CHIMIE LEGALE DU SANG
en présence de l'acide chlorhydrique, en globuline et hématine. Celle-ci, au contact de l'acide, donne un chlorhydrate cristallisé brun : l'hémine.
Sur une lame porte-objet, on évapore, à une température qui ne doit pas dépasser 4b°, une goutte de la solution de sang additionnée d'eau salée à 1/1000°. Le résidu sec est recouvert d'une lamelle au bord de laquelle on dépose une goutte d'acide acétique cristallisable, qui, par capillarité, gagne la préparation. Le tout est chauffé à feu nu sur une lampe à alcool, en remplaçant au fur et à mesure l'acide qui s'évapore. Quand on a ainsi volatilisé trois ou quatre gouttes d'acide acétique, on porte en dernier lieu à l'ébullition et, après refroidissement, on examine à un assez fort grossissement.
C'est surtout sur les bords ou dans les coins de la lamelle que s'accumulent un grand
nombre de cristaux bruns, très nets, très caractéristiques. Ces cristaux appartiennent au système clinorhombique ; ils sont le plus souvent courts et épais, à arêtes vives, plus rarement aiguillés ou fusiformes, quelquefois groupés en étoile ou en rosette. Leurs dimensions, qui varient de 1 à 30 (jl, sont comprises habituellement entre 1 et 3 fx. Les cristaux d'hémine sont inaltérables, insolubles dans l'eau, l'alcool, l'éther, l'acide acétique, solubles dans les acides minéraux, la potasse, la soude, l'ammoniaque. Ces cristaux ne peuvent être produits que par le sang.
Fig. 34.
Cristaux d'hémine humaine.
A^ Questions subsidiaires. — L'inculpé attribue quelquefois aux taches de sang décelées par l'expertise une origine qu'il est indispensable de contrôler.
a. Espèce de sang» — La justice demande presque toujours
à l'expert s'il s'agit du sang humain ou du sang d'un animal. La réponse à cette question est fort difficile, à cause des mesures délicates qu'elle entraîne et de l'altération à peu près constante des globules. On ne peut essayer de répondre que lorsque les taches sont dissociables au sein de la potasse : on mesure alors plusieurs globules à l'aide du micromètre oculaire. Les globules de l'homme mesurent 7 [x, ceux de la chèvre 4 fi, du mouton h /*, du porc 6 fx, du cheval 5 fi, du lapin 7 [x. Les globules des oiseaux sont elliptiques ; ils mesurent de 12 à 16 fi, suivant leur axe longitudinal.
b. Origine du sang. — Cette question est, elle aussi, très souvent posée à l'expert ; on peut quelquefois y répondre, en déterminant l'origine d'une tache, à Taide des éléments accessoires (|ui l'accompagnent. Ainsi, les taches de sang menstruel exhalent, quand elles ne sont pas trop anciennes, une odeur de fleur de suuci ; on n'y trouve pas au microscope de lacis librineux, comme dans les autres caillots. Par contre, on y observe des cellules épithéliales, de nombreux microorganismes, des infusoires {Trichomonas vaginalis). C'est à une épistaxis que l'origine du sang est le plus souvent rapportée par l'inculpé. La disposition des taches, leur répartition, leur direction renseignent, à cet égard, beaucoup mieux que l'examen microscopi(jue. Toutefois, on pourra rechercher au microscope les cellules épithéliales à cils vibratils de la muqueuse nasale.