'évolution de l'embryon, une augmentation de graisse, provenant d'une décomposition de la matière albumineuse; la transformaticm de l'albumine en graisse paraît établie au moins pour ce cas particulier. Quant à la question générale, elle demeure toujours indécise.