‹ Précis de chirurgie de guerreChapitre 19 sur 96 · DES PLAIES D’ENFILADE · texte numérisé non relu

DES PLAIES D’ENFILADE

Lâches dans leurs gaines, ils sont déplacés, érodés ; plus ou moins fixés, ils sont échancrés, perforés linéairement. Leur division totale est exceptionnelle. Il est douteux que celle-ci puisse avoir lieu avec les balles pointues. C’est à étudier dans les autopsies.

En somme, le trajet que les balles se creusent dans les parties molles est, avec les balles actuelles comme avec les anciennes, très irrégulièrement cylindrique. Il présente des étranglements au niveau des fentes linéaires aponévrotiques et même des interruptions au niveau des couches celluleuses épaisses et des tendons qui n’ont été que déplacés. Il est rempli d’un magma de parties molles détruites et de sang. Des infiltrations sanguines et des fissurations histologiques ont été constatées à quelques millimètres, voire à quelques centimètres du trajet parcouru par le projectile.

Théoriquement les dimensions de ce trajet devraient augmenter à mesure qu’on se rapproche de l’orifice de sortie, quand la balle est animée d’une grande vitesse, mais les cloisons aponévrotiques s’opposent, en général, à faction divulsante, progressive des parcelles de tissus projetées en les arrêtant au passage.

Les trajets sont tout particulièrement agrandis, au niveau des halles qui ont basculé et se sont arrêtées dans les tissus. Les trajets sont encore agrandis, mais alors en totalité, quand la balle a atteint la région blessée après avoir ricoché sur le sol et quand elle s’est présentée obliquement ou de travers. Déviées au sein des tissus, elles donnent des trajets irréguliers.

Des plaies d’enfilade . — Certains trajets sont particulièrement étendus à la suite des tirs de haut en bas ou de bas en haut, lors de l’attaque de collines, d’édifices, de maisons. Il est fréquent de voir une balle se creuser alors un trajet du cou aux fesses, de la racine du membre inférieur à sa partie inférieure, etc. Dans les conditions normales de tir, on trouve des trajets considérables des divers segments du même membre supérieur (avant-bras et aisselle, etc.). La position couchée, horizontale, que le tireur prend fréquemment dans l'intervalle des bonds qui le rapprochent de l’ennemi, rend son corps vul-

BLESSURES DES DIFFÉRENTS TISSUS

nérable dans une longue étendue et explique que, même dans des conditions ordinaires, les plaies d’enfilade soient devenues très fréquentes.

Nombre de trajets sont multiples, soient qu’ils aient été produits par plusieurs projectiles, par les fragments d’une balle subdivisée par ricochet près du blessé, ou par la même balle perforant successivement deux segments (bras et thorax), bras et avant-bras, cuisse droite et gauche, etc.).

Rappelons que, quand la balle est animée d’une grande vitesse, les deuxièmes trajets sont souvent de dimensions supérieures aux premiers.

Quand les parties molles seules ont été intéressées, on n’observe pas en général de lésions explosives dans les tirs aux courtes distances avec les balles pointues. Elles sont cependant possibles surtout dans les régions tendineuses.

Les plaies des parties molles par les balles actuelles des fusils sont peu douloureuses ; beaucoup saignent assez abondamment pour souiller le vêtement.

Blessures par les balles de revolvers. — Elles sont

les analogues des blessures produites par les balles des fusils. Les orifices et les trajets sont étroits : avec elles, on n’observe pas d’effets explosifs. Le projectile séjourne souvent dans la plaie.

Blessures par les balles des obus et les petits éclats d?obus. — Les balles rondes des schrapnels, comme les balles des fusils, déterminent des contusions simples, des plaies en cul-de-sac et des sétons, comparables à ceux des balles de fusil, aussi doit-on rapprocher leur description de celle des blessures produites par ces dernières.

Les contusions sont très fréquentes, fréquentes aussi sont les plaies en cul-de-sac avec séjour de la balle et de corps étrangers vestimentaires. Ces culs-de-sac sont d’ordinaire assez superficiels. Les orifices de ces culs-de-sac et leur trajet, comme ceux des sétons, sont plus larges, plus béants que ceux des balles de fusil. Ils ressemblent à ceux des anciennes balles. Leur béance , leur largeur, la présence de corps étrangers surtout vestimentaires contribuent à faciliter leur infection.

Page 1