RUE HAUTEFEUILLE
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LETTRE-PRÉFACE
« Mon cher Gaultier, ,
« Je viens de lire les bonnes feuilles de votre Précis de Coprologie clinique. En me les apportant, vous avez bien voulu me demander de les présenter au public médical. J'accède volontiers à votre désir, parce que cette lecture m’a convaincu que vous combliez une lacune dans la littérature médicale française, et que votre ouvrage sera de la plus haute utilité pratique.
« La coprologie est un mode d’investigation clinique que notre séméiologie a beaucoup trop négligé. Depuis une dizaine d’années, de nombreuses recherches ont été faites hors de notre pays, au double point de vue de la science et de la clinique, sur la composition chimique des fèces et sur leur bactériologie. Des traités importants ont été écrits par des savants fort compétents qui ont compris que cet examen pouvait éclairer, aux yeux des médecins, bien des phénomènes encore obscurs, relatifs à l’assimilation dans l’état normal et dans les maladies,
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et fournir des éléments nouveaux au diagnostic et au traitement. Mais, dans tous ces traités, ces éléments mêmes de diagnostic et de traitement n’ont pas été dégagés avec la précision que réclame la clinique. Ils demeurent confondus parmi les notions de science pure où le praticien a quelque difficulté à les discerner, sans compter qu’ils neconstituent, en réalité, qu’une partie très limitée et certainement insuffisante des ouvrages de coprologie. Ceux-ci réalisent donc d’excellentes mises au point de tout ce qui concerne nos connaissances scientifiques, mais le médecin qui cherche l’application de celles-ci à tel cas particulier ou qui veut se rendre compte du parti qu’il en peut tirer, au point de vue de sa pratique, est bien vite découragé devant un amas de documents, théoriquement fort bien classés, mais dont la synthèse clinique n’est pas exprimée.
« Vous avez parfaitement compris qu’il y avait place pour un traité nouveau, pour un précis exclusivement clinique, d’où seraient éloignées toutes les théories, et les techniques inutiles ou discutables. Ce traité, vous étiez préparé, mieux que personne, pour l’écrire, par la documentation bibliographique considérable que vous avez recueillie et par les recherches personnelles que vous avez poursuivies avec succès depuis que j’ai eu la très grande satisfaction de vous avoir comme interne et de vous intéresser à la chimie pathologique.
« Laissez-moi vous dire d’abord combien j’ai goûté voire plan. Vous avez commencé par un exposé didac-
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tique qui résume bien le bilan des connaissances spéciales que le médecin doit posséder pour faire entrer la coprologie dans les moyens d’investigation dont il dispose. En effet, s’il ne connaît pas les facteurs qui déterminent la composition des fèces, s’il est ignorant des différentes techniques que nécessite leur examen, s’il ne sait pas, enfin, la valeur physiologique ou pathologique de chacune de leurs parties constituantes, il lui sera impossible de pressentir la portée séméiologique de telle ou telle de leurs variations.
a Quoique vous ayez dû donner une certaine ampleur à cet exposé didactique, vous en avez éloigné tout ce qui ne concourait pas à votre but ; mais, d’autre part, vous avez eu le soin de faire suivre chaque chapitre d’un index bibliographique où les médecins désireux d’étudier particulièrement une question de technique, de bactériologie, de chimie ou de physiologie, trouveront tous les documents actuels capables de faciliter leurs recherches.
« D’ailleurs, vous avezfourni, vous-même, un excellent exemple de la manière dont se pouvaient conduire ces recherches dans votre chapitre sur les matières grasses des fèces, où vous démontrez que la proportion des graisses dépend de la quantité ingérée, de leur état de digestibilité et de leur point de fusion, et où vous tirez du rapport des graisses neutres, des acides gras et des savons, les conclusions expérimentales que vous utilisez, dans la seconde partie de votre Précis, pour faire le
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diagnostic du fonctionnement, de l'intestin et des glandes qui lui sont annexées.
« Cette seconde partie mérite bien le titre de Guide ' pratique. De votre méthode analytique des substances constituantes des fèces dans un cas pathologique donné, vous déduisez des indications diagnostiques, hygiéniques et alimentaires, qui sont encore restreintes, mais dont l’étendue et la portée s’accroîtront par des investigations nouvelles. Puis, vous établissez les coefficients d’utilisation digestive des aliments dans divers état morbides, en vous fondant sur les recherches de vos devanciers.
« Toute cette partie est encore forcément incomplète, puisqu’il s’agit d’un mode d’exploration encore à l’étude ; mais les indications que vous donnez suffisent déjà pour montrer toute l’importance qu’il y aurait à étendre à un plus grand nombre de maladies, les schémas que vous reproduisez. Il n’est pas douteux que c’est là un sujet digne de retenir l’attention des chercheurs. Quand ce coefficient d’utilisation sera fixé pour le plus grand nombre des états morbides, on en tirera certainement des règles plus précises pour les diététiques, en même temps qu’on éclairera d’un jour nouveau bien des problèmes encore obscurs de la physiologie pathologique.
« Pour mener tout cela à bonne fin, il est indispensable d’établir, comme on le fait en Allemagne, des bilans nutritifs complets où l’analyse des excréta urinaires vienne apporter son contingent d’enseignements aux données déjà fournies par l’analyse chimique des
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fèces. Un individu aura beau digérer et assimiler parfaitement les albuminoïdes, les féculents et les graisses, il demeurera en état d’insuffisance nutritive, si ses dépenses organiques sont supérieures à ses recettes. Or, il n’y a qu’une manière de juger s’il y a un déficit dans le bilan nutritif, c’est de faire concurremment l’analyse des fèces et des urines après établissement d’un régime d’entretien tel que vous le proposez.
« Ces analyses comparées sont indispensables aussi, quand l’on veut étudier les déminéralisations organiques partielles ou totales qui figurent à l’origine de la tuberculose pulmonaire et au cours de nombreux états morbides.
« Les deux modes d’exploration doivent donc marcher de pair, quand l’on tente d’envisager toutes les faces du problème de la nutrition, et d’assigner aux variations de celle-ci la place qui leur revient en séméiologie et en thérapeutique.
'« La partie la plus originale de votre Précis , est celle où vous exposez votre méthode personnelle pour la détermination de ce que l’on pourrait appeler le bilan nutritif coprologique , pour le distinguer du bilan nutri tif général. L’emploi de cette méthode vous a permis de mettre au jour des indications fort précieuses pour le diagnostic de la lithiase hilaire, des pancréatites chro niques, et de la perméabilité du canal cholédoque. Et vous aboutissez à des formules de séméiologie copro logique relatives aux affections du foie, du pancréas et
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de l’intestin grêle, qui seront certainement d’un grand secours pour le médecin. D’ailleurs, M. le professeur Terrier a donné à l’une de ces formules l’appui de son autorité, puisqu’il l’a utilisée avec succès, dans plusieurs cas de sa pratique chirurgicale.
« En résumé, mon cher Gaultier, vous avez fait un bon livre que vous aurez plaisir à perfectionner encore, car je ne doute pas que son succès ne vous oblige bientôt à une deuxième édition.
Albert ROBIN. »
AVANT-PROPOS
L’examen de l’urine est aujourd’hui une recherche d’ordre courant dans la pratique médicale. Instruits que nous sommes sur la nature des différents matériaux qui la composent et sur les lois physiologiques qui président à sa constitution, on a codifié, en quelques règles des plus simples, les déterminations cliniques que son étude peut nous fournir. L’urologie est une branche de la séméiologie dont tout médecin, à l’heure actuelle, doit connaître les procédés d’examen, la technique plus ou moins complexe et les résultats qu’elle fournit pour l’exploration des organes et des systèmes, ainsi que pour le diagnostic des maladies, de leurs complications et de leurs causes.
Par contre, X examen des fèces a été jusqu’ici beaucoup plus négligé. Dans le domaine clinique il est, pour ainsi dire, resté aux temps des Coaques d’Hippocrate, c’est-à-dire que, pour la plupart des médecins, il se limite à la simple constatation de la forme, de la consistance ou de la couleur des excréments. C’est en vain qu’en France, l’étudiant ou le R. Gaultier. — Précis de Coprologie. 1
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praticien chercherait un livre où il pût apprendre du même coup les méthodes d’examen des îèces, leur composition physique et chimique, les lois physiolologiques qui président à leur formation et les déductions cliniques et thérapeutiques qui en découlent. Ce n’est pas qu’il manque de travaux sur l’étude des fèces, loin de là; mais ceux-ci, épars dans des publications diverses, ne se placent le plus souvent qu’à un point de vue particulier. Tantôt, c’est le 'point de vue physiologique qui est envisagé, quand on recherche la part qui revient aux aliments et aux sécrétions des glandes digestives dans la composition des excréments; tantôt, c’est le point de vue biologique qui domine quand, par eux, l’on étudie le bilan nutritif d’un individu ; tantôt encore, c’est le bactériologiste qui demande à l’examen microbiologique la cause d’une maladie, ou le pathologiste qui recherche, dans leur étude, la nature de telle ou telle affection, ou, plus simplement, le trouble fonctionnel de telle ou telle partie du tractus digestif.
Amené par des recherches personnelles, à propos d’un travail récent, Essai de Coprologie clinique , à dépouiller cet ensemble de travaux, nous nous sommes persuadé de leur importance, pour la pratique médicale. Aussi, aujourd’hui, documenté par de nombreuses lectures d’auteurs français ou étrangers, et fort des connaissances acquises par plusieurs années d’expérimentation et d’observations cliniques, voulons-nous
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tenter de faire de ce petit livre un précis de Coprologie clinique , d'où sera exclue toute théorie encombrante et où ne seront données que la technique usuelle , la description des éléments constituants des fèces , leurs variations suivant certaines conditions d’où se peuvent déduire des considérations diagnostiques et thérapeutiques.
Pour atteindre ce but, nous avons été puissamment aidé par les conseils et les leçons de M. le P1 Albert Robin, ce maître si bienveillant, qui chaque matin, au lit du malade, sème largement et sans compter parmi ses élèves les bonnes idées, qui, loin de lui, continuent encore à germer.
C’est en effet pendant notre année d’internat près de lui que nous avons commencé nos recherches de physiologie expérimentale sur ce sujet; mais nous n’oublions pas non plus que c’est pendant nos années d’internat et de clinicat près de M. le Pr Dieulafoy que nous les avons poursuivies.
Tout en nous encourageant dans cette voie nouvelle d’exploration des fonctions digestives, ce maître, demeuré avant tout clinicien, nous a enseigné à ne recourir aux méthodes d’investigation que fournissent la physique et la chimie qu’avec la ferme conviction que ce sont là des moyens accessoires dont l’étude du malade doit toujours contrôler la valeur.
C’est dans ce sens qu’a été écrit ce précis de coprologie clinique, qui, malgré son volume un peu imposant, n’a
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d’autres prétentions que de fournir les premiers éléments d’un nouveau chapitre de séméiologie, dans lequel le médecin pourra puiser des indications plus certaines pour le diagnostic et le traitement des affections du tube digestif.
Nous remercions en terminant M. le Pr de Nabias (de Bordeaux), M. le Pr agrégé Guiart et mon ami le D' Brumpt, qui nous ont fourni quelques échantillons curieux de parasites rencontrés dans les fèces de l’homme, ainsi que M. le I)1 Tissier, qui a mis à notre disposition sa belle collection de flore intestinale de l’Institut Pasteur.
Enfin nous remercions également tout particulièrement notre ancien collègue d’internat Villandre, dont les jolis dessins ornent avec les microphotographies de Lemardeley cette publication nouvelle.