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I. — EXPOSÉ DE LA MÉTHODE

C’est ainsi que de même que pour l’examen du liquide gastrique, cet examen fécal doit tout d’abord partir d'un repas d'épreuve logiquement composé, mettant en jeu l’activité spéciale des différentes gdandes intestinales, dont on désire connaître la valeur fonctionnelle. D’autre part il faut avoir à sa disposition un moyen commode de délimiter aussi exactement que possible les résidus fécaux correspondant à ce repas.

1. Repas d’épreuve. — Nous nous sommes déjà expliqué dans la première partie de cet ouvrage sur la nécessité du repas d'épreuve qui doit correspondre à la capa cité digestive d’un intestin d’homme normal, et dont la composition doit être telle qu’en cas d’une bonne digestion, on ne doit retrouver qu’avec peine des aliments ingérés sous la forme où ils ont été donnés, que ceux-ci doivent tous être transformés et pour la plupart utilisés; en sorte que le degré d'utilisation de ces aliments nous renseigne sur le fonctionnement de l’intestin et de ses glandes. Ce

repas d’épreuve, nous ne l’avons établi qu’après des expériences nombreuses (1); c’est ainsi que pour la quantité des graisses nous nous sommes appuyé sur les résultats consignés dans un tableau précédemment cité sur l’utilisation des graisses chez l’homme sain soumis aux différents régimes de l’hôpital, et que, constatant que l’intervention des différentes sortes d’aliments n’avait qu’une action vraiment minime sur elles, nous avons cru surtout devoir tenir compte, pour l’établissement de ce repas d’épreuve, de trois facteurs :

1° Quantité de graisse ingérée ;

2° État de digestibilité de la graisse ingérée;

3° Point de fusion.

Nous avons donc fait entrer les graisses dans ce repas pour la quantité moyenne de 45 à 50 grammes; dans un état facilement digestible (lait, beurre) et d’un point de fusion inférieur à la température du corps, 26°, 5.

De même pour les hydrates de carbone nous avons tenu compte de la digestibilité suivant la quantité ou la qualité de la nourriture. La qualité , c’est-à-dire la forme plus ou moins attaquable par les sucs digestifs sous laquelle se présentent ces aliments hydrocarbonés, entre en première ligne dans la production des variations de cette utilisation. Ainsi Rübner a bien montré que la farine d’amidon pure est totalement résorbée, et Zuntz et Magnus Lévy ont signalé l’influence de la condition de la cuisson dans la digestion de ces mets. Des hydrates de carbone contenus dans une enveloppe de cellulose ne sont facilement digestibles que s’ils ont été bien mastiqués ou bien cuits, de façon que la cellulose ait éclaté.

Le tableau suivant indique bien ces faits :

(1) Voir notre thèse, Essai de coprologie clinique , p. 107-120.

EXPOSÉ DE LA MÉTHODE

Hydrates de carbone dans

Influence de la nourriture.

la nourriture.

les fèces.

Farine de blé très fine

— moyenne

Farine de seigle

Pain pur

Pain complexe

Riz

Maïs

Haricot

Ou encore cet autre emprunté à Nicloux :

Hydrates de carbone dans

Aliments.

les aliments.

les fèces.

Perte p. 100.

Pain blanc

Riz

Macaroni

Pain blanc

Nouilles

Pommes de terre

Pain bis

Choux

Tout comme la qualité, la quantité des hydrates de carbone influe sur le rendement digestif. La meilleure preuve en est dans le tableau suivant emprunté à Strassbürger.

Hydrates de carbone dans

Aliments. la nourriture. les fèces.

Pain blanc 391 6,0

Pois 367 14,44

C’est inspiré de ces résultats, que nous avons introduit dans notre repas d’épreuve une quantité d’hydrates de carbone telle et d’une qualité telle également, que normalement on n’en retrouve que des traces difficilement déce-

labiés dans les fèces : 80 à 85 grammes sous forme de pain, de pommes de terre écrasées cuites au lait.

Pour les albuminoïdes, nous nous sommes inspiré d’idées semblables, aussi ce repas, logiquement composé dans le but de mettre en jeu l’activité spéciale des différentes glandes intestinales, comprend-il :

Pain blanc 100 grammes.

Viande de bœuf 60 —

Beurre 20 à 30 —

Lait 300 à 500 —

Pommes de terre 100 —

Ces proportions sont envisagées dans leur maximum; on peut les modifier suivant les exigences du malade, mais il est nécessaire, dans tous les cas, d’en déterminer le poids avec la plus grande exactitude pour que, si l’on a recours à l’examen chimique des fèces, l’opérateur puisse calculer approximativement d’après des tables générales, telles que «elles de Balland (1), la quantité d’aliments simples contenus dans les aliments composés et les comparer ensuite aux excréta. Cette précaution est inutile, si l’on ne doit avoir recours qu’à un examen microscopique, en pratique souvent suffisant, à condition toutefois de ne pas excéder les chiffres ci-dessus cités qui pourraient dépasser la capacité digestive.

Notre repas ci-dessus peut être préparé de la façon suivante :

La viande (viande de bœuf ou de mouton) est préparée sur le gril à peine cuite, saignante, et présentée avec une partie de beurre frais sur la table au moment de servir; elle doit être coupée en très petits morceaux et bien mastiquée. Si l’appétit du malade lui empêche de la prendre sous cette forme, on peut la lui préparer sous forme de

(1) Balland, Les Aliments, Paris, 1906.

EXPOSÉ DE LA MÉTHODE

boulettes de viande crue pulpée, hachée et aromatisée légèrement avec un peu de cognac.

Les pommes de terre sont cuites à l’eau, écrasées en purée et préparées au lait avec un peu de beurre.

Le restant du lait sert de boisson.

Le restant du beurre est mangé en tartine sur le pain.

Ce repas n’est applicable naturellement qu’aux adultes; chez l’enfant, qu’il soit au biberon ou au sein, ou qu’il soit alimenté d’une façon mixte, il est facile de doser les ingesta par la pesée même de l’enfant dans le premier cas, ou la pesée de ces aliments dans les deux autres cas; leur quantité devant être calculée suivant l’âge de l’enfant, d’après les quantités d’alimentation normale des nourrissons.

2. Procédé de délimitation des fèces. — Quant au mode de délimitation des fèces, il est très simple. Nombreux sont les procédés que l’on peut employer, comme nous avons vu dans la première partie de cet ouvrage. Le plus commode nous a semblé V emploi de la poudre de carmin , mélangée au repas d’épreuve, et que l’on administre sous forme de cachet au commencement, au milieu et à la fin du repas, à la dose de 0gr,30 environ.

Ce repas doit être pris à jeun ou assez longtemps après l’absorption du repas précédent, en général, le matin au petit lever, le dernier repas frugal ayant été fait la veille au soir à 7 heures par exemple. On reconnaît facilement les matières colorées en rouge par le carmin qui correspondent au repas d’épreuve, et on les recueille en totalité. Si l’on dispose d’un peu de temps, et que le malade veuille bien s’y soumettre, on peut pendant deux jours le mettre au régime lacté, puis le matin du troisième jour lui faire absorber un repas d’épreuve avec ses trois cachets de carmin, et six à huit heures après on le remet au régime du lait pendant une journée; si bien que Jes fèces rouges apparaissent nettement

entre les fèces grises de régime lacté, d’odeur moins repoussante.

3. Modèle d’analyse. — Ensuite, suivant l’ordre du modèle d’analyse que l’on trouvera à la fin de cet ouvrage, nous envisagerons successivement.

A. La durée de la traversée digestive. — Nous appelons ainsi le temps nécessaire à nos aliments pour parcourir le tube digestif. Étudiée par Sicard et Infroit avec une méthode rigoureuse, non pas seulement pour l’ensemble du tube digestif, mais encore pour chacun de ses segments : 1° en faisant ingérer un corps étranger décelable par la radioscopie, inoffensif dans sa forme, sa composition, ses dimensions et résistant pendant un temps suffisamment long à l’action des sucs digestifs; 2° en suivant ce corps étranger aussitôt après son ingestion, étape par étape, à travers toute l’étendue du tube digestif pour le topographier au niveau des différents segments gastro-intestinaux. Ce procédé, à coup sûr des plus intéressants, pour étudier le « transit intestinal », est en pratique peu facile à réaliser. Maurel, de Toulouse, a recours à un moyen plus simple, basé sur l’administration du régime lacté et de quelques grammes de poudre de charbon végétal dont il recherche le passage dans les fèces. Notre procédé, analogue à ce dernier, nous a permis d’établir dans certaines circonstances la motricité intestinale; nous renvoyons le lecteur aux faits expérimentaux et cliniques (11 que nous avons déjà publiés sur ce point et qui nous permettent de porter à l’aide de ce signe les conclusions suivantes que l’on peut utiliser dans la pratique :

1° L’épreuve de la traversée digestive est une méthode capable de renseigner sur le temps que met un aliment

(1) Gaultier (R.), Essai de Coprologie clinique. Thèse de Paris, 1905, p.p. 35 et 40.

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donné à parcourir l’intestin avant d’être rejeté sous forme de fèces.

2° Normalement la durée de cette traversée variant dans les limites de 26 à 40 heures, chez l’adulte, une durée plus courte ou une durée plus longue sera l’indice d’un trouble dans le fonctionnement de l'intestin, si l’on a au préalable écarté les causes d’excès pouvant tenir à la quantité ou à la qualité de l’aliment, en ne la calculant que sur un repas d’épreuve composé spécialement.

3° L’allongement de cette période peut signifier défaut de sécrétion biliaire.

4° Le raccourcissement peut signifier un défaut de sécrétion pancréatique, un défaut d’absorption intestinale, ces deux cas se jugeant par la présence dans les fèces : dans le lfir cas, de déchets d’aliments non assimilables; dans le 2e cas, de déchets assimilables. En d’autres termes, la simple constatation de la durée de la traversée digestive est insuffisante par elle-même pour établir un diagnostic certain et il est nécessaire d’y adjoindre d’autres signes.

5° En effet, l’allongement ou le raccourcissement peut être dû à un simple trouble du système nerveux ; ce que l’on peut déduire de l’absence des symptômes signalés plus haut ou de la présence d’autres signes que nous décrirons plus loin.

Mais ce n’est point tout : cette traversée permet encore de se rendre compte, associée à d’autres méthodes, quel est le segment d’intestin qui est en cause dans un retard ou une avance.

Elle nous semble donc plus significative que les termes constipation ou diarrhée: elle mesure exactement, comme le thermomètre mesure la fièvre, le degré de la motricité intestinale.

B. Les caractères physiques généraux. — a. Poids. —

Avec notre repas d’épreuve, un individu sain n’excrète guère plus de 100 grammes de fèces fraîches. Un écart de poids supérieur au précédent, sans avoir par lui-même une grande importance, peut cependant déjà indiquer deux choses, soit une augmentation des produits d’usure du tube digestif, d’ordre pathologique, soit une digestion ou une absorption incomplète des ingesta, hypothèses que l’on pourra vérifier par l’examen macroscopique, microscopique ou chimique des fèces.

b. Consistance. — La consistance normale doit être ferme : liquides ou mal liées, pâteuses comme du mastic ou de la pommade, les fèces présentent dans ces cas un certain intérêt clinique, car elles doivent ces modifications à des changements dans leur composition, que des examens ultérieurs permettent également de reconnaître.

c. Forme. — La forme offre aussi un intérêt clinique ; moulées à l’état normal, les selles peuvent avoir une apparence ovillée, dure, sèche ; ce sont des scybales comme dans l’entérite muco-membraneuse; elles ont un aspect rubané, comme passé à la filière dans les cas de rétrécissement du rectum.

d. Odeur. — L’odeur peut aussi aider au diagnostic, si l’on envisage le fait qu’avec le repas précédent, surtout si on le fait précéder d’un régime lacté pendant deux jours, les fèces n’ont qu’une odeur à peine désagréable; toute odeur putride, infecte, nauséabonde indiquera des fermentations digestives que l’analyse ultérieure précisera.

e. Couleur. — Quant à la couleur, elle ne peut être ici d’aucun intérêt, puisque par le carmin les fèces sont colo rées en rouge, en sorte que cette notion de coloration perd l’importance qu’elle a dans la pratique courante. 11 est néanmoins utile de recueillir du malade lui-même es différences de coloration qu’il a pu observer dans ses matières

EXPOSÉ DE LA MÉTHODE

avant le repas en question. On peut, en effet, distinguer la coloration ordinaire brunâtre des matières colorées par la bile, de la décoloration par absence de bile, ou de la surcoloration par excès de bile ; les selles bilieuses de la fièvre typhoïde des selles verdâtres des diarrhées acides, la coloration du melæna ou les selles sanguinolentes, lavure de chair de la dysenterie.

G. Caractères macroscopiques des fèces. — a. Restes de nourriture . — A l’état normal, avec un repas d’épreuve, il ne doit point y avoir trace de restes de nourriture dans les matières ; l’apparition de ceux-ci indiquera donc un trouble dans le fonctionnement intestinal.

b. Produits pathologiques de l'intestin. — De même il ne devra point exister de produits pathologiques de l’intestin. La présence de ceux-ci aura donc une grande importance.

1. Glaires. — Tantôt ce sont de véritables glaires de coloration gris jaunâtre qui recouvriront la masse des matières fécales, en se trouvant plus ou moins intimement mélangées avec elles, et que, pour les rendre plus visibles, on peut faire apparaître en triturant les selles avec de l’eau et en laissant écouler ensuite le liquide le long des parois du verre sur lesquelles il laissera sa traînée glaireuse caractéristique.

2. Membranes. — Parfois on y peut voir de véritables membranes , des lambeaux d’aspect fibrineux, des filaments cylindriques enlacés, qu’on a pu confondre avec des débris de tænia ; quelquefois ce sont des flocons à bords irréguliers.

3. Mucus. — Enfin on peut y voir des petites boulettes jaunâtres , de consistance gélatineuse, analogues à des grains de sagou cuits, intimement mélangés aux fèces, qui, bien que considérées par certains auteurs comme des débris

végétaux, sont en général reconnues, notamment par Kitrawaga, comme formées de mucus. L’apparition dans les selles de ces glaires , de ces membranes , de ces grumeaux , de ces flocons de mucus , si bien étudiés par Nothnagel, est de la plus haute importance clinique, car, manquant totalement à l’état normal, sauf dans les premiers jours de la naissance où ils sont expulsés avec le méconium, ils marquent Y indice d'une altération inflammatoire de V intestin.

Autant que la forme, la consistance et la couleur de ces traces de mucus sont variables avec les détritus alimentaires qui entrent dans leur composition ; souvent la biliverdine et la bilirubine leur donnent une coloration orange foncé, jaune d’or ou verte.

On sait l’importance diagnostique que Nothnagel attache à la constatation de ces dilférentes variétés de mucus. Pour cet auteur, du mucus pur , non mélangé aux matières, plus ou moins épais et transparent, indique une lésion de la partie inférieure du gros intestin. Au contraire, si on trouve un mélange de lambeaux de mucus avec des fèces mal liées , on peut en conclure qu’il y a altération du segment supérieur du gros intestin ; et d’autant plus les particules de mucus seront fines et mélangées avec les matières, d’autant plus il y aura des raisons de croire que les altérations portent sur un point plus élevé de la muqueuse intestinale, comme par exemple de l’intestin grêle ; dans ce dernier cas, les grains de mucus seraient, d’après cet auteur, souvent colorés en vert par la bile, et se montreraient non digérés avec des détritus alimentaires, parce que la traversée iléocolique se serait faite rapidement.

4. Pus. — La constatation du pus est encore une notion clinique de grande importance, sur laquelle il nous semble inutile d’insister, non plus du reste que sur la constatation de débris de tumeurs.

EXPOSÉ DE LA MÉTHODE

5. Vers intestinaux. — Quant à la découverte des œufs de parasites intestinaux, point n’est besoin de repas d’épreuve pour les mettre en évidence, mais il faut savoir les reconnaître des restes de résidus fécaux, ainsi que nous l’avons déjà montré par ailleurs en indiquant leur signification diagnostique.

6. Calculs intestinaux. — 11 n’est pas nécessaire non plus d’un repas d’épreuve pour rechercher macroscopiquement dans les fèces les calculs et concrétions intestinales qu’on y peut rencontrer; néanmoins, on peut les y trouver par hasard, et il est bon de savoir les distinguer.

7. Sang. — La même réflexion s’applique à la constatation du sang dans les fèces.

D. Caractères microscopiques des fèces. — Mais, si déjà par l’examen macroscopique, on a pu acquérir certaines notions utiles sur l’état du tube digestif, avec V examen microscopique nous allons en acquérir de nouvelles du plus haut intérêt.

1. Cellules végétales. — Les aliments végétaux introduits dans le repas d’épreuve l’ont été dans de telles proportions et sous une forme telle, qu’ils doivent être, à l’état normal, facilement digérés et absorbés. Quand donc on constatera, soit des granules d’amidon presque entier, soit des débris de pain blanc en assez grande abondance, on pourra conclure à un trouble dans le fonctionnement digestif, et plus particulièrement à une altération de V intestin grêle.

2. Fibres musculaires. Tissu conjonctif. Tissu élastique. — Sans avoir besoin de recourir au procédé de numération un peu compliqué de Kermauner, la simple constatation de libres musculaires, de fibres élastiques et de tissu conjonctif dans les fèces de notre repas d’épreuve en quantité notable est à son tour un autre indice d’un trouble fonctionnel de l'intestin.

R. Gaultier. — Précis de Coprologie.

Il semble bien prouvé que l’apparition d’un grand nombre de fibres musculaires dans les fèces est sous l’influence d’un trouble intestinal, au sens le plus large du mot, plus particulièrement d’un trouble de l’intestin grêle, car passé la valvule de Bauhin, l’ensemble des processus protéolytiques est sinon nul, du moins beaucoup amoindri. Ainsi peut-on dire que la grande abondance de fibres musculaires dans les matières fécales, quand l’alimentation est réglée de façon à ne point excéder la capacité digestive (ce qui est le cas de notre repas d’épreuve chez un individu sain), est l’indice d’un trouble dans le fonctionnement intestinal. Mais il faut ajouter que si une motricité exagérée peut contribuer à cette anomalie, ou si un trouble d’absorption peut parfois en être la cause, c’est plutôt à un trouble sécrétoire et principalement à un amoindrissement de la fonction pancréatique que semble dû ce syndrome.

Par contre, la présence en abondance de restes de tissu conjonctif dans les fèces (toujours dans le cas de notre repas d’épreuve, où les choses sont calculées pour une digestion facile pour un individu sain), prend la signification d’un trouble stomacal accusé.

Quant aux fibres élastiques, Y insuffisance de sécrétion des sucs gastriques et intestinaux , chargés de digérer le tissu conjonctif qui réunit ces fibres élastiques, intervient pour une grande part dans l’abondance de leurs résidus fécaux.

3. Graisses. — La constatation des graisses sous leurs états divers dans les fèces est d’une importance capitale que soulignera plus loin l’examen chimique : la plus ou moins grande abondance de graisses neutres , d'acides gras ou de savon , leur proportionnalité pouvant indiquer soit un trouble des fonctions biliaires , soit un trouble des fonctions pancréatiques , ou encore des altérations intestinales.

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4. Cristaux. — La constatation de nombreux cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien en forme de couvercle de bière, prend la signification de putréfaction intestinale intense ; celle de cristaux de cholestérine indique des perturbations digestives accentuées dans les parties supérieures de l'intestin grêle, avec augmentation du péristaltisme intestinal ; celle de cristaux d'hématoïdine caractérise les cas où il y a eu des hémorragies intestinales plusieurs jours auparavant. On peut, dans ces cas d'hémorragie, faire, parle procédé de Teichmann, apparaître dans les selles les cristaux brunâtres rhomboïdaux de chlorhydrate d’hématinev en plaçant suf le porte-objet la substance à examiner, en y ajoutant un cristal de sel, recouvrant la préparation avec une lamelle, puis remplissant l’espace compris entre celle-ci et le porte-objet avec de l’acide acétique glacial, et en chauffant sans faire entrer le liquide en ébullition. On pourrait également employer le procédé de Weber, qui consiste à faire des matières à examiner un extrait à l’aide de l’acide acétique et de l’éther, de manière à transformer Thématine en acétate d’hématine ; sur cet extrait on pratique, ensuite, l’épreuve bien connue, de mélange de teinture de gaïac et d’essence de térébenthine; la préparation de l’extrait a simplement pour but d’éliminer toutes les autres substances qui, à l’égal du sang, ont la propriété de bleuir le mélange de gaïac et de térébenthine.

5. Globules rouges, globules blancs, cellules épithéliales. — Ces divers produits pathologiques que le microscope permet de reconnaître dans les fèces, sont d’un moindre intérêt. Exceptionnellement on peut y rencontrer des globules rouges ; pour cela il faut que le sang provienne des parties inférieures du tube digestif, sinon ces éléments ont été détruits par l’action des sucs digestifs. Quand on y rencontre des globules blancs plus ou moins dégénérés en

notable quantité, on est en droit de songer à un processus ulcéreux de V intestin.

11 est assez fréquent de voir des leucocytes en même temps que des cellules épithéliales cylindriques déformées, incolores ou colorées en jaune, au cours des altérations catarrhales du tube intestinal ; il ne faudra pas se laisser induire en erreur dans ce dernier cas par la présence de cellules de Y épithélium pavimenteux provenant de Y orifice de l'anus.

E. Caractères chimiques des fèces. — Après ces diverses recherches, l’examen chimique des fèces peut encore être nécessaire.

1. réaction . — On s’attachera tout d’abord à l’étude de la réaction qui, normalement neutre, peut être modifiée soit par alcalinisation, soit par acidification. Pour faire l’analyse qualitative de cette réaction, avant tout autre examen, on commence par l’essayer au papier de tournesol, en opérant toujours sur des fèces fraîches que, liquides ou solides, on dilue dans de l'eau distillée pour en bien mélanger toutes les parties, ayant au préalable éliminé les causes d’erreur pouvant tenir à la présence de sang- ou de pus.

Puis on pratique Y analyse quantitative quand cette réaction est acide. Pour ce faire, on prélève une petite quantité de la dernière g-arde-robe, quantité toujours la même en volume si liquide, en poids si solide, que l’on dilue dans une quantité connue d’eau distillée ; puis en présence de la phénolphtaléine, à l’aide d’une liqueur de soude titrée on dose par un facile calcul l’acidité pour 1000 des matières fécales ; dosage comparatif, qui ne donne point les poids réels des acides organiques entrant dans la constitution de cette acidité totale, mais dosage comparatif suffisant en clinique pour permettre d’apprécier le fonctionnement du tube digestif.

exposé de là méthode.

Nous avons en effet établi par ailleurs, avec expériences et observations nombreuses à l’appui, qu’avec un régime alimentaire logiquement établi dans un repas d’épreuve, la réaction neutre des fèces peut être modifiée par la motricité intestinale, par les sécrétions glandulaires, par les troubles de 1 absorption intestinale (1).

Voici, du reste, les conclusions de ces observations :

a. La réaction habituelle des matières fécales est neutre.

b. Chez les individus dont les fonctions digestives sont normales , la réaction est fonction du régime alimentaire .

Un régime carné absolu donnant lieu à une réaction alcaline ;

Un régime hgdrocarboné exclusif ou trop abondant entraînant une réaction acide ;

Un régime riche en graisses déterminant également une réaction acide .

c. Chez un individu dont les fonctions digestives sont normales, si le régime alimentaire est logiquement établi dans un repas d’épreuve, la réaction des fèces peut être modifiée par divers facteurs.

1° Motricité intestinale. — a. Traversée digestive prolongée + réaction acide — défaut de motricité de l’intestin grêle.

|3. Traversée digestive prolongée -(- réaction alcaline — défaut de motricité du gros intestin ;

2° Sécrétions glandulaires. — a. L’absence de sécrétion biliaire amène habituellement l’acidité ;

p. L'absence de sécrétion pancréatique entraîne de préférence une réaction alcaline, par la putréfaction des albuminoïdes incomplètement digérés.

(I) Voir René Gaultier, Essai de Coprologie clinique, Paris, 1905, p. 58 à 89.

3° Absorption intestinale. — Les troubles d’absorption entraînent une réaction acide.

d. La réaction acide des fèces est sous la dépendance de la chlorhydrie stomacale. L’HGl, en se combinant avec les bases rencontrées dans l’intestin, empêche la saturation des acides de fermentation qui donnent en dernière analyse aux matières leur réaction acide.

e. V hyperchlorhydrie stomacale, jointe à l' insuffisance des sécrétions biliaire et pancréatique, peut entraîner une variété de diarrhée dite idiopathique, la diarrhée acide de l'adulte, nouvelle preuve de la solidarité fonctionnelle de l’estomac et de l’intestin.

f. L’étude des réactions des fèces permet non seulement V exploration fonctionnelle de l’intestin , mais reposant sur une pathogénie exacte, dans quelques cas, l’établissement d’une thérapeutique également fonctionnelle.

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