ÉLÉMENTS TERNAIRES ANORMAUX
Le titrage du sucre à la liqueur de Fehling n'est pas absolument rigoureux; mais il sufflt presque toujours, quand Turine ne contient pas de trop grandes quantités d'acide glycuronique ou d'autres agents réducteurs (chloral, essence de térébenthine).
c. Fermentation. — S'il en est autrement, on s'adresse à la fermentation. Dans un appareil Gessler, décrit ci-dessus (voir p. 450), on verse 10 centimètres cubes d'urine et gros comme un poids de levure fraîche, lavée et essorée plusieurs fois. Après avoir pesé l'appareil, on l'expose deux ou trois jours à l'étuve, à SO^-So'^ ; après quoi, on balaie l'acide carbonique par un courant d'air sec, et on repèse. La perte de poids multipliée par 2,127 donne la quantité de glucose.
2^ Lactose. — On trouve, d'ordinaire, la lactose dans l'urine des accouchées (40 p. 100 des cas), principalement le quatrième et le cinquième jour après la délivrance. Les accouchées éliminent de la lactose par le rein, quand on leur administre du glucose fvoN Noorden).
Les urines lactosiques se comportent comme les urines sucrées vis-à-vis de la plupart des réactifs : elles réduisent la liqueur de Fehling et le réactif de Nylander, et dévient vers la droite. Elles donnent même un composé cristallin avec la phénylhydrazine ; mais il ne se forme qu'à la longue et après refroidissement. Une solution à 3 p. 100 d'acétate de cuivre et 1 p. 100 d'acide acétique est réduite par le glucose et non par le sucre de lait. Le véritable caractère distinctif est fourni par la fermentation. La lactose ne fermente pas directement, avec la levure ordinaire ; mais, après ébullition avec l'acide chlorhydrique dilué, qui donne du glucose et de la galactose, le liquide neutralisé fermente abondamment.
3® Autres hydrates de carbone. — La lévulose a été signalée dans des cas très rares. Administrée à des diabétiques, elle passe quelquefois inaltérée, augmente d'autres fois la proportion de sucre ordinaire. On a trouvé des pentoses G^H*^0" chez des morphinomanes ,(Salkowski) . Signalons encore un sucre
gauche non formentoscible, la laïose (Léo, Huppert), et des substances dextrinoïdes , parmi lesquelles du glycogène (Lkube, Reichardt^ Ce dernier point mériterait confirmation.
4® Inosite. — L'inosurie accompagne quelquefois le diabète
et l'albuminurie. Pour rechercher rinosite, on élimine d'abord le sucre par la fermentation et l'albumine par la chaleur, en présence de l'acide acétique et du sulfate de soude. On évapore en consistance sirupeuse l'urine fdtrée et ajoute un peu de nitrate mercurique ; il se produit, à chaud, une teinte rouge qui disparaît par refroidissement et se
reproduit, quand on chauffe.
Fij»:. 7J.
Inosite. 5° Acétone. — Dans les dia-
bètes graves, dans le coma diabétique, l'haleine exhale fréquemment une odeur éthérée due à l'acétone GIP.GO.GH^ liquide mobile, bouillant à 56<^, soluble dans l'eau. L'acétone se rencontre alors dans l'urine, à des doses variant entre quelques centigrammes et 2 grammes. L'acétonurie a été signalée également dans le cours de quelques maladies fébriles, surtout chez les enfants, chez les aliénés, chez les cancéreux, comme conséquence de troubles digestifs ou d'autointoxications. L'haleine des typhiques exhale souvent l'odeur de l'acétone : cette substance apparaît aussi dans leurs urines. Une alimentation riche en albumines et l'inanition peuvent provoquer l'acétonurie (Petters, von Jaksch). Ce rapprochement n'a rien de paradoxal : l'inanition aboutit à l'autophagie, c'està-dire à la consommation par l'organisme des matériaux de l'organisme lui-même. L'inanition est donc, au premier chef, un régime carné, et, à la dernière période, quand le glycogène et les graisses ont disparu, c'est un régime carné exclusif. La présence de l'acétone dans l'urine des sujets soumis à
ÉLÉMENTS TERNAIRES xVNORMAUX 495
inanition ou à une alimentation riche en albumine (ce qu *evient au même, au point de vue des procès de désassimilation), autorise à penser que l'acétone provient d'un dédoublement anormal des matières protéiques ; peut-être, dans certains cas tout au moins, l'acétonurie est-elle liée à une oxydation incomplète des hydrocarbonés.
A, Recherche. — On distille 250 centimètres cubes d'urine avec 5 centimètres cubes d'acide acétique; les vingt premiers centimètres cubes qui passent à la distillation, sont soumis aux essais suivants. En ajoutant une solution alcoolique d'iode, puis de l'ammoniaque, on obtient un précipité noirâtre qui est un mélange d'iodoforme et d'iodure d'azote. Ce dernier ne tarde pas à disparaître, et, après quelque temps, on aperçoit, au fond du tube, des cristaux jaunes, d'odeur safranée, de forme hexagonale, quand on les examine au microscope : c'est de l'iodoforme (Gunxlng.) A quelques centimètres cubes de liquide distillé on ajoute une solution aqueuse d'ortho-nitrobenzaldéhyde, puis de la soude ; le liquide se colore en bleu magnifique, par suite de la formation d'indigo (Pexzoldt). Une solution de fuchsine, décolorée par un excès d'acide sulfureux, reprend, au contact de l'acétone, une teinte rouge (Chautard). ^
B, Dosage. — Quand on a distillé 250 centimètres cubes d'urine et recueilli les vingt premiers centimètres cubes, on ajoute au distillât de la soude en excès et une solution d'iode dans Tiodure de potassium. Le mélange est agité dans un flacon, puis additionné d'éther pur privé de toute trace d'alcool, enfin soumis à une nouvelle agitation. L'iodoforme se dissout dans l'éther, qu'on décante et évapore, à froid, audessus de l'acide sulfurique, dans un verre de montre taré. Quand le résidu est bien sec, on pèse à nouveau le verre de montre ; l'augmentation de poids donne la proportion d'iodoforme. Un gramme d'iodoforme correspond à O^^tiT d'acétone (Kramer).
6« Acide acétyl-acétique. — Ce composé CH» — GO — GH2
— CO^H est un liquide acide, incolore, très instable, se dédoublant avec la plus grande facilité en acide carbonique et acétone. Il s'élimine par Turine, au cours du diabète et de quelques autres affections, à peu près dans les mêmes circonstances que l'acétone, qu'il accompagne très souvent (Gehrardt, VON Jaksch).
A cause de son instabilité, il faut le rechercher dans l'urine fraîche. On ajoute à l'urine quelques gouttes de perchlorure de fer et, après s'être débarrassé par filtration du phosphate ferrique qui s'est précipité, on examine le liquide qui passe : la présence de l'acide acétyl-acé tique s'accuse par une teinte rouge Bordeaux. En aucun cas, la réaction ne doit se produire sur de Furine bouillie.
70 Acide â-oxybutyrique. — Cet acide GH' — GH.OH — GH^
— GO^H, homologue de l'acide lactique, est un sirop épais, lévogyre que Stadelmann et, après lui, Wolpe, Kulz, Mlnkowski, L. HuGou-NENQ ont trouvé dans l'urine et le sang de certains diabétiques comateux, soit encore chez des aliénés, ou au cours de fièvres éruptives diverses. Get acide est souvent accompagné de l'acétone, et toujours de l'acide acétyl-acétique, dont il est l'élément générateur. L'acide P-oxybutyrique est un dérivé des albumines. Il est habituellement très abondant : certains diabétiques en éliminent des quantités qui varient entre vingt et plusieurs centaines de grammes, par vingt-quatre heures.
Pour le rechercher, on fait fermenter l'urine avec de la levure ; le liquide filtré est précipité par le sous-acétate de plomb ammoniacal et examiné au polarimètre : s'il dévie vers la gauche, c'est un indice très probant. On peut alors extraire l'acide en nature par un procédé indiqué par Kulz, mais que nous ne croyons pas utile de décrire ici (voir Lœbisch, Anleilung f. Harnanalysé).
§ 2. — Matières protéiques
Les albumines urinaires pathologiques les plus fréquentes sont celles du sérum sanguin : en première hgne, la serine,
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puis la globuline. On rencontre aussi des nucléo-albumines, de la fibrine (hématurie), des albumoses et des peptones.
±^ Albiimine. — Les matières protéiques apparaissent dans Turine, à la suite de troubles fonctionnels ou de lésions anatomiques affectant un grand nombre d'organes et, en première ligne, le rein (mal de Bright et néphrites diverses, obstacle au cours de l'urine dû à un calcul engagé dans l'uretère). Les lésions cardiaques et les troubles circulatoires qui en sont la conséquence, nombre de maladies infectieuses (fièvres éruptives, fièvre typhoïde, diphtérie, pneumonie), les affections qui aboutissent à une déchéance vitale plus ou moins accusée (chlorose, leucocythémie, tuberculose), enfin les lésions du système nerveux central se compliquent, avec une fréquence variable, d'albuminurie. Hubener a relevé, dans une statistique dont les éléments sont empruntés au service de Gehrardt, à Berlin, les chiffres suivants qui donnent une idée de la fréquence de l'albuminurie dans quelques maladies aiguës : «
Fièvre typhoïde 75,6 p. 100 des. cas.
Erysipèle 66,9 — —
Paludisme 75,9 — —
Diphtérie 59,0 — —
Scarlatine 77,6 — — .
Pneumonie 74,3 — —
Il s'agit, dans tous ces cas, de néphrites toxiques provoquées, par l'élimination à travers le rein des toxines fabriquées par l'organisme, au cours de ces diverses infections.
L'usage prolongé du salicylate de soude et des poisons corrosifs provoque aussi de la néphrite et fait apparaître l'albumine ; c'est peut-être à une cause analogue qu'il faut attribuer l'albuminurie qui suit, dans un tiers de cas, l'anesthésie par l'éthei* et le chloroforme. On a signalé l'albuminurie chez les accou^ chées, immédiatement après la délivrance (Paykull), chez les nouveau-nés (Flensburg) ; elle paraît être due, dans ces deux cas, aux troubles circulatoires consécutifs à la compression^ L'inoculation de la l'age, che2 le chien, fait apparaître l'albu-*
mine dans l'urine (Colasanti). Sur le cadavre, l'urine est toujours albumineuse (Vibeht, Ogier, Aloxzo).
Chez les jeunes gens, à l'état physiologique, l'albumine se montre quelquefois ; elle est fréquente après les exercices violents (marcheurs, coureurs, rameurs, cyclistes). L'hydrothérapie, les bains froids et le travail cérébral excessif provoquent une albuminurie passagère, de courte durée.
A l'état normal, l'urine contient toujours une matière protéique, la mucine, provenant des glandes mucipares situées sur le trajet des voies urinaires. L'appareil séminal déverse également de petites quantités de matières protéiques dans l'urine; la proportion augmente beaucoup, au cours des maladies infectieuses du testicule, telles que l'épidydimite, la tuberculose, la syphilis (L. Hugouxkno).
A, Recherche qualitative, -t- A 10 centimètres cubes d'urine filtrée on ajoute une goutte d'acide azotique à 1/3 et on fait bouillir ; la présence de l'albumine s'accuse par un trouble plus ou moins net. L'acide azotique, dissolvant la mucine en même temps que les phosphates, est préférable à l'acide acétique. Si l'urine était alcaline, il faudrait ajouter assez d'acide azotique pour l'aciditier légèrement.
En général, on opère de la façon suivante : dans un verre conique à pied, on verse de l'acide azotique concentré, puis, goutte à goutte, à l'aide d'une pipette qui permet de faire glisser le liquide le long des parois, on ajoute l'urine, filtrée au préalable. A la surface de séparation, on voit se former assez rapidement un anneau trouble ou franchement opaque.
A la campagne, quand on ne dispose d'aucun appareil, on prend de l'urine dans une cuillère de fer, on ajoute du sel et du vinaigre, puis on fait bouillir sur la flamme d'une bougie ; le trouble se manifeste aussitôt. Cette méthode est très sensible.
Chez les malades qui prennent de l'essence de térébenthine ou du baume de copahu, l'urine contient des substances résineuses qui peuvent donner lieu à l'apparition d'un trouble, au contact de l'acide azotique ; on distinguerait ce précipité de l'albumine ordinaire par sa solubilité dans l'alcool. Néanmoins,
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il ne faut pas oublier qu'on rencontre parfois en abondance des propeptones qui précipitent par l'acide azotique et se dissolvent dans l'alcool ; j'ai observé un cas de ce genre, chez un malade atteint de néphrite syphilitique. Mais alors,' le trouble provoqué par la présence des propeptones ne disparaît pas dans l'éther,qui,au contraire, dissout bien les résines.
Signalons encore, parmi les procédés plus rarement employés bien qu'étant les plus sensibles : le ferrocyanure de potassium et l'acide acétique, les acides trichloracétique, métaphosphorique, sulfosalicylique, sulfophénique, etc. Avec l'acide sulfosalicylique, en particulier, on peut déceler Ok^^io d'albumine dans un litre d'urine, à la condition de dissoudre O^^IO d'acide dans 40 centimètres cubes .de liquide (Modrln). L'aseptol, employé comme l'acide azotique, décèle également des traces impondérables d'albumine ; il ne présente, en outre, aucun des inconvénients des réactifs habituels (BarralI
On a quelquefois à séparer la globuline de la serine. Il suffit de saturer l'urine, à la température ordinaire, avec du sulfate de magnésie cristallisé; la globuhne se sépare. Du liquide filtré, on peut précipiter la serine par la chaleur et l'acide acétique.
B. Dosage, -- Le dosage de l'albumine est moins rapide et aussi moins précis que celui du sucre. Nous ne donnerons que deux procédés, choisis parmi les plus expéditifs et les mieux éprouvés.
a. Procédé d'Esbach. — ^Le procédé d'Esbach, qui permet de (ioser approximativement l'albumine, est fondé sur une mesure grossière de la hauteur qu'occupe dans un tube le précipité d'albumine obtenu en traitant l'urine par le réactif suivant : acide citrique 2 grammes, acide picriquo 1 gramme, pour 100 centimètres cubes d'eau.
Un tube à essais, en verre résistant, porte deux traits U et R ^ au-dessous de U et jusqu'à l'extrémité inférieure du tube est gravée une graduation. On verse de l'urine jusqu'en U, puis du réactif jusqu'en U : le tube est bouché, agité avec précau^ tion, pour éviter la formation de l'écume, et abandonné vingt-
quatre heures au repos. On lit la hauteur du précipité sur la graduation ; les chiffres donnent directement, exprimée en grammes et par litre, la teneur en albumine. Ce procédé ne fournit que des résultats à peine comparables. Avec des urines concentrées, il faut diluer à un titre connu ; enfin, (juand le malade prend de l'antipyrine, la méthode est inapplicable. La présence des alcaloïdes (quinine, morphine) peut aussi être le point de départ de graves erreurs, en faisant croire à la présence de l'albumine, alors qu'il n'en existe pas.
b. Méthodes par pesée. — On peut faire bouillir 100 c'entimètres cubes d'urine acidulée par une ou deux gouttes d acide acétique, jeter le coagulum sur un filtre taré, laver, sécher et peser. Mais, Talbumine entraînant des sels et se dissolvant partiellement dans Teau de lavage, il vaut mieux suivre, en le modifiant légèrement, le mode opératoire indiqué par MÉuu.
On acidulé l'urine par l'acide acétique et on filtre ; on en prélève 100 centimètres cubes et on ajoute 2 centimètres cubes d'acide azotique, puis, Albummi- g^jy^^ ^ goutte, et en agitant, 10 centimètres cubes d'EsBACH ^^^^ réactif composé de 2 parties de phénol, 1 partie d'acide acétique, 2 parties d'alcool à 90<». Après douze heures de repos, on jette le coagulum sur un filtre taré placé sur un entonnoir à succion, et on lave à plusieurs reprises avec de l'eau phéniquée froide à 4 ou 5 p. 100. Le précipité, séché à 110<*, est enfin pesé exactement.
2^Mucine. — La mucine se distingue de l'albumine par les caractères suivants : elle ne donne pas de disque opaque, au contact de l'acide azotique ; elle se dépose lentement au fond des vases et sous forme de nuage, quand on abandonne l'urine
Fig. 77.
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3^ Nucléo-albumines. — Pour rechercher les nucléo-albumines, on dilue l'urine avec 3 volumes d'eau et ajoute de Tacide nitrique. Le coagulum, recueilli, lavé et dissous dans la soude étendue, en est précipité à la température de + 20* par l'addition de sulfate de magnésie cristallisé ; on jette sur un filtre et, après avoir lavé et séché la substance, on la brûle avec du nitrate de potasse et de la soude. Dans le produit de l'incinération, on reconnaît la présence du phosphore et on le dose par le réactif nitromolybdique ou la mixture magnésienne. De la proportion de phosphore, on préjuge le poids des nucléoalbumines, celles-ci renfermant de 0,5 à 2 0/0 de phosphore. Les mucines ne sont pas phosphorées.
4° Fibrine. — La fibrine passe dans l'urine au cours de l'hématurie, à la suite de la diphtérie et de l'empoisonnement par les cantharides. Elle se présente en petites masses gélatineuses ou sous forme de flocons facilement reconnaissables.
50 Albumoses et peptones. — Pendant la digestion pepsique, les albumines se transforment d'abord en un produit que la chaleur ne coagule plus, mais que l'acide nitrique, le ferrocyanure acétique et le sel marin en solution concentrée et en présence d'un excès d'acide acétique, précipitent encore ; ces différents précipités se redissolvent à chaud, à moins que le sel marin ne soit en trop grand excès. On désigne sous le nom d'albumoses les corps qui se forment pendant cette période transitoire de la digestion, bien que rien ne démontre qu'il s'agit, en réalité, d'fîspèces chimiques définies. Quand la digestion est achevée, l'albumine est transformée en une substance qui n'est plus précipitée ni par la chaleur, ni par le ferrocyanure acétique, ni par le sel marin et l'acide acétique, à chaud : c'est la peptone, substance plus dialysable que l'albumine, sUvSceptible de se colorer en rouge violacé par la réaction du biuret (sulfate de cuivre et potasse) et précipitable de ses dissolutions, quand on les sature par le sulfate d'ammoniaque. Les matières albuminoïdes, à ces deux stades de la peptonisation, peuvent se rencontrer dans l'urine.
A, Albumoses. — On les trouve dans l'urine pendant la grossesse et trois ou quatre jours après raccouchement; elles apparaissent aussi au cours d'un grand nombre de maladies aiguës (péritonite, pneumonie, fièvre typhoïde, etc.). L'albumosurie a été signalée encore chez des malades atteints d'ulcère rond (Brikger), chez des cancéreux. L'empoisonnement par le phosphore, diverses affections rénales et hépatiques (Ter Gregoriantz), la leucocythémie (Kœttmtz) et quelquefois la goutte (von Noorden) se compliquent d'albuniosurie. Ces observations ne doivent cependant être acceptées qu'avec réserve : il est difficile de faire le départ entre les peptones et les albumoses, celles-ci étant des substances intermédiaires entre les albumines et les véritables peptones. Les albumoses sont, en effet, mal définies; Kuhne les sépare des peptones par faction du sulfate d'ammoniaque : une solution saturée de ce sel précipite les albumoses et n'a pas d'action sur les peptones. Cette différenciation est arbitraire, et la dénomination d'albumose reste aussi peu précise qu'auparavant.
D'après Huppert, on ne connaîtrait guère plus de six ou sept cas d'albumosurie authentique ; cinq se rapportent à des malades porteurs de lésions osseuses (Benge Jones et Mag-L\tyre, KuHNE, Kahler et Huppert, Ribbink, Matthes) ; un autre cas, observé par Byrom-Bramwel et N. Paton a été étudié récemment par Huppert. Il s'agit d'un malade à f autopsie duquel on avait trouvé un foie gras et cirrhotique ; pas de néphrite. Deux ans avant la mort, et durant une longue période, l'urine de ce malade renfermait 20 à 30 grammes d'albumose par litre (le volume restant normal) ; f excrétion a même, atteint, à certains moments, 75 grammes par litre, soit plus de 100 grammes par vingt-quatre heures. Cette albumose se coagulait entre 59° et 02° et se déposait de l'urine à f état cristallisé^ sous forme de prismes tabulaires. Peut-être s'agit-il, dans ce cas singulier, d'une lésion osseuse qui a passé inaperçue (Huppert). Je ne crois pas, cependant, que l'albumosurie soit toujours liée à une maladie du squelette ; car, j'ai observé un cas d'albumosurie chez un malade atteint de néphrite syphilitique.
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Pour rechercher les ulbumoses, on fait bouillir l'urine acidulée par une goutte d'acide acétique, avec un sixième de son volume d'une solution saturée de sel marin ; le liquide, fdtré bouillant, se trouble par refroidissement. Tiédi , pour que le précipité se redissolve, le liquide précipite à nouveau par l'acide acétique et le ferrocyanure.
Il vaut mieux se servir de la méthode de Devoto. On dissout, à chaud, dans 100 centimètres cubes d'urine, 80 grammes de sulfate d'ammoniaque, afin de précipiter les albumines et les albumoses; les peptones passent à travers le filtre, et on peut les caractériser, dans la liqueur, par la réaction du biuret. Quant au précipité, on le lave avec une solution saturée de sulfate d'ammoniaque, puis on le reprend par l'eau ; l'albumine coagulée reste insoluble, les albumoses se dissolvent. Dans la liqueur filtrée, on les caractérise par la réaction du biuret (teinte violette avec la potasse et le sulfate de cuivre).
Les urines albumosiques donnent quelquefois avec l'acide nitrique un précipité blanc laiteux très différent des flocons d'albumine. Ce précipité s'agglomère ensuite en grumeaux analogues aux grumeaux fibrineux.
B, Peptones. — On les rencontre dans l'urine, quand les globules blancs altérés laissent exsuder leurs produits de désassimilation, par conséquent, chez les malades présentant des foyers de supt)uration (phtisie, empyème, arthrites suppurées). La peptonurie a été, en outre, signalée dans toutes les affections citées plus haut, à propos des albumoses. Certains auteurs vont jusqu'à nier l'existence de la peptonurie : ils rattachent à l'albumosurie tous les cas de peptonurie, sans exception (vOxN Noorden).
Quoi qu'il en soit, les peptones se formant très facilement et très vite, sous l'infinence des microbes, dans les urines albumiileuses exposées à l'air, la recherche des peptones n'a aucune signification, si elle ne porte pas sur des urines fraîchement émises. Quand l'urine n'est pas albumineuse, on l'additionne de la moitié de son volume de réactif picrocitrique [i gramme acide picrique, 2 grammes acide citrique.
pour 100 centimètres cubes d'eau distillée). Si l'urine contient de la peptone, le mélange .se trouble; ce trouble doit disparaître par la chaleur et réapparaître par refroidissement ; il doit disparaître également par addition de quelques gouttes d'acide nitrique concentré. En présence des matières protéiques (albumines, mucines), on opère comme suit : on fait bouillir un demi-litre d'urine avec 10 centimètres cubes d'une solution concentrée d'acétate de soude ; on verse goutte à goutte du perchlorure de fer jusqu'à coloration rouge persistante, puis de la potasse jusqu'à saturation presque complète. Le liquide, porté à l'ébullition et fdtré, ne contient plus ni fer, ni albumine. On ajoute alors au filtratum un peu de sulfate de cuivre à 1 p. 100 et enfin quelques gouttes de potasse caustique au dixième. S'il y a dans l'urine des peptones, le liquide se colore en violet rosé (réaction du biuret.) Cette méthode, due à HoFMEisTER, donne de bons résultats.
BoGOMOLOFF et Vassilieff ont proposé dernièrement de précipiter toutes les matières albuminoïdes par l'acide trichloracétique ; dans le liquide filtré et neutralisé, on recherche les peptones par le sulfate de cuivre et la soude.
§ 3. — Autres substances anormales
Les composés que nous allons passer en revue dans ce paragraphe ne se rencontrent dans l'urine qu'exceptionnellement ; mais, leur étude n'est pas dépourvue d'intérêt, et l'un d'entre eux, la cystine, mérite d'orrêter notre attention.
1^ Cystine. — Cette curieuse substance paraît se former dans l'intestin, probablement sous l'influence d'un agent microbien inconnu; d'ordinaire, elle est brûlée dans les tissus et ne traverse pas le rein. Quelquefois cependant, unie à d'autres composés et, semble-t-il, protégée par eux contre toute oxydation, elle passe dans l'urine : c'est ainsi que la cystinurie s'accompagne fréquemment de l'excrétion de bases spéciales d'origine putréfactive, telles que la putrescine ou