MODE D’ACTION DES BALLES
L’action divulsante et propulsive intense s’exerce d’autant plus facilement que les tissus sont plus dissociables, moins élastiques (muscles), que les molécules sont plus libres (organes parenchymateux, cerveau). L’incompressibilité et leur projection facile rend compte de l’extension parfois épouvantable des dégâts qn’ils provoquent sur les réservoirs organiques (vessie, intestin, estomac, vésicule du fiel). Ces réservoirs non seulement présentent des orifices de sortie agrandis ou énormes, mais, de plus, ils éclatent largement, à distance du trajet parcouru par le projectile.
Les tissus du corps les plus élastiques (tendons, aponévroses), surtout quand ils sont mobiles (tendons du poignet, du cou-depied), peuvent transmettre au loin la force vive que la balle leur a communiquée; ils contusionnent ou font éclater les tissus voisins moins résistants (peau, muscles). Les parcelles osseuses détachées agissent comme les fragments du projectile ou le projectile entier. C’est une gerbe de projectiles secondaires qui du centre du membre est projetée vers l’extérieur à travers ses tissus mous.
Avec des forces vives , moyennes (au delà de la portée de 500 m., jusqu'à 1000 m.), Y action de la balle reste localisée; elle relève de la ponction ou de Y abrasion avec projection faible et plus rare des projectiles secondaires durs et mous; c’est le type habituel normal des lésions.
Avec les forces vives faibles (au delà de 1000 m.) les lésions sont encore plus circonscrites, la balle agit encore par ponction, elle écarte surtout les fibres des tissus.
On a distingué les zones d’action des balles en :
1° Zone d'explosion (jusqu’à 500 m.) ;
2U Zone de perforation (trajets réguliers, de 500 à "2000 m.) ;
5° Zone de contusion (au delà de 2000 m.). Cette division critiquée mérite d’être conservée pour des balles analogues à la balle Lebel.
Avec les balles de calibre supérieur à 8 mm, à l’action divulsante de la balle s’ajoutait une action vibratoire transmise à plus ou moins grande distance du trajet, action vibratoire se traduisant par des phénomènes d’inhibition, de choc local ou général. Avec les balles pointues agissant de plein fouet on ne
lu
DES ARMES
les observe plus. Des blessés peuvent même, sans être distraits par les émotions du combat, ne pas avoir conscience de blessures très graves. C’est qu’une balle S ou 1) traverse une flamme de bougie sans la faire vaciller. Par contre, les projectiles déviés S et I) reproduisent souvent ce choc.
La force vive considérable des balles actuelles leur permet de traverser plusieurs corps et a fortiori plusieurs membres. A 2000 m. la balle S traverse encore deux corps.
Les dégâts s’accusent du premier corps ou du premier membre traversé au dernier, quand ils sont rapprochés.
Il suffit d’une force vive de 8 kilogrammètres pour mettre un homme hors de combat.
Les plaies de contour n existent plus avec le tir de plein fouet.
Des balles dites humanitaires. — Les balles actuelles S et D entraînent une mortalité immédiate considérable que négligent trop ceux qui observent des blessés à l’arrière. L’influence si heureuse de leur disposition en pointe et celle de leur faible diamètre est compensée par la fréquence de leurs bascules qui agrandissent les trajets, de l’orifice d’entrée au point d’arrêt profond et provoquent la souillure de ces trajets par ce qu’elles entraînent avec elles.
Elles ne sont donc pas humanitaires.
Journée estimait à 25 pour 100 le nombre des blessures mortelles, à 15 pour 100 celui des blessures graves, et à 60 pour 100 celui des blessures légères. C’est toujours la même proportion qu’on observe, en général.
Si, dans une certaine mesure, grâce à leur petit calibre, à leur forme pointue et, pour la balle D, à sa constitution en un seul lingot, les balles actuelles produisent toute une série de traumatismes légers, qui, à l’arrière, frappent toujours les médecins et le public par leur bénignité, il n’y a donc pas lieu de renouveler pour elles, comme pour certaines de leurs devancières, la dénomination allemande, abusivement élogieuse, de balles humanitaires. La moyenne des blessures autres que les minimes plaies des parties molles reste grave et nous pouvons redire pour elles ce que nous disions pour les autres, à savoir