ENVISAGÉES DANS LEUR SIGNIFICATION CLINIQUE
Laissant de côté ces questions d’ordre général sur la signification clinique des bactéries dans les fèces, nous allons, reprenant chacune des principales espèces que nous avons décrites dans le chapitre précédent, chercher à élucider dans quelles conditions particulières on les voit apparaître et, par suite, quel rôle pathogénique on peut leur attribuer.
Il nous semble inutile d’insister sur l’importance de la constatation du bacille typhique , du vibrion cholérique , du bacille de la dysenterie dans les matières fécales et de décrire leur rôle pathogène ; celui-ci est aujourd’hui trop connu pour que nous nous le permettions. Dans le chapitre où sont étudiées les déductions diagnostiques et thérapeutiques que l’on peut tirer de l’examen des fèces, nous nous expliquerons également sur la signification qu’il faut apporter à la rencontre du bacille de Koch dans les matières fécales; ici nous indiquerons en quelques mots à quelles conditions doivent satisfaire les bactéries des fèces pour qu’on puisse leur attribuer un rôle dans la genèse des affections intestinales observées. On peut dire, dans ce cas, avec Nobécourt, que l’existence dans les selles, au cours d’une infection digestive, d’un germe non saprophyte de l’intestin ( condition d’espèce) en très grande quantité ( condition d' abondance), doué d’un pouvoir toxique et virulent, permet de le considérer comme cause de cette infection ; la preuve en est encore plus évidente s’il est présent dans le sang ou dans les organes, et surtout s’il présente des réactions spécifiques telles que celles d’être agglutiné ou détruit par le sérum du malade, ou encore si V expérimen-
talion permet, par injection, de déterminer chez l’animal des phénomènes analogues à ceux qu’il détermine chez l’homme.
Faisons immédiatement l’application de ces préceptes aux quelques formes microbiennes que nous avons décrites précédemment.
1. Colibacilles. — Hôtes constants de l’intestin, leur présence seule n’a aucune valeur et même, soumis au critérium précédent il est difficile de conclure de leur présence. Pour Lesage le rôle du colibacille serait démontré dans les cas où l’examen microscopique montrerait des coccobacilles se décolorant par le Gram presqu’à l’état de pureté, et où la culture montrerait qu’il s’agit seulement de colibacilles. Mais, dit Bezançon, ces conditions peuvent s’observer dans des cas où il semble que le rôle de ce microbe ne soit qu’un rôle de second ordre, par exemple dans l’infection typhique; la pullulation du colibacille n’implique pas fatalement qu’il a joué un rôle pathogène, et la facilité avec laquelle il se développe sur les milieux de culture au détriment d’autres espèces moins vivaces qui passent inaperçues, doit rendre très circonspect le bactériologiste dans l’attribution à ce microbe des lésions constatées.
La virulence pour le cobaye du colibacille isolé des selles serait encore, d’après Lesage, un critérium de grande valeur, mais, dit Nobéeourt dans sa thèse, on peut voir que le colibacille des selles normales est virulent quatre fois sur huit pour le lapin et le cobaye à la dose de 1 centimètre cube de culture en bouillon, vieille de quarantehuit heures.
La constatation dans le sérum du malade de propriétés agglutinantes vis-à-vis de l’échantillon isolé des selles n’a guère plus de valeur, d’après Nobéeourt; cet auteur a vu que cette agglutination est un phénomène très inconstant ;
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et, qu’en tout cas, elle ne paraît pas être en rapport avec la virulence des colibacilles intestinaux.
Si bien qu’en résumé, pourrait-on dire, avec Nobécourt, sans aller aussi loin que Fischl qui dénie au colibacille tout rôle dans la production des gastro-entérites, qu’aucune des méthodes bactériologiques actuelles ne permet de l’affirmer.
2. Bacillus lactis aerogenes. — Ce bacille se rencontre assez fréquemment soit dans les selles normales, soit dans les selles pathologiques. Il est à remarquer, cependant, dit Tissier, qu’il est rare chez les enfants au sein et presque constant chez les enfants au biberon. Quant à son action pathogène, tout ce que nous avons dit du colibacille lui est applicable. Toutefois, signalons que Baginsky et W. Booker ont constaté fréquemment sa présence à côté d'un grand nombre d’autres espèces bactériennes dans le choléra infantile.
3. Bacillus bifidus. — Nous nous sommes déjà assez étendu sur la signification de ce bacille pour nous dispenser d’y insister à nouveau. Nous rappellerons cependant que, d’après Tissier, il représente le type prédominant de la flore intestinale des nourrissons alimentés avec du lait de femme, que sa diminution, sa disparition et son remplacement par de nombreuses autres variétés microbiennes est l’indice d’une alimentation différente et peut constituer, dans certains cas, le type de la flore diarrhéique. C’est le bon microbe, c’est le microbe utile, en ce sens qu'il a une action empêchante sur les représentants nuisibles de la flore intestinale.
4. Bacillus acidophilus. — Décrit par Moro dans les selles de nourrissons, ce bacille semble exister surtout dans les selles d’enfants soumis à l’alimentation mixte ou au lait stérilisé. Finkelstein l’a vu pulluler au cours de certaines
diarrhées, et peut-être peut-on lui attribuer dans ces cas, avec les restrictions ci-dessus énumérées, un certain rôle pathogène.
5. Bacillus exilis. — Cette espèce se rencontre fréquemment, elle aussi, dans les selles d’enfants soumis à l’alimentation mixte et au lait stérilisé ; on le rencontre également dans quelques diarrhées, sans qu’il soit possible plus qu’aux précédents de définir exactement son rôle pathologique ; il ne semble pas pathogène pour la souris, même à la dose de 2 centimètres cubes de bouillon de quarante-huit heures (Tissier).
6. Bacillus mesentericus vulgatus. — Existant dans toutes les selles d’enfants soumis à l’alimentation mixte, Ardoin a signalé sa présence en grande quantité dans un cas d’infection digestive aiguë chez un nourrisson ; son pouvoir était alors des plus virulents. Nobécourt lui attribue également un rôle pathogène, et Spigelberg lui accorde également un rôle accessoire dans l’étiologie des infections subaiguës ou chroniques s’accompagnant d’athrepsie.
7. Bacille pyocyanique. — Le bacille pyocyanique, dit Nobécourt, a été rencontré dans un certain nombre de cas d’infections digestives des nourrissons, par Kossel, Williams et Gameron, Lesage et Ardoin, Escherich, Nobécourt lui-même. Il peut exister dans les selles en culture presque pure, comme dans les cas de Kossel, ou bien être mélangé en proportions variables à des colibacilles, à des streptocoques ou à des proteus. D’après Kossel, il ne serait pas un hôte habituel du tube digestif ; il y pénétrerait par le fait que chez les enfants atteints d’otite moyenne, il se logerait fréquemment dans l’arrière-cavité des fosses nasales.
8. Proteus vulyaris. — Assez fréquent dans les selles normales de l’homme, il est habituellement absent de l’intestin du nourrisson. On l’a signalé maintes fois dans les
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observations d’infections digestives. Booker l’a trouvé presque constamment dans le choléra infantile suraigu et a décrit une forme spéciale de diarrhées d’été dues à ce germe.
Lesage l’a constaté dans dix-huit cas, surtout chez des enfants de dix à douze mois ayant déjà mangé de la viande. Nobécourt l’a rencontré dans un cas d’infection à bacille pyocyanique et dans trois cas d’infections gastro-intestinales chroniques, chez des athrepsiques. Brudzinski l’a trouvé presque constamment dans les selles fétides des nourrissons dyspeptiques.
9. Streptocoques. — C’est encore à Nobécourt que nous emprunterons les quelques lignes qui suivent sur la présence des streptocoques et leur signification dans les selles tout au moins des nourrissons :
« Le rôle des streptocoques est plus important que celui des bactéries précédentes ; il a été diversement apprécié, et, si bien des points relatifs à ce rôle restent encore obscurs, certains autres paraissent bien établis. Déjà, en 1894, Lesage et Thiercelin admettent que le streptocoque peut être cause, dans certains cas, de l’infection intestinale aiguë; mais ils considèrent surtout ce germe comme un agent d’infection secondaire qui, en s’associant au colibacille, détermine l’entérite cachectisante. Plus tard, en 1896, Booker précise son rôle dans la production des diarrhées d’été des enfants, et décrit des gastro-entérites à streptocoques qu’il a observées vingt-sept fois sur 52 cas. Puis Escherich et ses élèves, Hirsch, Libmann, Spigelberg étudient l’entérite à streptocoque du nourrisson, qu’ils attribuent à un streptocoque spécial, le Str. enteritis. A la clinique d’Heubner, Finkelstein observe des faits analogues. Nous-même (1895), insistons sur l’importance des streptocoques et de l’association streploco-bacillaire dans R. Gaultier. — Précis de Goprologie. 1 7
â58 SUBSTANCES CONSTITUANTES DES FÈCES EN PARTICULIER.
la pathogénie des infections aiguës, subaiguës et chroniques de l’enfance. A la même époque, Thiercelin étudie le rôle de l’entérocoque dans la pathogénie de certaines infections digestives. Plus récemment, Pigeaud (1900) insiste encore sur la fréquence de ces germes dans les selles des nourrissons dyspeptiques.
Mais ces microbes peuvent exister aussi dans l’intestin normal à titre de saprophytes. La question de leur rôle pathogène se pose donc pour eux comme pour les colibacilles. Saprophytes comme eux, ils sont cependant moins abondants qu’eux à l’état normal, si bien que leur présence en grand nombre a déjà plus d’importance; mais sous ce rapport les cas limites sont difficiles à apprécier et, d’ailleurs, on peut voir pulluler les streptocoques en dehors de tout état infectieux, à la suite de l’ingestion de calomel ou d’un lavage de l’intestin à l’eau bouillie (Tissier). La virulence pour ces animaux n’a pas grande valeur. La septicémie en a une plus grande à condition qu’il s’agisse d’ensemencements du sang faits pendant la vie. »
Somme toute, les conclusions que nous apportions à propos des colibacilles s’appliquent, à peu de chose près, aux streptocoques. Leur rôle pathogène est difficile à démontrer d’une façon précise, quoiqu’on puisse arriver à leur sujet à des notions plus fermes qu’avec les colibacilles, à cause de leur rareté relative dans l’intestin normal. Ils n’en jouent pas moins un rôle important dans la production des infections digestives des nourrissons.
10. Staphylocoques. — Quoique pouvant se rencontrer à l’état de saprophytes, les staphylocoques sont rares dans l’intestin normal ; ils pullulent quelquefois au cours des infections gastro-intestinales. Karlinski a constaté des staphylocoques dorés, blancs, citrins dans le contenu de l’iléon et dans le sang d’un enfant atteint d’entérite, allaité par
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sa mère dont le lait contenait ces germes. Moro, à la clinique d’Escherich, a étudié l’entérite à staphylocoques des nourrissons au sein, qui évolue d’une façon aiguë : peu nombreux au début de l’affection, ces germes augmentent les jours suivants et finissent par remplacer presque complètement le bacille coloré en bleu par la méthode de Weigert-Escherich, qui est le plus abondant à l’état normal. Ces staphylocoques sont blancs ou dorés; ils ne sont virulents ni pour la souris, ni pour le lapin.
B. — Parasites animaux.
a) Protozoaires. — 1° Amibes. — Les amibes peuvent se rencontrer assez fréquemment dans le tube digestif de l’homme. Lœsch signala le premier dans les selles d’un homme atteint de dysenterie une amibe qu’il appela amœba coli. Kort, Hlava ont rencontré le même parasite dans l’intestin des dysentériques. Cependant il semble que Y amœba coli ne soit qu’un parasite inoffensif du tube digestif de l’homme, et que ce soit une autre amibe, l 'amœba dysenteriæ ou histolytica qui produise la dysenterie ulcéreuse endémique des pays chauds. Jürgens en a bien démontré le rôle pathogène et aussi la transmissibilité quand il plaça dans une expérience deux chats dont l’un allaitait six petits, et qu’inoculant ces derniers par voie rectale, il vit les deux sujets non inoculés succomber de la dysenterie avec amibes dans leurs selles.
La dysenterie qu’engendre cette amibe, quoique très analogue à celle engendrée par le bacille de Chantemesse et Widal, retrouvé par Sigha, en diffère cependant par sa tendance à la chronicité, sa marche irrégulière, entrecoupée d’accalmies et d’exacerbations ; les selles seraient alcalines ; elle se complique parfois d’abcès du foie. La dysenterie bacil-
laire a un début brusque, une marche aiguë. La guérison ou la mort surviennent en quinze à vingt jours. Les déjections sont neutres ou acides.
D’après ce court aperçu, les deux variétés cliniques de dysenteries , amibienne et dysentérique, on voit tout de suite l’intérêt qu’il y a de savoir à quelle variété on a affaire. L’examen microscopique des selles à l’état frais aussitôt après leur émission le permet. Il suffit de déposer sur une lame porte-objet et de recouvrir d’une lamelle un flocon muqueux ou même le liquide séreux qui surnage à la surface des selles (Vincent). L’observation à l’aide d’un fort grossissement montrera, s’il s’agit de dysenterie amibienne, des amibes mobiles dont l’endoplasma contiendra des microbes, des débris cellulaires et des hématies. Pour mieux les percevoir et les reconnaître, on pourra employer le procédé de Vincent : déposer sur les bords de la lamelle une goutte de solution aqueuse de bleu de méthylène : tous les éléments autres que les amibes (cellules épithéliales, cellules glandulaires, bactéries, leucocytes) se colorent en bleu ; les amibes au contraire étant vivantes quelques minutes resteront incolores et se détacheront nettement par leur teinte claire sur le fond bleu de la préparation. Toute amibe ainsi perçue ne doit pas être considérée comme de nature dysentérique ; il importera de ne pas la confondre avec l’amibe vulgaire du côlon qui s’en différencie histologiquement ainsi que l’a établi Schaudinn.
2° Coccidiurn hominis. — Son extrême rareté nous dispense d’en parler, car on ignore encore sa véritable signification clinique.
3° Trichomonas intestinalis . — D’après Zunker, on rencontre ce parasite indifféremment dans les cas chroniques (diarrhée) et dans les cas aigus (fièvre typhoïde persistante, diarrhée profuse liée à l’ictère ou à la pneumonie).
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Il se tient surtout dans le côlon et le rectum et peut provoquer une vive irritation de la muqueuse, ou entretenir et aviver des inflammations déjà existantes.
4° Balantidium coli. — Découvert en 1856 par le professeur Malmsten de Stockholm, dans le pus sanguinolent d’un vieil ulcère rectal ; il fut retrouvé ensuite plus tard chez une vieille femme présentant depuis plusieurs années une colite chronique et qu’épuisaient des selles sanguinolentes et purulentes, nous dit à son sujet le professeur Blanchard. Stieda le vit deux fois chez des typhiques ; Schekrantz, Belfrage dans des cas d’abcès du gros intestin, Windblah, Mosig, Heuschen et Petterson ; puis Losch en 1870, Raptchevsky, et enfin plus récemment dans une monog'raphie publiée par le gouvernement américain, à Manille, en décembre 1904. Streny décrit le rôle du balantidium coli en clinique et en pathologie. Il montre que ce parasite est surtout l’hôte de l’intestin du porc ; si bien que c’est par l’ingestion de viande de porc crue que le parasite pénètre dans l’intestin de l’homme. Dans les 117 observations où cet infusoire fut trouvé dans les selles, il y avait diarrhée et selles dysentériques ; d’où il résulte que la présence de ce parasite coïncide presque toujours avec une diarhée chronique sans caractère particulier, et paraît être la cause d’une entérite spéciale, entérite à balantidium, si bien qu’il faudrait, au point de vue du diagnostic, attribuer autant d’importance à sa présence dans les selles, qu’à celle des amibes pour la dysenterie.
b) Vers. — I. Vers plats ou Gestodes. — 1° Taenias. — Absents des selles normales, les anneaux de tænia ou leurs œufs se rencontrent fréquemment dans les selles d’individus qui ont l’habitude de manger des viandes crues.
Le taenia mediocanellata se développe dans l’intestin de l’homme aux dépens du cysticerque du bœuf, lequel siège
habituellement dans les muscles striés ; en sorte que la viande de bœuf crue ou la viande de bœuf soumise à une cuisson insuffisante, telles les viandes grillées, bien cuites à la périphérie mais à centre saignant, est le véhicule habituel de l’embryon du tænia. Aussi, pour éviter ce dernier, est-il de toute nécessité de faire chauffer cette viande pendant cinq minutes environ à une température supérieure à 44° G. Il est également fréquent de le rencontrer chez des gens occupés à manier des préparations de matières animales fraîches : ainsi les bouchers, les cuisinières, les restaurateurs présentent souvent des anneaux ou des œufs de tænia inerme dans leurs fèces. C’est du reste le plus répandu des tænias, en raison de l’usage de plus en plus courant de la viande crue ou saignante et aussi parce que dans les abattoirs ou les marchés la viande de bœuf n’est soumise qu’à un contrôle illusoire; enfin, parce que son cysticerque est de si petite dimension, qu’il est difficilement visible.
Par contre, le tænia solium est relativement beaucoup moins fréquent, comme nous l’avons déjà dit, parce que le cysticerque du porc qui l’engendre et qui détermine chez cet animal la ladrerie, est plus facile à reconnaître et surtout plus surveillé.
2° Bothriocephalus latus. — Absents comme les précédents des selles d’individus normaux, on ne rencontre les œufs de ce parasite ou ses anneaux que chez des sujets dans l’intestin desquels il vit; et comme l’embryon de ce ver ne se développe que dans le corps de certains poissons tels la lotte et le brochet, on ne les observera que dans les selles des individus ichtyophages qui se nourrissent particulièrement de la chair de ces poissons, comme par exemple dans la Suisse française sur les bords du lac de Genève, de Neufchâtel, ou encore dans la haute Italie, dans la région des
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lacs, en Russie sur le littoral de la Baltique ou les viscères de la lotte, principalement les appendices pyloriques à peine desséchés, réceptacle fréquent des embryons de bothriocéphale (les plérocerques), sont communément employés comme remède contre les maux d’estomac, ou encore les œufs de brochet faiblement salés servant à faire une sorte de caviar d’un prix peu élevé, très recherché des gens du peuple et où grouillent encore les larves vivantes.
II. Trématodes. — Distomum hepaticum. — Si les œufs de douve hépatique sont fréquents dans les fèces de brebis, car ce parasite vit surtout dans le foie de cet animal, on ne les rencontre qu’exceptionnellement dans les fèces humaines. On l’y a vu cependant plusieurs fois et l’on pense que dans ces cas, étant données les mœurs de l’hôte intermédiaire des cercaires à embryons de la douve, le limnæa truncatula , gastéropode d’eau douce, c’est par l’ingestion d’eau renfermant les cercaires en liberté ou par l’ingestion de tiges ou de feuilles de cresson qui supportent les cercaires enkystées que se ferait l’infection ; ce qui implique le précepte hygiénique de ne faire usage que d’eau titrée.
III. Vers ronds ou Nématodes. — 1 0 Ascaris lombricoïdes . — La même mesure hygiénique s’impose, c’est-à-dire la filtration des eaux de boisson pour garantir l’homme de Yascaris lombricoïdes qui habite fréquemment son intestin et que l’on rencontre dans les fèces soit à l’état de ver adulte, soit sous forme d’œufs caractéristiques ; car en effet il résulte des nombreuses recherches de Davaine, de Grassi, de Galandrain que les œufs excrétés avec les matières fécales par les individus porteurs de ce parasite sont ingérés de nouveau par l’homme avec l’eau de boisson et ne se développent que dans son tube digestif.
2° Oxyure vermiculaire. — Les œufs d'oxyure se voient très fréquemment dans les selles des enfants, plus rare-
ment des grandes personnes porteurs de ce parasite. Gomme ce ver pour son développement n’a point besoin d’hôte intermédiaire, l’auto-infestation suffit à expliquer sa présence dans les selles. En effet, le prurit anal que détermine l’oxyure descendant, sous l’influence de la chaleur du lit, des parties supérieures de l’intestin dans le rectum incite les individus porteurs de ce parasite à se gratter ; les ongles se chargent ainsi de matières fécales remplies d'œufs dont le transport à la bouche se fait très facilement chez les enfants qui ont coutume de porter les doigts fréquemment à leur bouche, quelques-uns de ronger leurs ongles. Mais la contamination peut se faire aussi facilement d’un individu à un autre par l’usage du même lit ou seulement du même linge. De là la constatation fréquente de ces œufs d’oxyure dans les selles des individus cohabitant dans des maisons d’éducation, dans des orphelinats, des prisons, des casernes, des asiles d’aliénés.
3° Ankylostome. — Si l’on ne rencontre jamais Yankylostome lui-même dans les fèces d’individus qui en sont atteints, sauf quand on a fait prendre au malade un antihelminthique, par contre ses œufs y sont toujours plus ou moins abondants et on peut les y reconnaître eux-mêmes ou plus facilement les embryons qui en dérivent en employant les artifices mentionnés au chapitre précédent.
Cause de l’anémie des mineurs, de la chlorose d’Égvpte, de la cachexie aqueuse des nègres aux Antilles, de l’anémie intestinale du Brésil, ce ver est extrêmement répandu, et comme ses œufs se développent facilement dans les excréments avec lesquels ils ont été expulsés, ou dans la vase dans laquelle ils ont été déposés, les mesures prophylactiques qui s’imposent sont tout d’abord de recourir à l’emploi d’eau bouillie ou d’eau filtrée; puis dans les mines, les tuileries ou les rizières où il est fréquent de l’observer, d’interdire
aux ouvriers de ces industries de déposer leurs excréments ailleurs que dans des fosses d’aisances, ainsi que de prendre soin, avant les repas, de se laver scrupuleusement les mains, et de ne rien porter à la bouche qui ait été en contact avec l’eau bourbeuse.
4° Trichocéphale. — La présence des œufs de trichocéphale dans les fèces de l’homme n’a aucune signification pathologique, bien qu’un médecin de Batavia ait voulu en faire la cause du béribéri, et que MetehnikolF lui ait attribué un rôle dans l’appendicite. Parasite cosmopolite qui n’a pas besoin d’hôte intermédiaire à l’homme pour son développement, ses œufs, qui vivent facilement dans l’eau, se rencontrent surtout dans les fèces de gens qui, par leur genre de vie, font un usage habituel d’eau non filtrée; la filtration ou l’ébullition de l’eau de boisson sera donc un puissant préservatif contre son infestation.
5° Anguillule intestinale. — Elle fut pour la première fois découverte par Normand en 1876, à l’hôpital Saint-Mandrier à Toulon, dans l’examen microscopique de fèces de soldats revenant de Gochinchine avec une dysenterie grave, et fut identifiée pour la première fois par Bavay. Aussi la consi-
dère-t-on comme la cause efficiente de la diarrhée de Cochin-
chine ; l’infestation semble se faire par les légumes que les maraîchers chinois ont coutume d’arroser avec des excréments ; on expliquait la rareté relative de cette affection chez les indigènes par le fait que ceux-ci ont l’habitude de mâcher du bétol, substance à la fois parasiticide et astringente, qui du même coup qu’elle tue le ver, tanne et durcit la muqueuse intestinale et s’oppose aux ulcérations. On est aujourd’hui revenu de cette étiologie, cependant il n’en reste pas moins vrai que c’est au cours de diarrhées graves qu’on rencontre les larves d’anguillules dans les selles et que, par suite, quel que soit le rôle qu’elles pourront avoir en réalité
dans la détermination de ces affections, il est de toute nécessité, comme mesure prophylactique, de traiter les selles fraîchement rendues par l’acide thymique ou l’acide phénique, ou de les soumettre à une haute température.
c) Arthropodes. — Pour ce qui est de la signification clinique des différentes larves d’arthropodes que nous avons signalées au chapitre précédent^ on voit de suite la provenance de la piophyla casei, qui, introduite dans le tube digestif avec le fromage, peut se retrouver dans les garderobes. Par contre, la présence de la larve de teichomyza fusca a été diversement interprétée. Après avoir considéré que ces larves sont capables de vivre dans le tube digestif de l’homme, Davaine a fini par se ranger à l’opinion contraire, et il a admis qu’elles sont déposées par les mouches au fond des vases, où les individus pressés par la dysenterie, des coliques, de la diarrhée, et se servant précipitamment de ces vases sans y prendre garde, quand ils examinent ensuite leurs déjections en apercevant les larves qui s’agitent croient les avoir rendues. Cependant Laboulbène s’est élevé contre cette manière de voir, et Pruvot a démontré que sur 30 larves environ introduites expérimentalement dans l’estomac, 6 sont encore vivantes chez le cobaye au bout de vingt-huit heures et 2 chez le rat au bout de trois jours; il semble donc que cette larve puisse vivre dans le tube digestif, et le professeur Blanchard croit que leur présence peut être cause de certains troubles digestifs.
Tout ce que nous venons de dire de la teichomyza fusca est applicable à Yanthemya et il semble bien aussi, à s’en rapporter aux observations de Jenym, de Dubois, de Wacker, de Judd, etc., que cette larve puisse être capable de déterminer des accidents digestifs des plus variables; sa connaissance est donc utile pour permettre de les lui rattacher, en cas de besoin.
III. — RÉSIDUS PROVENANT DES SÉCRÉTIONS DIGESTIVES ET DES PRODUITS D’EXCRÉTION DE LA MUQUEUSE INTES TINALE.
A. — Constatations macroscopiques.
1. Mucus. — Nothnagel a bien étudié les différentes circonstances qui peuvent faire apparaître le mucus dans les fèces. Pour lui, sauf les cas où des selles très dures de constipés sont enrobées d’une mince couche de mucus, sa présence signifie une altération physiologique ou pathologique de la muqueuse intestinale. Lynch va même plus loin que lui et, se basant sur plus de 3 000 examens, soutient que, dans des circonstances normales, chez des sujets aux organes digestifs sains, quel que soit leur âge, s’ils s’alimentent rationnellement et proportionnellement à leur capacité digestive individuelle, jamais on ne trouve de mucus dans les selles, pas plus sous forme de grumeaux isolés, visibles à l’œil nu, que sous forme de grumeaux plus petits, visibles sous le microscope,
Seul le méconium du fœtus en est presque uniquement formé ; également les déjections des nouveau-nés dans les trois à quatre premiers jours peuvent en contenir, par suite de l’excitation transitoire que subit leur muqueuse intestinale du fait de l’introduction des premiers aliments ou des microorganismes qui agissent jusqu’à un certain point à la manière de corps étrangers.
La présence de mucus dans les fèces peut donc être considérée comme le fait d’un trouble physiologique ou d’une altération pathologique de l'intestin, car même la constipation dont parle Nothnagel ne peut être considérée comme une circonstance normale.
Ces données étant une fois bien établies, on peut ajouter
que, suivant que le trouble physiologique ou l’altération pathologique viendra d’une partie plus ou moins haute de l’intestin, on rencontrera dans les fèces des débris de mucus différents. Ainsi de grandes membranes muqueuses, reconnaissables à l’œil nu, tantôt indépendantes des matières, tantôt recouvrant le boudin fécal, tantôt encore intercalées entre les scybales, proviennent plutôt des parties inférieures du gros intestin, tandis que de petits grumeaux mélangés plus ou moins intimement aux fèces proviennent de préférence des parties supérieures du gros intestin ou des parties inférieures de l’intestin grêle, sauf toutefois le cas d’une traversée digestive très rapide, condition dans laquelle le mucus de l’intestin grêle peut n’avoir subi encore aucune transformation sous l’influence des sucs digestifs et apparaître lui aussi sous formes de gros grumeaux ou de gros flocons colorés par la bile.
Ainsi donc une alimentation déréglée entraînant une irritation plus ou moins passagère de l’intestin, ou des entérites de nature des plus variées peuvent être la cause d’apparition de mucus dans les selles. Nous nous en tiendrons à ces constatations et, dans le chapitre suivant, nous apprendrons quelles conclusions diagnostiques on en peut tirer suivant les cas qui s’offrent en clinique.
2. PUS, ÉLÉMENTS ÉPITHÉLIAUX, DÉBRIS DE TISSUS. — La présence de pus, d’éléments épithéliaux, de débris de tissus ne se rencontrent également que dans les fèces pathologiques ; leur reconnaissance a donc une grosse importance clinique.
3. Calculs et concrétions. — En donnant la description des calculs et des diverses concrétions que l’on peut rencontrer dans les fèces, nous avons établi une classification, basée sur leur origine et sur leur mode de formation, qui nous dispense de revenir à nouveau sur ce sujet et d’in-
cliquer la signification clinique de la présence de tel ou tel d’entre eux.
B. — Constatations microscopiques.
1. Mucus. — Les constatations microscopiques du mucus ont la même importance diagnostique que les constatations macroscopiques, en ce sens que ne pouvant être faites que dans les cas pathologiques, elles donnent l’indication, tout comme les précédentes, d’un trouble digestif que nous préciserons plus loin au chapitre des indications diagnostiques.
2. Pus. Éléments épithéliaux. Débris de tissus. — Nous avons déjà dit à l’examen macroscopique que ces divers éléments ne se rencontrent qu’à X étal pathologique', toutefois nous pourrions ajouter ici que peuvent être considérées comme normales les cellules cornées provenant du vernix caseosa qui recouvre la peau des nouveau-nés et qui sont nombreuses dans le méconium, ou encore les cellules cornées provenant de l’épiderme chez des individus qui ont la fâcheuse habitude de ronger leurs ongles avec leurs dents.
3. Sang. — De même le sang ne se rencontre dans les fèces que dans des conditions pathologiques et nous en étudierons plus loin la signification diagnostique. Toutefois il serait possible qu’à la suite de grandes absorptions de sang, comme au cours d’une alimentation avec du jus de viande ou avec du boudin, par exemple, on puisse rencontrer dans des fèces normales des cristaux d’hématoïdine visibles sous le microscope.
4. Bilirubine. — Pas plus que les cristaux d’hématoïdine avec lesquels ils ont tant de points de ressemblance, les cristaux de bilirubine ne se rencontrent dans les fèces normales. Seules des conditions pathologiques telles que les diarrhées peuvent les y entraîner.
5. Cholestérine. — Les cristaux de cholestérine proviennent de la bile qui se déverse dans le tube digestif. Normalement on les rencontre en grande quantité dans le méconium et dans les selles de nouveau-nés pendant deux ou trois jours ; mais par la suite chez les nourrissons alimentés d’une façon normale, de même que chez les adultes qui se nourrissent avec les aliments les plus variés dans des proportions raisonnables, jamais ne se rencontrent, en dehors de l’état pathologique, des cristaux de cholestérine. Par contre, le moindre écart de régime, capable de causer un trouble dans le fonctionnement digestif des nourrissons, à plus forte raison, des altérations pathologiques de l’intestin entraînent avec elles l’apparition de scristaux de cholestérine ci-dessus décrits.
6. Cristaux de Charcot-Leyden. — Absents des fèces normales, on ne les rencontre que dans les cas d’helminthiase, et aussi très fréquemment au cours de troubles digestifs, de congestion et d’irritation anormales de l’intestin, produits aussi bien par les vers intestinaux que par des substances chimiques (tel le calomel) ou des microorganismes intestinaux. Ce sont ces conditions originelles qui nous les font décrire avec les produits d’excrétion de la muqueuse intestinale.