LE PUS
Quand des microbes spéciaux (staphylocoques ou streptocoques), après avoir franchi une des barrières qui séparent l'économie du milieu extérieur, se sont développés librement dans les tissus, constituant un nodule toxi-infectieux, l'organisme menacé mobilise, pour se défendre, ses globules blancs. La circulation s'active, les leucocytes traversent les parois des capillaires, diapédèsent, viennent enserrer le noyau microbien, lui opposer un obstacle vivant, entrer en lutte avec les germes et le plus souvent les absorber (phagocytose).
La suppuration est, au sens étroit et littéral du mot, une bataille, où l'on peut voir les combattants, leucocytes et microbes, à côté des produits de désagrégation ou de destruction : cellules du tissu conjonctif, cellules endothéliales, fibrilles connectives ou élastiques désagrégées, graisse évacuée, tissus nécrosés, fragments de librine, liquides album ineux exsudés en même temps que les leucocytes ou ayant fait irruption dans le foyer, à la suite de la destruction suppuralive des capillaires lymphatiques ou sanguins.
L'exsudat complexe ainsi constitué, c'est le pus.
lo Propriétés physiques. — Le pus est un liquide opaque, crémeux, jaune clair ou jaune verdâtre, non spontanément coagulable, d'odeur tantôt nulle, tantôt fétide, de réaction alcaline, de densité variant entre 1030 et 1040. 11 est à peine besoin d'ajouter que le pus n'est pas un liquide homogène : il tient en suspension des éléments histologiques plus ou moins alté-
les, des fragments de fibrine, de la graisse, des microbes (très souvent des variétés de streptocoques dont l'activité fermentative communique à certains pus leur mauvaise odeur), enfin et par-dessus tout, une masse énorme de globules blancs qui en constituent l'élément essentiel. On peut, par centrifugation, séparer ces globules du liquide interstitiel (sérum du pus). Les leucocytes ayant été étudiés avec la lymphe, nous n'examinerons à part que ce sérum.
?° Propriétés chimiques. — Le sérum du pus présente une composition très variable. En voici un type moyen :
Eau 937,9 à 970,5 p. 1000
Résidu fixe 62,1 à 29,5 —
Mat. album, (serine, globuline, peptones) . 11,8 à 48,0 — Leucine, tyrosine 15,0 à 20,0 —
Leucomaïnes \ TS^^p^r"'"^: \ ''««tes quantités
Toxines microbiennes alcaloïdiques et albu-
mosiques Petites quantités
Chplestérine 3,5 à 10,0 p. 1000
Graisses 10,0 à 19,0 —
Lécithine 6,0 à 10,0 —
Sels 5,64 à 14,16 —
Les sels présentent la composition suivante :
Chlorure de sodium 3,11 à 4,70 p. 1000
Phosphate de soude traces à 2,2 —
Phosphates terreux 0,5 à 2,2 —
Sulfates et carbonates de soude et
de potasse 1,9 à 3,1 —
Sels de fer et silice 0,16 à 0,96 —
KossKL et Freytag ont signalé, dans le pus, la présence de deux cérébrosides (dérivés du protagon) : la pyosine C^^H^^Az'O*^ et la pyogénine, G^^H^^^Az^O'^, principes immédiats qui donnent des sucres réducteurs, par ébuUition avec les acides étendus.
Quelques points sont à relever dans l'analyse précédente :