‹ Précis de chirurgie de guerreChapitre 8 sur 96 · DES BALLES EXPLOSIVES OU BALLES DUM-DUM · texte numérisé non relu

DES BALLES EXPLOSIVES OU BALLES DUM-DUM

que : c'est pousser bien loin l'amour du paradoxe que d’appeler humanitaire un projectile qui traverse plusieurs hommes à courte distance et peut exercer son action meurtrière dans une zone de plus de 5000 mètres.

L’adoption de balles qui, au moindre obstacle extérieur, pivotent sur leur axe et se présentent obliquement ou transversalement, produisant fréquemment des plaies relativement larges, l’emploi de balles qui se retournent dans les tissus si aisément et propulsent des corps « étrangers », cette adoption ne constitue certainement pas un progrès au point de vue humanitaire.

Plus la vitesse est grande plus les lésions sont sérieuses, plus les os fracturés sont graves.

Toutes choses égales, l’étendue, les caractères de gravité des blessures par coups de feu dépendent de la force vive de la balle. Or, loin de s’éloigner les uns des autres, les combattants n’ont pas modifié leurs distances de tirs, et même, comme on l’a constaté dans la guerre des Balkans et aussi déjà dans la guerre actuelle, les distances tendent à se rapprocher et le tir s’effectue dans des zones où la force vive des balles est excessive et leurs dégâts des plus dangereux. Dans un tir à courte distance la mortalité est effrayante. La furia se paie cher; si elle était inutile elle serait bien coupable.

Pour apprécier d’ensemble la gravité des blessures faites par un projectile, il y a lieu de tenir compte non seulement de celles qu’on observe à l’arrière, mais de celles que traitent et hospitalisent les formations sanitaires de première ligne et de celles que présentent les morts du champ de bataille. Quand on réunit toutes les visions au lieu de s’attacher à une seule, l’impression, loin d’être favorable aux petits projectiles actuels, leur est plutôt défavorable.

Dans l’ensemble de leurs dégâts, les balles pointues actuelles ne présentent pas de différences essentielles avec les balles qui les ont précédées.

Des Balles explosives ou Balles dum-dum. — Au

début de toutes les guerres il est question de l’emploi de balles explosives. Il en est question aujourd’hui. Nous avons vu des

DES ARMES

blessés de cette campagne à propos desquels on avait reproduit cette erreur. Les dégâts épouvantables qui y donnent lieu sont si différents de ceux observés communément qu’il semble impossible de les rattacher à l’action d’une balle qui, par ailleurs, ne fait que des orifices minimes. Il n’en est rien cependant. Il s’agit, dans ces cas, de coups de feu explosifs produits par des balles animées de très grandes vitesses et plus ou moins subdivisées dans leur trajet au sein des tissus. La fougue avec laquelle nos soldats se sont maintes fois précipités sur nos ennemis, leur atteinte à très courte dislance rendent suffisamment compte des faits sans qu’on ait à chercher d'autres explications.

L’emploi systématique de balles explosives serait un non sens, puisqu’on compte sur les effets des balles ricochées dans la proportion de 1 sur o balles tirées et qu'une balle explosive ne peut plus atteindre un homme après avoir subi le moindre contact contre le sol.

Fig. 2. — Coup de feu explosif (balle S). (20 août 1914.)

Page 1