CHIMIE LEGALE DU SANG
Dans les cas Je viol, d'assassinat, (rinfanlicide, d'accouchement présumé, le médecin ou le chimiste requis par Tautorilé judiciaire ont à caractériser des taches de sang et, par conséquent. Il exécuter une série d'opérations résumées ci-dessous.
i» Opérations préliminaires. — Elles comportent une description exacte des taches : situation, dimension, forme, hauteur jirobahle de la chute, force de projection, en un mot, tfnites les particularités qui peuvent renseigner la justice sur les circcmstances du crime. Les empreintes des mains, des pieds et des doigts appellent tout spécialement Tattention. II est bon de savfnr que ces investigations peuvent (juelquefois être assez difficiles : sur le velours noir, par exemple, les taches sont peu visibles ; on les apercevra, la nuit, à la lumière oblique, presque rasante.
Quand il s'agit de petits objets, on les emporte pour les étudier à loisir, au laboratcn're. Sur les meubles, on enlève le fragment de b(Hs qui supporte la lâche. Sur un mur, une jiièce de fer, on gratte doucement à l'aide d'un scalpel, en recueillant la poussière, d'abord sur un pjipier blanc glacé, puis dans un petit tube de verie. Si les taches imprègnent le sol, ou enlève une petite motte de terre, autant que possible sans déplacer les fragments ; le tout est disposé dans un vase bouché, à large ouverture, où l'on introduit des tampons de coton, pour préserver l'échantillon des chocs et de la désagrégation qui feraient disparaître la forme des taches.
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Cela fait, on s'applique à mettre en évidence la présence du sang, à Taide de caractères : 1° de probabilité ; 2* de certitude.
20 Signes de probabilité. — Il en existe plusieurs :
a. On effile un tube à essais à Tune de ses extrémités ; dans la partie large restée ouverte, on introduit le fragment de llssu taché, qu'on fixe à l'aide d'un bouchon. S'il s'agit de croutelles ou d'une tache désagrégée, on dispose l'objet sur une bourre de coton. Dans l'appareil, on verse ensuite de l'eau distillée, en ayant soin de la faire pénétrer jusqu'à l'extrémité de l'effîlure. La tache, en se dissolvant, produit des stries sanglantes qui tombent au fond ; on note le temps nécessaire à l'apparition de ces stries (P. Cazeneuve).
h. En présentant l'effilure de l'appareil au collimateur d'un spectrocope, on aper(;oit les bandes d'absorption de l'hémoglobine. Si, à l'aide d'une pipette, on porte une partie du liquide dans un second tube pareil au premier, en ajoutant une goutte de sulfure ammonique, on verra, vers 30°, se produire dans le spectre la bande de réduction de Stokes (voir fig. 23, p. 259).
c. Reprenons dans le tube effilé primitif un nouvel échantillon du liquide rougeâtre ; en chauffant vers 70% un trouble se produit, l'albumine se coagule, la teinte passe au rose sale. En ajoutant une goutte de potasse caustique, le précipité se redissout et la liqueur devient dichroïque : rouge par transparence, verte par réflexion. Au lieu de chauffer, on peut faire agir l'acide nitrique ; la coagulation se produit également.
rf. Prenons une goutte de potasse caustique pure et chauffons à feu nu, jusqu'à siccité, sur un fragment de verre ou de porcelaine; puis, sur le résidu refroidi versons une goutte de la solution de sang ; en évaporant de nouveau à feu nu, nous percevrons une odeur très nette de corne brûlée. Cette réaction n'est pas spéciale au sang ; mais, si on ne l'obtient pas, on peut affirmer l'absence du sang.
e. On a recours aussi à une autre réaction qui porte le nom de réaction de van Deen. Elle est basée sur l'apparition de la teinte bleue intense que prend au contact de la plus petite trace de
sang, un mélange d'essence de térébenthine aérée, et de teinture de résine de gaïac fraîchement préparée (5 p. iOO, dans
ralcool à 83*).
Dans une capsule de porcelaine très propre, on ajoute d'abord à deux ou trois gouttes d'essence quelques gouttes de la solution de sang ; on agite et additionne la liqueur laiteuse de cinq à six gouttes de teinture de gaïac ; le mélange, agité à Tair, se teinte d'abord en bleu et vire peu à peu à Tindigo intense. La réaction réussit tout aussi bien avec une empreinte de la tache prise sur un papier mouillé.
Ce caractère est d'une extraordinaire sensibilité ; l'absence de couleur bleue est une preuve absolue qu'il n'y a pas de sang. Mais, d'un résulUt positif il est impossible de rien déduire : rar, tous les oxydants (chlore, brome, iode, manganates, sels ferriques et manganiques, acide nitrique, etc.), l'acide prussique, la salive, le mucus nasal, le lait, la sueur, la gomme, etc., etc., donnent la réaction de van Deen.
3o Signes de certitude. — C'est d'abord l'examen microscopique ; en second lieu, les cristaux d'hémine.
a. Examen microscopique, — Dans un verre de montre, on dissocie les croûtelles, au contact d'une solution de potasse caustique à 30 p. 100. Après plusieurs heures, on aspire dans l'extrémité effdée d'une pipette et on dépose sur une lame ; on laisse tomber une lamelle et en faisant glisser avec précaution celleci, on dissocie la petite masse. L'examen microscopique démontre alors la présence du sang avec une telle netteté qu'il n'y a plus le moindre doute. Si on voulait voir les globules blancs, on substituerait à la potasse caustique (liquide de Yirchow) de l'eau glycérinée, à 1030 de densité. On ferait ressortir les noyaux à l'aide de l'acide acétique.
Malheureusement, quand les taches sont anciennes ou altérées, il est souvent impossible d'apercevoir les globules. On a recours au caractère suivant, tout aussi probant que celui qui
précède.
b. Cristaux dliémlne. — Cntlo r^'^action est fondée sur la propriété que possède l'hémoglobine de se dédoubler, à chaud,