C. — Constatations chimiques
1. Mucine. — La mucine est un produit que l’on rencontre à l’état normal dans toutes les matières fécales ; elle y est plus ou moins abondante ; on peut dire en règle générale que quand elle s’y trouve en grande quantité, elle est l’indice d’un trouble pathologique prononcé de l’intestin, mais dans ce cas elle apparaît généralement dans les fèces visible à l’œil ou au microscope, et la recher-
che chimique devient de ce fait un complément inutile.
2. Nucléines. — Abondantes dans le méconium du fœtus, ce qui indique bien leur provenance de la muqueuse intestinale elle-même, on les rencontre aussi dans les fèces de jeûneurs, ce qui prouve encore, quoique cette fois les bactéries prennent part à la composition des excréments, que ces nucléo-albumines ont leur source dans les déchets de la muqueuse intestinale. On les rencontre également dans les fèces d’individus nourris avec des aliments libres de nucléine, tandis que, par contre, dans des circonstances normales chez un individu en bonne santé, on ne constate point d’augmentation de nucléines dans ses fèces, quand on lui donne des aliments riches en nucléine, tel par exemple le thymus. Pour toutes ces raisons, il me semble que leur plus ou moins grande abondance peut signifier la plus ou moins grande part que les déchets de la muqueuse intestinale prennent dans la composition des fèces.
3. Pigments sanguins. — Pour ce qui est de la constatation des pigments sanguins dans les fèces, les mêmes considérations que nous avons développées plus haut sur la présence du sang visible macroscopiquement ou microscopiquement restent les mêmes. Tout ce que nous pouvons ajouter, c’est que la présence d 'oxy hémoglobine indique un court séjour du sang dans le tube digestif et sa provenance des parties inférieures de l’intestin, tandis que la présence d'hématine est la preuve d’une digestion du sang dans le tube digestif, par conséquent indique un long séjour et une provenance de ses parties supérieures.
4. Acides biliaires. — Sauf dans le méconium où, suivant Voit, on trouve les acides biliaires non transformés tels qu’ils sont dans la bile, c’est-à-dire les acides glycocholique et taurocholique, ceux-ci manquent constamment dans les fèces normales de l’homme. C’est qu’en effet, chez des
individus sains, une partie de ces acides estrésorbée, l’autre , sous l’influence du processus de putréfaction de l’intestin, est décomposée en acide cholalique d’une part, et glycocolle et taurine d’autre part. Aussi, ce que l’on retrouve dans les fèces des individus sains, c’est de l’acide cholalique en quantités variables, estimées par Tschernoff chez l’adulte à 0gr,l ou 0gr,2 p. 100 de fèces sèches, et aussi de la taurine en quantité un peu plus considérable, environ 0er,32 par jour d’après Dressler. Par contre, dans les fèces pathologiques, chez des individus atteints de diarrhée par exemple, où le passage rapide du contenu de l’intestin enlève aux acides biliaires la facilité d’être décomposés par les processus de putréfaction et d’être ensuite résorbés, on retrouve comme dans le méconium, où sont absents ces mêmes processus de putréfaction, les acides glycocholique et taurocholique. Cette dernière constatation aurait donc un intérêt diagnostique, si nous n’avions, pour reconnaître ces troubles digestifs, d’autres moyens plus simples et plus surs à notre disposition.
5. Pigments biliaires. — Dans les fèces normales de l’enfant comme dans celles de l’adulte on ne trouve comme pigments biliaires que de Y hydrobilirubine . Sa quantité est des plus variables; Muller la calcule d’environ 83 à 89 milligrammes par 24 heures et ce chiffre est à peu près exact en moyenne. Dans le méconium et dans les fèces du nouveau-né, on ne rencontre que de la bilirubine ou de la bilirubine mélangée à de labiliverdine, parce qu’il y a là une absence de processus de putréfaction. Ce n’est que vers le troisième jour d’après Muller, ou le septième jour d’après Schorlemmer chez des enfants nourris artificiellement, le quatorzième jour chez des enfants nourris au sein de la mère que disparaît complètement la bilirubine. Chez les jeûneurs, Muller a pu: constater de l’hydrobilirubine et de
la cholécyanine, parce que chez ceux-ci il y a non seulement écoulement de bile comme chez le nouveau-né, mais de plus une putréfaction partielle des substances durcies excrétées par la muqueuse intestinale.
Des modifications aux conditions ci-dessus énoncées peuvent se présenter dans les fèces pathologiques ; c’est ainsi que l’on peut voir les selles des adultes contenir de la bilirubine non transformée, et inversement les selles des nourrissons contenir de la biliverdine. On peut rencontrer non seulement ces modifications qualitatives, mais des modifications quantitatives ; c’est ainsi que chez l’adulte on peut voir soit une augmentation de rbydrobilirubine dans les cas de flux biliaire exagéré après une rétention calculeuse par exemple, dans le cas de fièvre, ou à la suite de grandes hémorragies internes, soit une diminution par formation insuffisante de bile ou par rétention, ou encore dans les cas de cachexie générale ; peut-être dans ces cas cette diminution del’hydrobilirubine est-elle due à la réduction de la bilirubine en leukohydrobilirubine ; comme dans les selles acholiques sans ictère. Ces diverses constatations nous serviront au chapitre prochain pour en tirer des déductions diagnostiques.
6. Cholestérine. — La cholestérine se rencontre indistinctement dans toutes les fèces de l’homme et des animaux. Sa présence dans le méconium et dans les selles des jeûneurs indique qu’elle n’est point là seulement du fait de la nourriture, mais qu’elle provient en partie des sécrétions du tube digestif, et principalement de labile. Sa quantité est variable Dans le méconium, Voit l’estime à 7,26 p. 100 de poids sec ; Zweifel seulement à 3,98 p. 100. Dans les selles du jeûneur Cetti, on a pu trouver des quantités 16,24 p. 100 de l’extrait éthéré sec. Uffelmann donne comme poids de cholestérine dans les selles d’enfants nourris avec R. Gaultier. — Précis de Conrqlogie ^ 18
du lait, 0,3 à 1,7 p. 100 de la substance sèche, en moyenne 0,8 p. 100. Chez les adultes, avec une nourriture de lait également, TschernofF donne au maximum 1/2 p. 100 de la substance sèche.
En somme, de la présence de ce corps dans les fèces nous avons trop peu d’indications diagnostiques à tirer à l’heure actuelle pour nous y arrêter davantage.
7. Calculs et concrétions. — Pas plus ici que dans le paragraphe des constatations macroscopiques , nous n'insisterons sur la signification clinique des calculs et des concrétions, car nous nous sommes déjà expliqué sur ce point au moment de leur description morphologique et de leur classification.
8. Enzymes. — Quoique d’une recherche difficile et d’un résultat diagnostic incertain, nous exposerons ce que nous savons aujourd’hui sur la présence des différents enzymes dans les fèces.
a) A mylase. — Démontrée par W egscheider dans les selles d’enfants, elle fut également signalée par Von Jackhs dans la plupart des cas. Léo, Moro, Strassbürger et d’autres l’y ont rencontrée également ; ce dernier prétend même que ce ferment diastasique ne manque jamais complètement dans les selles d’adultes.
La quantité de ce ferment peut différer à l’état normal dans des limites assez larges, quoiqu’on ne saurait dire exactement sur ce sujet l’influence que peut avoir telle ou telle nourriture. Par contre, certaines conditions pathologiques interviennent dans ce sens d’une façon des plus marquées; c’est ainsi que la diarrhée amène dans les selles une augmentation considérable du ferment amylotique, tandis qu’en général la constipation en entraîne la diminution.
b) Invertine. — Von Jackhs considère comme constante la présence d’invertine dans les fèces des nourrissons
comme des enfants et des adultes. Pour ce ferment comme pour le précédent, les causes de ces variations quantitatives semblent être les mêmes, autant que permettent de l’affirmer les quelques travaux entrepris sur ce sujet.
c) Lactase. — Existant dans les selles normales de nourrisson, elle manque totalement dans les selles d’adultes; dans les gastro-entérites infantiles elle fait également défaut.
d ) Enzymes protéolytiques. — Sur leur présence, les avis sont partages. Léo n’aurait jamais pu les déceler dans des selles normales. Par contre, Baginsky, Schmitt, Von Streit signalent comme constante la présence du ferment tryptique à l’état de traces; la pepsine manquant toujours. A l’opposé, dans les dérangements d’intestin et dans les diarrhées, on les rencontre fréquemment. Boas signale entre autres dans un cas de diarrhée jéjunale la présence de trypsine en notable quantité.
9. Bases xanthiques, acide urique. — On est si peu fixé sur les circonstances qui font apparaître ces corps dans les fèces que ce paragraphe ne peut, par nous du moins, être écrit à l’heure actuelle.
10. Urée. — Par contre, nous savons que Y urée fait défaut à l’état normal dans les fèces, mais qu’elle existe dans certains étals pathologiques, tels, par exemple, les cas où le rein déficient est au-dessous de sa tâche, et où il devient nécessaire, pour le bon fonctionnement de l’organisme, que la muqueuse intestinale, devenant une surface excrétrice, supplée cet organe dans sa tâche.
11. Fer. Chaux. Acide phosphorique, etc. — Quant à ces corps pouvant provenir à la fois des restes de nourriture et de la surface même du tube digestif, produits de sécrétion ou d’excrétion de sa muqueuse, nous ne pourrions que nous
répéter, si nous voulions exposer ici les conditions qui déterminent leur présence dans les fèces. Aussi nous en abstiendrons-nous, désireux d’aborder le dernier chapitre de cet ouvrage, où nous exposerons les déductions diagnostiques et thérapeutiques que nous pouvons tirer des connaissances précédemment acquises.