CHIMIE GÉNÉRALE DU SANG
Tous les tissus de l'économie sont baignés par un liquide spécial qui, chargé des matériaux nutritifs absorbés à la surface de l'intestin et du poumon, élabore ces éléments, les abandonne aux cellules et en reçoit, par contre, des produits de sécrétion qu'il élimine, plus ou moins modifiés, par la peau, le poumon ou le rein. Ce régulateur de la nutrition est le sang.
§ 1. — Propriétés générales
lo Caractères physiques et chimiques. — Le sang est un liquide dont la teinte varie du rouge sombre un peu dichroïque,
quand il s'est appauvri en oxyg«'ne (sang veineux), au rougo vermeil, quand il en est chargé (sang artériel). Il n'est translucide que sous une faible épaisseur et n'est jamais transparent, à cause des globules qu'il tient en suspension.
Le sang est un peu visqueux ; sa densité oscille , chez l'homme, autour de 1050, entre les deux extrêmes 1045 et 1060. Sa chaleur spécifique est très voisine de 1, soit 0,97 environ.
Son odeur, différente suivant les espèces, rappelle celle de la sueur ; elle s'exalte par l'addition d'acide sulfurique, sans doute par suite de la mise en liberté d'acides gras (Barruel) ; l'odeur forte qui se dégage alors est celle que répand l'animal (cheval, bœuf, etc.). La saveur du sang est fade.
Le sang est toujours alcalin, et cette réaction correspond à 2 grammes de soude caustique par litre, quelquefois plus ; elle n'est pas due, en réalité, à la soude caustique, mais bien à du bicarbonate et à du phosphate de soude, c'est-à-dire à des sels alcalins au tournesol. L'alcalinité diminue dans certains états pathologiques (diabète, intoxications), mais ne disparaît jamais.
On évalue le poids du sang d'un adulte à 4'^,5 ou 5 kilo-grammes, en moyenne ; ce chiffre est sensiblement plus bas chez la femme, dont le sang est aussi moins dense (1045 à 1050).
2» Caractères histologiques. — Au point de vue histologique, le sang peut être considéré comme un tissu dont les globules représentent les éléments anatomiques et dont le plasma serait la substance fondamentale. Le sang renferme deux ordres de globules : les rouges et les blancs.
Les globules rouges, ou hématies^ ne sont pas des éléments cellulaires, étant dépourvus de noyaux. Ce sont de petits corps discoïdes, jaunûtres, excavés sur leurs deux faces et formés d'un stroma incolore chargé d'hémoglobine. Ils sont très délicats et s'altèrent aisément sous l'action de la chaleur et des réactifs, de Feau, des sels biliaires, etc. Leur dimension est très voisine de 0™™,0075 ou 7,5 jjl; mais, cette petitesse des globules est compensée par leur nombre : on en trouve 5.500.000
par millimètre cube, soit 27500 milliards dans les 5 litres de sang d'un adulte. On a évalué le volume de chaque globule à 7 dix-millionièmes de millimètre cube, et le poids à * ■ de
Fig. 17.
Sang humain frais (d'après Klein).
A, rouleaux de globules rouges. — B, globule rouge isolé, vu do profil bule rouge isolé, vu par sa surface large. ~ D, globules blancs.
- C, glo
milligramme. Ensemble, tous les globules de l'organisme offrent une surface de près de 3000 mètres carrés. Les globules rouges présentent quelques caractères différentiels, chez
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Fig. 18.
' Espèces variées de globules rouges (d'après Klein).
A, deux globules humains, l'un vu par le côté large, l'autre par le côté étroit B, un globule rouge du chameau - C, doux globules rouges de la grenouille l'un vu par le côté largo, 1 autre par le côté étroit. S'«^ii«uiiie, i un
un certain nombre d'animaux ; nous n'avons pas à nous en occuper dans ce précis.
Les globules blancs, ou leucocytes, sont de véritables cellules formées d'une masse protoplasmique nue, blanche, réfringente et d'un noyau sphérique ou multilobé, en forme de rosette! Leur dimension varie de 5 à 7 |ji. Ils sont beaucoup moins nombreux que les globules rouges : dans la proportion de
4 pour 500 hématies. Ce rapport s'élève dans quelques affections, la leucocythémie, par exemple.
Le sang tient encore en suspension d'autres éléments figurés (plaquettes sanguines), ainsi que des granulations dont la constitution et le rôle sont peu connus.
Les globules, blancs et rouges, représentent 42 à 47 p. 100 du poids total du sang ; le liquide albumineux interstitiel, ou plasma, forme le reste, c'est-à-dire 53 à 58 p. 100.
C'est par l'étude du plasma et celle de la coagulation qui en est la suite naturelle, que nous commencerons cet exposé; nous étudierons ensuite la chimie du globule, l'histoire de l'hémoglobine et de ses dérivés, l'analyse du sang, les variations pathologiques de sa composition, enfin les applications à la médecine légale.
3» Composition chimique. — Mais, auparavant, nous donnerons ci-après le tableau de la composition chimique du sang, d'après C. Schmidt, non sans faire remarquer que la méthode de l'auteur conduit à une proportion trop élevée de' globules (voir p. 245 et 246).
Nous reviendrons ultérieurement sur ces chiffres.
§ 2. — Plasma sanguin
On le sépare des globules par la centrifugation, ou en laissant reposer, dans des éprouvettes refroidies, le sang oxalaté, c'est-à-dire contenant 0»%! p. 100 d'oxalate de potasse : les globules, plus lourds, gagnent le fond, le plasma surnage. On peut aussi injecter de la peptone dans les veines, avant de pratiquer la saignée ; le sang ne se coagule plus et on peut alors le centrifuger aisément.
Le plasma est un liquide jaune ambré, légèrement verdâtre, un peu visqueux, d'odeur fade, de réaction alcaline, de densité voisine de 1027, coagulable vers 12". Les tableaux ci-contre donnent en gros sa composition chimique, qu'il convient d'étudier de plus près.