VII. — Résumé et conclusions
De l’examen de ces matières on peut conclure, croyonsnous :
D’une part, que l'aspect graisseux des matières et la grande quantité de graisses que l’on constate en effet, microscopiquement et chimiquement, prouve surabondamment, avec la diminution de la réaction de Gmelin et la lég*ère acidité des fèces, que l’apport de la bile dans l’intestin est fortement diminué.
D’autre part, les proportions dans lesquelles, chimiquement, se montrent les diverses parties constituantes des graisses excrétées, le rapport des poids des substances sèches au poids des substances fraîches, et enfin la légère réaction de l’épreuve de fermentation prouvent également avec netteté que l’action pancréatique est amoindrie.
d) Pancréatite et lithiase biliaire. [Observation de Chauffard (1). ]
« Comment arriver sinon au diagnostic ferme, au moins à la présomption des infections pancréatiques secondaires à la cholélilhiase? Reste la sémiologie chimique, au moins aussi importante pour le pancréas qu’elle l’est pour le foie. Elle repose sur l’analyse de l’urine et des matières fécales. La question pour l’analyse de l’urine suivant la méthode de Cammidge reste encore douteuse, et jusqu’à nouvel ordre, la chimie urinaire ne nous apprend rien de certain pour le diagnostic des pancréatites cholélithiasiques.
« Beaucoup plus importants sont les résultats que peut
(1) Sem. méd ., 10 janv. 1906.
RÉSULTATS DE LA MÉTHODE
donner l’analyse chimique des fèces, surtout au point de vue de l’assimilation des graisses, et chez notre premier malade, nous avons pu faire deux fois cette recherche, avant l’opération, et un mois et demi après l’ablation du calcul. Nous avons suivi la technique proposée par René Gaultier : repas d’épreuve dont on titre la teneur en graisses, coloration par le carmin de la masse fécale correspondant au repas d’épreuve, comparaison du poids des graisses contenues dans le repas d’épreuve et des graisses rejetées dans les fèces, distinction centésimale entre elles des diverses graisses éliminées.
« Ces recherches longues et délicates ont été faites par Bagros, interne en pharmacie du service, avec un zèle et une habileté dont je le remercie. Les deux tableaux ciaprès résument les résultats obtenus et les comparent aux chiffres donnés par René Gaultier comme correspondant à la suppression de la bile, du suc pancréatique ou de ces deux sécrétions à la fois.
Première analyse, avant l'opération :
Échantillon.
Graisses utilisées p. 100.
Fonction bi- Fontion pan- Normale. liaire créatique
supprimée. supprimée.
Distinction des graisses.
Échantillon. Fonction biliaire Fonction pancréatique supprimée. supprimée.
Acides gras p. 100 31-45 21 7,5-15
Savons p. 100 » 12 3,7-8
Graisses neutres p. 100. . » 63 77-87
Seconde analyse , un mois et demi après l’opération ;
Suc Les deux
Échantillon. Normale. Bile pancréatique sup-
supprimée. supprimé, primés.
Graisses utilisées p. 100. . 79,8
— excrétées — . . 20.2
Distinction des graisses.
■ Suc
Echantillon. Bile pancréatique Les deux
supprimée. supprimé. supprimés.
Acides gras p. 100 62,59 21 7,5-15 3-11,2
Savons 3,20 12 3,7-8 0,3-1, 9
Graisses neutres p. 100. . 34,21 63 77-87 87-96
« On voit, parla première analyse, combien était abaissé le coefficient d’utilisation des graisses absorbées et cette constatation nous explique le degré parfois extrême d’amaigrissement auquel ces malades peuvent arriver, en dehors de toute cachexie cancéreuse.
« D’autre part, si l’on accepte les moyennes données par René Gaultier, il ressort des chiffres que la proportion des graisses excrétées était plus forte que ne le comporte la suppression de la bile, et qu’il y avait lieu d’admettre un certain degré d 'insuffisance pancréatique.
« Laseconde analyse confirmecette interprétation, puisque tout ictère ayant disparu, alors que les urines et les fèces ont repris leur coloration normale et que le malade a récupéré 7 kilos de poids, le défaut d’assimilation des graisses reste encore notable. Ce rfest à coup sûr plus la sécrétion biliaire, pleinement rétablie, qui est en cause, c’est le pancréas seul que nous sommes en droit d’incriminer. Cet homme est guéri de son occlusion cholédocienne, il ne l’est pas encore de sa pancréatite.
« Concluons donc que les meilleurs signes que l’on puisse actuellement attribuer aux pancréatites cholélithiasiques sont le degré extrême de V amaigrissement et rabaissement très prononcé du coefficient d'utilisation des graisses, états corrélatifs l’un de l’autre. »
e) Calcul enchatonné dans le cholédoque. Ictère
CHRONIQUE, FIÈVRE BILIO-SEPTIQUE ; ABCÈS ARÉOLAIRES DU
RÉSULTATS DE LA MÉTHODE
foie; mort. (Observation personnelle prise dans le service du Pr Dieulafoy.)
L’examen des matières fécales fait le 12 mai 1904, au point de vue de l’analyse quantitative et qualitative des graisses comparativement à un repas d’épreuve, nous a fourni les résultats suivants :
1° Utilisation p. 100 : 49p. 100 des graisses ingérées ont été retrouvées dans les excreta; par contre, 51 p. 100 ont seulement été utilisées ;
2° Rapport des diverses parties des graisses excrétées : 1 / 3 environ des graisses excrétées ont subi les décompositions qui les rendent plus facilement absorbables.
f) Oblitération permanente du cholédoque par ganglion COMPRIMANT LE HILE, PEUT-ÊTRE CANCER DES VOIES
biliaires? Diagnostic opératoire. (Observation de Quénu et Chevassu.)
Repas d’épreuve : 500 grammes de lait, 100 grammes de pain, 50 grammes de beurre. Examen des fèces.
1» Utilisation p. 100 : 53 p. 100 des graisses ingérées ont été retrouvées dans les excreta, par conséquent 47 p. 100 ont été seulement utilisées.
2° Le rapport des diverses parties des graisses excrétées s’est montré le suivant :
g) Oblitération calculeuse du cholédoque. 'Observation personnelle prise dans le service du Pr Dieulafoy.)
Les matières fécales ont été examinées à deux reprises différentes :
a. Au moment de l’entrée ; le malade était au régime lacté de l’hôpital.
1° Utilisation p. 100 :
Nourriture. Graisse. Poids des fèces Poids des fèces Graisse
fraîches. sèches. des fèces.
2 lit. 250 lait. 82&r,46 189 gr. 61 gr. 27 gr.
En d'autres termes :
32,7 p. 100 des graisses ingérées ont é-té retrouvées dans les excreta, par contre 67,3 p. 100 ont été seulement utilisées.
2° Le rapport des diverses parties des graisses excrétées s’est montré respectivement 1 0,25 de G. N. 4 grammes A. G. , et 2,75 S. ou en pourcentage 75 p. 100 de G. N., 15 p. 100 d’A.G., et 10 p. 100 de S.
6. Les fèces ont été examinées une seconde fois, le calcul rendu, l’ictère disparaissant, la réaction de Gmelin n’existant plus depuis deux jours dans les urines, les matières présentant une coloration jaunâtre, réaction à peine acide :
1° Utilisation p. 100 :
Nourriture. Graisse Poids des fèces Poids des fèces Graisse
des aliments. fraîches. sèches. des fèces.
3 lit. de lait. 109 gr. 193 gr. 45 gr. 9&r,60
En d’autres termes :
8,85 p. 100 seulement des graisses ingérées ont été retrouvées dans les excreta, et par contre 91,15 p. 100 ont été utilisées.
2° Le rapport des diverses parties des graisses excrétées s’est montré respectivement 9,60 de G. N., lgr,70 d’A.G., lgr,15 de S, ou en pourcentage 70,3p. 100 de G. N. ,27, 7p. 100 d’A.G., 11,9 p. 100 de S.
« Ainsi par ces quelques exemples peut-on voir que par la distinction entre le déficit biliaire et le déficit pancréatique, l’important dans l’examen des matières fécales est non seulement la constatation de la stéatorrhée qui ne traduit qu’un défaut global d’utilisation des graisses trop rapproché dans les deux cas pour qu’on puisse tabler sur lui mais surtout Yhypostéatolyse qui traduit un défaut de dédoublement des graisses que l’analyse chimique qualitative permet seule de constater (1). »
(1) Pr Terrier, Soc. de chirurgie, 7 fév, 1906, p. 171.
RÉSULTATS DÉ Là MÉTHODE.
Ainsi se trouvent justifiées ces deux formules de coprologie clinique que nous énoncerons ainsi :
I. Les fèces chez les individus atteints d affections du foie . — Elles se présentent de la façon suivante :
Quand il y a absence ou seulement diminution de la bile dans l’intestin :
1° La durée de la traversée digestive est allongée, et cela dans des proportions variables avec cette diminution.
2° Le rapport du poids des fèces sèches au poids des fèces fraîches est modifié ; il y a diminution de la quantité d'eau avec augmentation du poids des substances sèches.
3° La réaction des fèces est acide.
4° La quantité de graisse d’un repas d’épreuve est beaucoup moins bien utilisée; plus d’un tiers est en effet excrété; et cela sous forme différente de la normale, puisqu’il y a plus de moitié de G. N. par rapport aux graisses dédoublées A G. et S.
5° Les hydrates de carbone, par contre, eux ne subissent aucune modification dans leur utilisation normale.
6° Les albuminoïdes excrétées sont augmentées dans les proportions de 13 à 17 p. 100 exprimées en azote total ; avec un repas d’épreuve logiquement composé, on ne trouve ni albumine, ni albuminoses et la méthode de digestion secondaire de Schmidt reste négative.
7° Enfin, il y a décoloration des matières plus ou moins prononcée, due à la diminution des pigments biliaires décelables par une réaction de Gmelin nulle ou peu marquée.
IL Les fèces chez les individus atteints d'affections pancréatiques . — L’absence de l’apport du suc pancréatique dans l’intestin se manifeste de la façon suivante :
1° La durée de la traversée digestive est raccourcie.
2° Diminution de la quantité d’eau des fèces et augmentation du poids des substances sèches.
R. Gaultier. — Précis de Coprologie*
3° La réaction des fèces est neutre ou alcaline par putréfaction des albuminoïdes non digérées.
4° Avec un repas d’épreuve, la quantité de graisse des fèces est considérablement augmentée ; plus des deux tiers des graisses alimentaires ne sont point utilisées et, parmi les graisses excrétées, on retrouve près des trois quarts de G. N. non dédoublées.
5° Les hydrates de carbone, par contre, sont relativement bien utilisés; à peine l’épreuve de fermentation donne-t-elle un petit dégagement de gaz.
6° Mais l’azote total est augmenté dans des proportions de 26 à 33 p. 100, tandis qu’on ne trouve ni albumine, ni albuminose et que l’épreuve de la digestion secondaire de Schmidt reste négative.