‹ Précis de chirurgie de guerreChapitre 18 sur 96 · SÉTONS · texte numérisé non relu

SÉTONS

Plaies en cul-de-sac. — Résultant de l’action de balles animées de faibles vitesses, souvent ricocliées. Trajets borgnes plus ou moins profonds, recélant d’ordinaire le projectile qui les a produits. Quand le trajet est court, la balle peut avoir été déplacée à l’occasion d’un mouvement ou de l’enlèvement des vêtements.

L’orifice cutané a d’ordinaire des dimensions inférieures au diamètre du projectile; il est régulièrement circulaire ou oblique; il est, par contre, large et irrégulier quand il a été produit par une balle déviée avant l’atteinte du corps.

Sétons. — C’est une perforation de part en part. Nous allons étudier ses orifices et son trajet.

L’ orifice d'entrée présente des apparences variables : Tantôt il est arrondi, circulaire (tir de plein fouet), d’un diamètre apparent notablement inférieur à celui du projectile, avec perte de substance; d’autres fois, surtout avec les balles pointues, il est punctiforme et si étroit qu'on a peine à le reconnaître. On l’a comparé à une piqûre de puce. Il est sali le plus souvent par le projectile, qui s’est essuyé au passage ; l’épiderme a été détruit et le derme a été contusionné circulairement à son pourtour. Parfois il est teint par des débris de vêtements qui ont pénétré son bord.

Variable, en général, comme dimensions, avec la vitesse du projectile, il est un peu plus grand aux courtes distances, un peu inférieur aux distances moyennes, insignifiant aux grandes. Il est aussi plus grand quand la peau repose sur un plan résistant, et plus petit quand celle-ci est dépressible. Quand la balle se présente obliquement, l’orifice est agrandi, ovalaire, elliptique, à bords contus.

La tension des tissus, l’attitude du membre, la direction des plis cutanés peuvent en modifier la forme.

L 'orifice de sortie est le plus souvent irrégulier, en fente simple ou étoilée, parfois circulaire, punctiforme. Il paraît plus grand que l’orifice d’entrée. Il est en réalité plus petit puisque la peau a pu se laisser davantage distendre avant d’être perforée. Bords parfois inversés en dehors, non contus, comme pour l’orifice d’entrée. Les dimensions sont communément propor-

BLESSURES DES DIFFÉRENTS TISSUS

formelles à la vitesse de la balle sans l’ètre très régulièrement, c’est-à-dire qu’elles sont inversement proportionnelles à la distance de tir.

Sous la peau décollée s’est formée une petite poche qui s’est remplie de sang (poche de Pirogoff).

Trajet. — Dans la très grande majorité des cas, on peut le représenter par une ligne droite réunissant les deux orifices d’entrée et de sortie, le membre ou le tronc étant dans la position qu’ils occupaient au moment où ils ont été frappés.

Les lames ou amas de tissu cellulaire rencontrés sont, suivant la vitesse de la balle et leur constitution, perforés nettement (lames) ou seulement dissociés (amas) : les globes du panicule adipeux voisin comblent alors la perte de substance et créent une occlusion aseptique.

Les aponévroses d' enveloppes sont abrasées et présentent des orifices circulaires ou obliques, quand les vitesses sont grandes; mais quand celles-ci sont moyennes ou petites, les fibres transversales ou d’union sont seules dissociées; les fibres longitudinales se sont alors écartées, et, comme nous l’avons fait ressortir, et la chose a un très grand intérêt, la blessure nest plus représentée par une perte de substance, mais par une incisure, une sorte de fente en boutonnière à bords rejointés. Ces boutonnières aponévrotiques assurent alors l'occlusion du trajet.

Dans les muscles, le canal est régulièrement cylindrique, élargi sur le vivant par la contraction musculaire, comblé par le sang, l’exsudât, le gonflement. Ce canal est plus large que le diamètre du projectile. Ses dimensions varient, comme la chose a lieu pour les autres tissus, avec la vitesse de ce projectile. Dans les tirs à courtes distances, il est bien plus large qu'aux distances moyennes et surtout aux grandes distances. Les trajets musculaires sont plus étroits avec les balles pointues qu’avec les balles à méplats, et la fissure qu’ils représentent est presque la règle si la balle a frappé de plein fouet.

Quand le trajet suit la direction des fibres musculaires, le canal est, sur le cadavre, de recherche malaisée (Ferra ton).

En raison de leur mobilité, de leur élasticité, de leur forme, de leur constitution à fibres linéaires, les tendons sont, de tous les tissus, ceux qui résistent le mieux à l’action des balles.

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