BLESSURES DE L’ORBITE ET DE L’ŒIL
Des balles traversent souvent l’orbite sans atteindre l’œil ou le nerf optique. D’autres fois, celui-ci est, comme les autres nerfs qui l’environnent, contus, échancré, sectionné.
L’ecchymose rapide, le gonflement palpébral, parfois l’exophtalmie sont les signes immédiats des blessures de l’orbite.
L’évolution de ces blessures est simple, le plus souvent, et leurs pansements ne présentent rien de particulier. Infectées,, elles peuvent donner lieu au phlegmon orbitaire et menacer les méninges.
Une incision externe donne issue au pus.
Très fréquentes, les blessures de l'œil consistent dans des contusions avec ou sans désinsertions iriennes, luxations cristalliniennes, décollements rétiniens, déchirures choroïdiennes, dans des plaies minimes ou larges ; des perforations, des abrasions, des éclatements .
Au début, le diagnostic est évident ou fort obscur. Si Tou veut le localiser, on s’aperçoit que les troubles fonctionnels, la diminution ou la perte de la vision peuvent avoir des causes très diverses.
La radiographie fixera sur la présence et le siège des corps étrangers métalliques.
Ces blessures guérissent parfois simplement; dans d’autres cas, la cornée, l’iris, la choroïde s’enflamment; le vitré s’infecte facilement. La panophtalmie est commune.
L’ophtalmie sympathique est fréquente. C’est une des complications des plus graves des blessures de l’œil. Elle se déclare tantôt très vite, parfois dans le courant de l’année qui suit la, blessure, notion que ne doit pas perdre de vue le médecin, expert.
Des pansements antiseptiques à la pommade iodoformée sont employés au début; certaines lésions de la cornée, de l’iris, de la sclérotique peuvent se réclamer de la suture; l’énucléation immédiate est le traitement des lésions extrêmes, irrémédiables ou compliquées par la présence de corps étrangers. On n’oubliera pas qu’elle est préférable à la conservation, car elle est suivie moins souvent que cette dernière de troubles sympathiques.
BLESSURES DE LA FACE
Blessures de l’oreille . — Elles sont rarement observées à l’état isolé; le plus souvent elles s’accompagnent de lésions concomitantes du crâne et de la face et résultent de coups de feu antéro-postérieurs ou transversaux.
Dans les tirs d’artillerie et les explosions, les ruptures du tympan (écoulement de sang par l’oreille), les ébranlements et les hémorragies du labyrinthe ne sont pas rares.
Les balles et les éclats d’obus échancrent, perforent, détruisent partiellement le pavillon, gougent, pénètrent le conduit auditif osseux ou la mastoïde, s’engagent à travers le rocher jusque dans le crâne, gougent ou perforent le rocher.
Les blessures des gros vaisseaux qui affectent des rapports étroits avec l’oreille donnent lieu à des hémorragies redoutables (carotide interne, branches de la carotide externe, jugulaire interne, sinus transverse) ; mais, même en dehors de l’atteinte de ces gros vaisseaux, l’hémorragie externe ou buccale est fréquente. L’issue du liquide céphalo-rachidien, celle de la pulpe cérébrale attrite impliquent une complication cérébrale; les lésions du facial, du trijumeau se révéleront par leurs signes habituels. Celles du facial ne sont pas rares.
La diminution ou la perte de l’ouïe est presque constante dans les blessures profondes de l’oreille et les troubles psychiques consécutifs sont assez fréquents.
Ces plaies restent rarement aseptiques; le plus souvent, elles suppurent et peuvent donner des fusées purulentes s’étendant au cou.
Le traitement de début consiste dans des instillations à la glycérine phéniquée, iodoformée, à l’iode, dans l’introduction de mèches de gaze aseptique ou iodoformée et dans la désinfection bucco-pharyngée. L’extraction des esquilles doit se borner à celle des esquilles libres; l’ablation des esquilles adhérentes exposerait à des hémorragies redoutables.
Les corps étrangers sont enlevés ultérieurement par la voie rétro-auriculaire après évidement pétro-mastoïdien.
Blessures des maxillaires supérieurs. — Sur leurs bords, les maxillaires supérieurs sont échancrés; sur leurs corps, ils sont perforés (balles), ou cômminutivement abrasés
BLESSURES DES MAXILLAIRES SUPÉRIEURS
(éclats d'obus), parfois séparés d’ensemble et disloqués d'avec le reste du squelette facial, ou séparés l’un de l’autre sur la ligne médiane en même temps que perforés par des balles animées de grandes vitesses.
L’atteinte du bord alvéolaire se complique de traumatismes dentaires, de fractures, d’arrachements, de propulsion des dents.
Les esquilles sont d’ordinaire courtes.
Malgré la communication du foyer osseux avec les fosses nasales et la bouche, l’évolution de ces blessures est en général bénigne, même lorsqu’il s’agit de pertes de substance étendues avec larges plaies extérieures.
Le pronostic de ces lésions est, somme toute, peu grave, à condition que le chirurgien assure l’antisepsie buccale, car leurs dangers viennent de la chute incessante dans la cavité buccale des produits septiques provenant du foyer de la fracture.
Des gargarismes, ou plutôt des irrigations très fréquentes faites avec un bock pendant les premiers jours, sans oublier celles qui doivent précéder toute prise des aliments et des boissons, sont préférables aux mèches de gaze antiseptique. L’eau oxygénée est ici excellente. A son défaut, on emploiera les solutions de permanganate de potasse au 1/4000, les solutions boriquées, iodées, voire l’eau bouillie. Certains blessés peuvent faire eux-mêmes leurs irrigations de jour et même de nuit. L’alimentation sera liquide, au moins pendant les premiers jours. Elle est déversée en arrière des arcades dentaires par un tube de caoutchouc muni d’un petit entonnoir.
Une fronde mentonnière, la ligature des dents, la suture assureront la contention des fragments déplacés. On n’en sacrifiera aucun, alors même qu’ils seraient très mobiles. A l’arrière, dans les cas graves, on remplacera les premiers moyens employés par des appareils prothétiques provisoires intrabuccaux.
Les moindres portions de parties molles recouvrant les maxillaires supérieurs que les balles ou les éclats d’obus auraient dilacérées, doivent être conservées.
Les pertes de substances médianes ou latérales de la voûte palatine sont communément réparées par des appareils de prothèse.
BLESSURES DE LÀ FACE
Blessures du maxillaire inférieur. — Os compact, le maxillaire inférieur présente des lésions comparables à celles des corps diaphysaires . Les bords sont gougés, sillonnés avec les fissures obliques à direction cunéenne des gouttières; les perforations sont compliquées par les fissures radiées en X des perforations diaphysaires. Rarement le trait de fracture est simple et représenté par un ou deux traits verticaux ou obliques. Les dents sont fracturées, luxées, propulsées.
Les esquilles sont relativement peu étendues et maintenues en place par le périoste épais, par la muqueuse et les attaches musculaires, ou bien ces esquilles sont déplacées.
Le déplacement des gros fragments est le plus souvent nul ; parfois ils basculent en dedans, exceptionnellement en dehors, presque toujours en avant et en bas par action des muscles génio-glosses et génio-hyoïdiens. Dans certains cas, il y a chevauchement.
Les éclats de gros projectiles déterminent des contusions, des fractures simples à la suite de contacts tangentiels, ou bien des abrasions partielles ou totales du corps du maxillaire; il en résulte, quand la lésion porte sur le corps de Los, un vaste hiatus buccal ouvert en avant dans lequel s’engage la langue qui pend au-devant du cou. Avec des lésions moins graves et séparation des génio-glosses, celle-ci a plutôt de la tendance à tomber en arrière sur le larynx.
Bien différentes des lésions du maxillaire supérieur qui, dans la majorité des cas, sont bénignes, celles du maxillaire inférieur doivent être toujours regardées comme graves. L’infection locale est la règle, et la suppuration s'accumule et séjourne dans le plancher buccal et est incessamment déglutie. L’infection purulente, générale, est très fréquente. L’ostéite et la nécrose fragmentaire, de réparation longue et difficile, parfois l’ostéomyélite, sont des conséquences de l’infection localisée.
Le traitement doit réaliser trois indications : 1° assurer la désinfection incessante de la bouche , faciliter V écoulement des liquides septiques au dehors et 5° obtenir /’ immobilisation des fragments.
1° Ce que nous avons dit de la désinfection de la bouche à propos du maxillaire supérieur s’applique à l’inférieur.