CHAPITRE III
CHIMISME MICROBIEN
L'acquisition de nos connaissances actuelles sur la chimie des microbes a traversé deux phases bien distinctes. Dans l'une, on s'est appliqué à étudier les modifications chimiques apportées par les bactéries qui s'y développent, dans un liquide riche en matières albuminoïdes et abandonné à un ensemencement naturel ; le but de ces recherches était principalement d'ordre chimique. Nous leur devons d'importantes notions sur la putréfaction, le dédoublement et la constitulion des albumines, la découverte des alcaloïdes putréfactifs, ou ptomaïnes (Gautier, Selmf, Brieger).
Presque en même temps, naissait la bactériologie. Elle a permis aussitôt d'isoler et de cultiver des espèces pures de tout mélange. Après quelques années consacrées à la morphologie, elle est entrée, guidée par l'expérimentation sur les animaux, dans une voie plus féconde, en abordant Tétude des conditions chimiques qui président à la vie des microbes et leui* permettent de sécréter ces toxines dont le rôle est devenu si important en pathologie. A cette période de l'évolution scientilique, il n'est que juste de rattacher le nom de Bouchard et de ses élèves; leur influence a fait rentrer la médecine dans la voie féconde des théories humorales.
. L'exposé du chimisme microbien se divise tout naturellement en deux parties, consacrées : l'une aux poisons putréfactifs, ou ptomaïnes, l'autre à l'histoire chimique des microbes pathogènes.
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Ces deux phases de la question ne sont pas seulement liées par l'évolution historique ; elles se complètent réciproquement.
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Ce sont les déchets ultimes provenant de la désagrégation graduelle des matières albuminoldes attaquées par les divers agents de la putréfaction.
1^ Extraction. — Nous indiquerons deux procédés seulement : celui de Brieger et celui de Gautier et Etard.
a. Méthode de Brieger. — Les matières, abandonnées pendant plusieurs semaines à la putréfaction, sont épuisées par Teau bouillante ; on fîltre et précipite par le sublimé corrosif. Le précipité et la liqueur, décomposés séparément par Thydrogène sulfuré, fournissent du sulfure de mercure et des liquides qu'on évapore et d'où Ton extrait ensuite les alcaloïdes par des précipitations fractionnées, à Taide du chlorure d'or ou du chlorure de platine.
b. Méthode de Gautier et Etard. — Ces auteurs ont préconisé la méthode suivante. Les liquides bactériens, acidulés par l'acide sulfurique très étendu et séparés de l'huile qui surnage, sont distillés dans le vide. Le résidu sirupeux, alcalinisé par la baryte et agité avec du chloroforme, cède les bases à ce dissolvant. Le produit de l'évaporation du chloroforme, à l'abri de l'air et à basse «température, est acidulé par l'acide lartrique pour séparer une matière résinoïde; on filtre et, après avoir alcalinisé le liquide par la potasse, on épuise à l'éther, qui enlève les ptomaïnes. On n'a plus qu'à évaporer Téther et à séparer les alcaloïdes par distillation fractionnée, s'ils sont liquides, ou, s'il s'agit de corps solides, par des précipitations ménagées, à l'aide du chlorure d'or ou du chlorure de platine.
2^ Propriétés générales. — Les ptomaïnes sont des alcaloïdes doués des mêmes propriétés que les alcaloïdes végétaux. Elles se présentent quelquefois sous l'aspect d'huiles inco-