‹ Précis de chirurgie de guerreChapitre 71 sur 96 · COMMOTION CÉRÉBRO-MÉDULLAIRE · texte numérisé non relu

COMMOTION CÉRÉBRO-MÉDULLAIRE

La contention dans une gouttière à la Bonnet est inutile puisqu’il n’y a pas de solution de continuité.

Pansement aseptique habituel mais large. Injections de morphine au besoin. Cathétérismes aseptiques.

En cas de menace d’escarres et en cas de douleurs vives ressenties au moindre déplacement, coucher le blessé sur un brancard dont on excisera la toile circulairement dans une grande étendue au niveau du siège. On matelassera les bords de l’ouverture avec une bonne couche d’ouate. Les pièces de pansement seront maintenues avec une large compresse formant hamac tendu et fixé à la toile du brancard par des épingles (Delorme). De cette façon, on peut renouveler aisément le pansement sans déplacer le blessé.

En règle générale , on doit se garder d'aller primitivement à la recherche des esquilles libres et tolérées , opération inutile puisque ces esquilles sont insignifiantes et peuvent servir à la réparation.

En cas d 'écoulement abondant de liquide céphalo-rachidien exercer une compression sur la plaie , au besoin la suturer.

L’infection méningée sera traitée par des ponctions lombaires, au besoin par un drainage arrêté à distance de la moelle;

Malg ré ces soins nécessaires, l’évolution sera le plus souvent lamentable et au bout de quelques semaines de souffrances les blessés succomberont, si la lésion occupe un niveau élevé.

Commotion cérébro-médullaire . — C’est là un chapitre quasi nouveau que l’emploi de projectiles explosifs vient d’ouvrir large et qu’avaient commencé à éclaircir les chirurgiens de la guerre des Balkans, en particulier le Pr Laurent, de Bruxelles (1). Nous le signalons à l’attention des chirurgiens qui prennent part à la guerre actuelle.

Nous avons déjà relevé plusieurs cas de cette commotion dans les hôpitaux de l’arrière.

Cette commotion peut être légère et ne se manifester que par de l’engourdissement, des fourmillements surtout dans les

1. La Guerre en Bulgarie et eu Turquie. Onze mois de campagne , par le Pr 0. Laurent, Maloine 1914.

172 BLESSURES DU RACHIS ET DE LA MOELLE ÉPINIÈRE

membres inférieurs, de la difficulté de la marche, de l’hyperesthésie avec ou sans étourdissement, perte de connaissance. Elle 1 aisse pendant plus ou moins longtemps de la lenteur dans les idées, une sorte d’indifférence, de la rétention d’urine.

« Plus grave, elle provoque l’arrêt des fonctions; le blessé tombe dans la torpeur, inerte comme s’il était foudroyé et paralysé des quatre membres et des sphincters. » (Laurent.)

La guérison est rapide dans de nombreux cas, et s’obtient en quelques jours, mais il peut persister longtemps de la paralysie et des troubles mentaux.

Ces phénomènes s’observent sur des soldats qui étaient rapprochés de 2 à 10, 15, mètres du point de chute d’un obus percutant explosif, dans cette zone anguleuse dans laquelle les éclats suivent une trajectoire ascendante. Dans les cas typiques, ces hommes n’ont pas été frappés par les éclats de l’engin brisant, mais ils ont subi sur le canal rachidien, la moelle et le cerveau, les effets de l’ébranlement excessif, du choc d’une colonne aérienne intensivement déplacée. Le souffle de l’obus, d’autres fois la contusion par des mottes de terre soulevées, en sont les causes habituelles, mais l’ébranlement direct d'un fragment d’obus ou d’une balle frappant le rachis peut encore les produire. Laurent rapporte un fait où la commotion résulta d’un frôlement du dos par un schrapnel complet, un autre où elle fut produite par le cylindre du schrapnel ; un autre dans lequel le blessé resta enseveli sous des masses de terre et de pierres soulevées par l’obus. Ces dernières catégories de cas sont très différents comme mécanisme des premiers tout à fait typiques, dans lesquels la commotion semble avoir été le fait de l’ébranlement produit par les gaz du gros projectile.

Si, sur certains blessés qui, ébranlés par l’action des gaz, restent sur place, il pourrait être difficile de distinguer ce qui appartient au choc psychique ou au choc physique, on ne peut attribuer qu’au dernier les accidents constatés lorsque ces blessés, comme ceux que nous avons observés, ont été soulevés de terre ou transportés à distance sans retomber sur le dos.

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