‹ Précis de coprologie cliniqueChapitre 55 sur 59 · Thérapeutique fonctionnelle des maladies du foie · texte numérisé non relu

Thérapeutique fonctionnelle des maladies du foie

Ainsi que nous venons de le voir, ce mode d 'exploration fonctionnelle de l’intestin permet le plus souvent de compléter un diagnostic, en renseignant sur le défaut ou l’exagération des sécrétions des glandes intestinales, le défaut ou l’exagération de la motricité, aussi bien que sur les troubles de résorption de l’intestin.

Ces résultats diagnostiques n’ont pas seulement pour but de satisfaire, d’une façon plus complète, l’esprit hésitant du médecin ; ce dernier peut, grâce à ces nouvelles données, s’il sait s’inspirer des méthodes de thérapeutique fonctionnelle, que professe depuis plusieurs années notre maître, le professeur Albert Robin, y puiser les éléments d’une diététique et d’un régime rationnels, qui tendent à modifier des fonctions troublées dans un sens qui nous est maintenant connu, plutôt qu’à combattre, d’après des idées doctrinales, des causes pathogéniques souvent ignorées.

De ce que nous avançons, nous trouvons un remarquable exemple dans ses leçons de l’hôpital Beaujon, sur le régime et le traitement fonctionnels dans les maladies du foie.

« Faisant allusion au remarquable rapport de Linossier à la Société de thérapeutique sur le régime dans les maladies du foie, où cet auteur expose, d’après les doctrines actuelles de l’École française, une thérapeutique pathogé-

(1) Roux et Riva, Etude des fonctions gastro-intestinales par le régime d’épreuve de Schmidt,

RÉSULTATS RE LA MÉTUORE

nique, le professeur Robin en montre les dangers ; hier, dit-il, c’était la théorie de l’inflammation qui avait cours; obscurcie un instant par l’avènement de la neuropathologie, elle cède aujourd’hui la place à la théorie de l’infection. Demain, une autre théorie aussi mobile viendra la remplacer, et la thérapeutique pathogénique variera encore avec ce nouvel avatar.

« La variabilité de ce concept pathogénique réduit donc à néant toute thérapeutique de cette formule, puisque les régimes et les traitements guidés vers ce concept mobile sont transitoires comme lui-même. Par contre, les bases de la diététique des maladies du foie peuvent acquérir un degré de précision vraiment remarquable, si, parmi les éléments morbides dont une affection est constituée, on s’attache à reconnaître les faits qui traduisent les variations survenues dans le fonctionnement du foie, au cours des maladies de cet organe dont on entreprend de fixer le régime ; en d’autres termes, si l’on fait de la thérapeutique fonctionnelle au lieu de s’attarder à la thérapeutique pathogénique et étiologique.

« La première question à résoudre est de savoir si l’on peut mesurer, avec quelque approximation suffisante, le mode de fonctionnement du foie, et reconnaître si cette fonction est exaltée, diminuée ou même supprimée.

« Si l’on ne poursuit pas la recherche de l’absolu, et si l’on s’en tient simplement au but que recherche le praticien, c’est-à-dire à l’application des moyens capables de soulager ou de guérir, ôn peut arriver à réunir un ensemble de signes dont la haute science discutera peut-être la portée, mais dont la clinique peut s’accommoder parfaitement, puisqu’elle le sanctionne par ses résultats. Ces signes sont fournis par l'examen des urines et des garde-robes.

« L'examen des mqtières fécales , trop négligé jusqu’ici,

peut fournir, en effet, d’utiles renseignements. La simple constatation de leur couleur indique aussitôt s’il existe de l’acholie, de l’hypocholie, de l hypercholie, ou une sécrétion biliaire satisfaisante. Le bilan nutritif permet d’apprécier la proportion des substances alimentaires qui auront été insuffisamment élaborées pour être absorbées, d’où un guide sûr pour l’établissement du régime, et indirectement une vue sur l’état de l’activité hépatique (se reporter aux formules coprologiques ci-dessus données).

« Il est encore un mode d'exploration capable de rendre des services, c’est l'épreuve thérapeutique. On commence à connaître les agents médicamenteux capables de stimuler ou de ralentir les fonctions du foie, et la manière dont celuici réagira devant eux viendra compléter, en cas d'incertitude, les renseignements donnés par les moyens précédents. Ainsi l’aloès, l’évonvmine, le calomel à haute dose, le phosphate de soude, le benzoale et le salicylate de soude, l’ipéca, etc..., sont des stimulants hépatiques. Au contraire, les arsenicaux, le calomel à faible dose fractionnée, l’antipyrine, la codéine, etc., sont des dépresseurs fonctionnels du foie. Un bilan nutritif, pratiqué avant et après l’administration de l’agent choisi, non seulement corroborent la valeur des signes chimiques de l’activité hépatique, mais laissent soupçonner encore le degré de sensibilité fonctionnelle de l’agent.

« A l’aide des moyens d’investigation précédents, joints aux symptômes ordinaires des diverses maladies du foie, il sera donc possible de reconnaître la modalité fonctionnelle de l’organe. On peut utiliser cette connaissance pour la fixation des régimes qu’il convient de leur appliquer.

« En premier lieu, il va de soi que dans toutes les affections hépatiques, quelles qu’elles soient, le régime doit être institué de façon à ménageries fonctions gastro-intestinales,

RÉSULTATS DE LA MÉTHODE. 359

qu'il faut tenir compte, non seulement de la maladie hépatique, mais aussi des troubles de l'estomac et de l’intestin, qu’il doit être modéré en quantité et subordonné aux besoins réels de l'organisme, de même qu’au degré de l’appétit et à la facilité des actes multiples de la digestion.

« Ce principe posé, il importe de rechercher quelle influence exercent les divers groupes d’aliments sur les fonctions du foie.

« Le lait est un modérateur de la sécrétion biliaire. Les albuminoïdes sont des excitateurs hépatiques, les albumines animales beaucoup plus que les albumines végétales. Les corps gras en petite quantité activent, dans une certaine mesure, la sécrétion biliaire. Les féculents et les sucres ne semblent pas influencer d’une manière sensible la formation et l’excrétion de la bile, mais ils stimulent les fonctions phylogénique et antitoxique, ainsi que l’a démontré Roger. — Les acides, les épices, le vin et l’alcool, même à doses modérées, sont des stimulants hépatiques.

« Ainsi, pouvant mesurer d’une part le taux de fonctionnement hépatique danis les diverses maladies du foie, d’autre part, connaissant le mode d’action sur cette activité hépatique des principaux groupes alimentaires et de quelques médicaments, est-il possible de remplir l’ indication précise et tangible du trouble fonctionnel à régulariser.

« Passons à l’application des principes dans la pratique :

« Que se passe-t-il fonctionnellement au point de vue de la nutrition biliaire dans nombre de cas de colique hépatique ? Dans les jours qui suivent l’attaque, plus rarement aussitôt après celle-ci, apparaissent assez fréquemment des signes de ralentissement dans les fonctions hépatiques; il y a, le plus souvent, acholie plus ou moins durable, même sans arrêt du calcul dans le cholédoque. Que prescrit-on classiquement : le régime lacté, ce qui équivaut à dire que la séçré~

tion biliaire étant temporairement tarie ou amoindrie, il faut se bien garder de la réveiller; on doit, au contraire, immobiliser le foie dans l’un des troubles fonctionnels qu’inspire l’acte même de la colique hépatique. Pour faire cette prescription on s’appuie sur les arguments suivants : les sucs biliaires, qui viennent d’être atteints, sont en état de réceptivité pour l'infection, et le régime lacté réduit au minimum les conditions de cette infection. Mais toutes ces théories peuvent-elles prévaloir contre le fait d’opposer à une fonction défaillante une alimentation réduisant encore cette fonction? Qu’on donne le lait pendant les deux à trois jours au plus qui suivent la colique, parce que le malade manque d’appétit pour un autre aliment, ou parce que l’estomac ne tolérerait pas une autre nourriture, rien de mieux, mais persévérer davantage constitue une faute de thérapeutique fonctionnelle. Puisque la fonction est diminuée ou supprimée par un acte morbide, le médecin doit s’ingénier à la réveiller, et pour cela rien ne vaudra mieux qu’une alimentation stimulante de cette fonction. — Il ne faut pas inférer de ceci que tout individu sortant d une colique hépatique est justiciable du régime stimulant de la sécrétion biliaire ; seuls sont visés ici les cas, fréquents d’ailleurs, d’acholie ou d’oligocholie fonctionnelle par inhibition de la fonction biliaire.

« Passons à Y ictère simple . qui est considéré par la plupart des auteurs comme une maladie infectieuse. Le régime lacté absolu est uniformément imposé à tous les cas comme une loi qu'il y aurait faute lourde à ne pas observer. Mais si l’on étudie la fonction hépatique dans tous ces ictères, on les classe en deux groupes, ceux où elle est ralentie, et ceux où elle est normale ou augmentée. Elle est ralentie, par exemple, dans la plupart des cas d’ictère simple catarrhal, et ceux-là guérissent plus vite avec une alimentation stimulante de la fonction qu’avec le régime lacté absolu.

RÉSULTATS DE LA MÉTHODE

« C’est encore à l’aide de cette méthode que le professeur Robin poursuit l’étude des fonctions du foie dans les cirrhoses et trace tout un programme de régime alimentaire dans les cas d’insuffisance, dans les cas d’exag'ération fonctionnelle du foie. »

Nous arrêtons ici ces citations que nous avons tenu à reproduire aussi longuement parce qu’elles nous sont une preuve de l’importance clinique decesméthodes d’exploration du tube digestif, et que, misa même de constater les exemples thérapeutiques qui en découlent, pendant notre année d’internat dans son service, nous avons pu en vérifier, dans un grand nombre d’observations, les merveilleux résultats.

2. Thérapeutique fonctionnelle des diarrhées acides. — Dans notre thèse nous avons également signalé l’importance de l’examen des matières fécales pour le diagnostic et le traitement de certaines variétés de diarrhées chroniques, que l'on peut appeler de leur caractéristique coprologique des diarrhées acides , diarrhées que nous avons étudiées avec le Pr Albert Robin. Gomme elles fournissent un nou\el exemple des résultats thérapeutiques que l’on peut attendre de la coprologie clinique, nous les rappellerons ici :

« Les malades atteints de ces diarrhées acides ont l'appétit plus ou moins conservé, la langue blanche, saburrale; les garde-robes ont une âcreté particulière qui irrite la région anale et sont acides au tournesol. Il existe des épreintes, des flatulences, des gaz intestinaux; peu à peu le malade prend une teinte jaune terreux de la face; il devient vert; les forces s’en vont et il s’amaigri considérablement. Joignons à cela l’anxiété neurasthénique qui s’empare d’eux, car cette diarrhée les inquiète outre mesure ; ils en parlent sans cesse, ils sont incapables d’un effort physique ou intellectuel, et n’ont d’autre souci que celui de surveiller leurs évacuations. »

362 MÉTHODE D’EXPLORATION FONCTIONNELLE DE L’iNTESTIN.

Ainsi s’exprime à leur sujet le Pr Robin, dans la dernière édition de son Traité des maladies de l'estomac, et il ajoute, après cette description : « J’ai remarqué que ces diarrhées existaient chez les hypersthéniques dont le foie n’était pas augmenté de volume, comme c’est habituellement la règle en pareil cas. » Il laisse ainsi supposer le défaut de la fonction hépatique comme facteur de l’acidité des garderobes. L’expérimentation, l’examen clinique des fèces, la clinique, l’anatomie pathologique nous ont montré le bien fondé de cette pathogénie; nous avons pu voir, en effet, et nous en avons donné de nombreuses preuves dans notre thèse (p. 84-87), que ces diarrhées acides sont sous la dépendance de deux facteurs de nature différente, mais d’une égale valeur : l’une c’est l’hvperacidité gastrique, hyperacidité plus marquée pour l’HGl que pour les acides de fermentation ; l’autre, c’est la diminution de la sécrétion biliaire. Il arrive alors, dans ces cas, que le chyme hypersécrété ne peut trouver à saturer son HCl dans la traversée digestive que d’une façon très lente et insensible, si bien que les acides de fermentation qui existaient déjà dans l'estomac, augmentés des acides de fermentation qui ne manquent point de se faire normalement dans l’intestin par décomposition des substances grasses réagissent sur la muqueuse intestinale, entraînant une hypersécrétion, et par l’excitation des filets nerveux, un mouvement péristaltique assez prononcé pour qu’il y ait à la fin évacuation rapide, fréquente et liquide de garde-robes acides.

Connaissant ainsi la cause de ces diarrhées, il est facile de les traiter, d’une part, en saturant l’estomac par des poudres alcalino-terreuses, d'autre part, en enrayant les fermentations intestinales par un médicament tel que le peroxyde de magnésium, dont le Pr Robin, le Pr Gilbert et Jomier, et nous-même, avec le Dr Bertherand, avons étudié l'action

thérapeutique ; ce corps présente la propriété de se décomposer en milieu acide en un sel neutre de magnésium et en eau oxygénée,

Mg2 + 2HC1 =MgCl2 + H202g.

l’eau oxygénée, à son tour, laisse échapper dans l'intestin l'oxygène à l’état naissant, qui vraisemblablement entrave les fermentations intestinales. Enfin, nous cherchions à solliciter la fonction biliaire par ses excitants naturels, les aliments; et au lieu de soumettre ces malades à un régime lacté, qui eût laissé reposer le foie, nous donnions des mets facilement digestibles, d’où étaient exclus le pain, les légumes et les graisses, et se composant surtout de viandes rôties et d’œufs qui tendaient à la fois à neutraliser l’HCl stomacal et à exciter modérément la sécrétion biliaire et pancréatique; car, comme nous l’avons exposé par ailleurs, à propos de la motricité, c’est l’aliment en proportion réglée qui est le meilleur régulateur des fonctions intestinales. Et ainsi nous avons pu supprimer chez nos malades leurs terribles diarrhées ; nous avons permis à quelques-uns de guérir et aux autres d’être soulagés.

Ainsi l’étude des réactions des fèces permet donc à la fois X exploration fonctionnelle de l'intestin, et, reposant sur une pathogénie exacte, dans quelques cas, l’établissement d’une thérapeutique également fonctionnelle.

3. Thérapeutique fonctionnelle des troubles intestinaux des tuberculeux. — C’est toujours avec cette même méthode d’exploration fonctionnelle de l’intestin, que nous avons pu étudier les troubles intestinaux chez les tuberculeux et baser sur les résultats qu’elle nous a fournis, les indications d'une thérapeutique fonctionnelle.

Ce nouvel exemple montrera quels peuvent être à nos yeux les avantages qu’elle peut fournir.

Ainsi, envisageant période par période les troubles intes-

36 i MÉTHODE D'EXPLORATION FONCTIONNELLE DE L’INTESTIN.

tirmux de la tuberculose, nous verrons tout d’abord que les diarrhées du début, que Graves considérait comme des sueurs internes, ne sont pas plus des diarrhées d 'excrétion qu’elles ne sont des diarrhées nerveuses ou des diarrhées d'absorption, et qu’elles nous ont semblé être le plus souvent des diarrhées de sécrétion , par défaut de bile, de sucs pancréatique et intestinal, lié à l’hyperacidité gastrique du début de la tuberculose, revêtant le type des diarrhées acides. En voici du reste le syndrome clinique et le syndrome coprologique.

Syndrome clinique. — Les malades qui en sont atteints ont l’appétit plus ou moins conservé, la langue saburrale, les garde-robes ont une acuité particulière qui irrite la région anale et sont acides au papier de tournesol. 11 existe des épreintes, des flatulences, des gaz intestinaux ; peu à peu les malades prennent une teinte jaune terreux de la peau, les forces s’en vont, et ils s’amaigrissent considérablement.

Syndrome coproloqique. — Traversée digestive raccourcie, abondance des fèces, mal liées, composées de parties dures et de parties liquides ; coloration jaune claire ou grisâtre, tenant à la présence d'une petite quantité de bile mal colorée, et aussi à l'abondance des graisses. On peut voir facilement à l’œil nu, des restes de nourriture mal digérés, mais on n’y rencontre ni glaires, ni pus, ni sang. L’examen microscopique montre la présence d’assez nombreuses fibres musculaires striées et de blocs d’albumine coagulée, des gouttes de graisse en abondance, avec quelques rares cristaux d’acides gras et de savons. La réaction est franchement acide. Le rapport du poids des substances fraîches au poids des substances sèches est renversé. L’utilisation des hydrates de carbone est relativement bonne; les albuminoïdes excrétés sont augmentés dans des proportions variables.

Mais cette diarrhée fréquente du début, que nous venons de décrire, n’est pas la seule variété que l’on puisse constater. Elle peut se rencontrer à une période plus ou moins éloignée de la tuberculose pulmonaire, mais, au fur et à mesure de révolution des lésions, le type clinique change.

RÉSULTATS DE LA MÉTHODE

Aux troubles fonctionnels observés à la phase précédente s’adjoignent des troubles lésionnels, et il n’est pas rare de pouvoir constater à ce moment tous les symptômes d’une entérite catarrhale vulgaire, qu’a précédée ou que suit une phase d 'atonie gastro-intestinale, bien particulière aux phtisiques.

Syndrome clinique. — Cette atonie gastro-intestinale est manifestée cliniquement par la perte d’appétit, la langue saburrale ; les digestions sont lentes et pénibles, avec sensations douloureuses plusieurs heures après le repas, douleurs péri-ombilicales et sus-ombilicales plutôt qu’épigastriques, s’accompagnant de météorisme abdominal, et se terminant souvent par une véritable débâcle de gaz intestinaux. Une pseudo-constipation est souvent observée ; les selles sont pâles, décolorées, gris jaunâtre, indiquant l’acholie plus ou moins considérable ; il semble qu’il n’y ait plus de diarrhée, et cependant le phénomène existe plus ou moins accentué ; ce qui trompe, c’est qu’il y a atonie du gros intestin qui se laisse distendre sous l’influence des matières fécales ; il y a, pourrait-on dire, une diarrhée sans selles ; l’examen coprologique nous en montre l’existence et du même coup en caractérise la nature.

Syndrome coprologique. — Traversée digestive prolongée. Fèces abondantes, mal cohérentes, composées de parties dures et de parties molles, parfois même liquides. L’examen macroscopique permet de reconnaître souvent des restes de nourriture non digérés, mais ici on ne trouve point trace de mucus, de glaire, de pus ou de sang. L’examen microscopique révèle une certaine abondance de graisses, sous forme de gouttelettes de graisses neutres et aussi de cristaux d’acides gras etde savons; on rencontre également fréquemment des cristaux de phosphate ammoniacomagnésien, indices de fermentations putrides ; laréaction est souvent acide ; le rapport du poids des fèces sèches au poids des fèces fraîches est modifié ; tantôt il y a diminution de la quantité d’eau avec augmentation du poids des substances sèches, tantôt inversement il y a augmentation de la quantité d’eau avec diminution du poids des substances sèches, constatations qui rendent compte de cet état mal cohérent que nous avons signalé plus

haut. La quantité de graisses du repas d’épreuve est beaucoup moins bien utilisée qu’à l’état normal, et l’on trouve parmi celles-ci une assez grande quantité de graisses neutres qui n’ont pas subi la décomposition, les hydrates de carbone sont en général bien assimilés; les albuminoïdes sont souvent augmentés.

Dans d’autres cas, c’est Y entérite catarrhale simple , prélude de l’entérite tuberculeuse, qu'on observe si souvent à la phase terminale.

Syndrome clinique. — C’est l’entérite catarrhale avec ses douleurs entéralgiques continues, non accompagnées de tiraillements et d’expulsions, comme cela se voit dans la simple colique, qui, elle, est une douleur intermittente, tormineuse et expultrice.

Syndrome coprologique. — Les selles sont encore fréquentes, plus ou moins dures, mal cohérentes, composées départies dures et de parties molles, souvent envahies de mucus, visible à l’œil nu, accompagnées de glaires, rarement de filets de sang. Ici le syndrome coprologique confine à celui de l’entérite tuberculeuse proprement dite, car il exprime, joint à des troubles de sécrétions glandulaires, des troubles plus ou moins marqués d’absorption intestinale. En effet, macroscopiquement, microscopiquement et chimiquement, on trouve de nombreux déchets alimentaires, mais en ce qui concerne les graisses, on peut dire que celles-ci se montrent le plus souvent dans un état de dédoublement voisin de la normale, tandis que les hydrates de carbone sont rendus en proportions notables, ainsi que les aliments albuminoïdes. L’absence de pus, de grandes quantités de cristaux d’hématoïdine, c’est-àdire de sang, de cellules épithéliales desquamées, de bacilles de Koch en grande abondance, font écarter le diagnostic « d’entérite tuberculeuse ulcérative », tandis que la présence de mucus, de glaires, permet celui d’entérite catarrhale.

C’est souvent l 'entérite tuberculeuse ulcérative que l’on observe à la dernière période de la tuberculose pulmonaire chronique et qui complique les formes précédentes.

Syndrome clinique. — Elle se caractérise par une diarrhée abondante, persistante, diarrhée de long cours, si bien décrite par Louis et Chomel. Souvent précédée de douleurs continues et comme

RÉSULTATS DE LA MÉTHODE

névralgiques, généralisées à tout l'abdomen, douleurs très violentes que réveille l’ingestion de certains aliments, se localisant dans les flancs à droite et à gauche, augmentées par la pression, souvent aussi à la décompression, quand la main s’écarte brusquement du ventre qu’elle vient d’explorer.

Syndrome coprologique. — Les matières sont noirâtres comme du melæna; c’est une diarrhée noire, dit Girode; elles dégagent une odeur putride et présentent à leur maximum le syndrome coprologique des troubles d'absorption intestinale ébauchés seulement dans le cas d’entérite catarrhale. Ainsi, raccourcissement de la durée de la traversée digestive et abondance de matières liquides, d’odeur infecte, nombreuses particules alimentaires non digérées, reconnaissables macroscopiquement et microscopiquement, et surtout cellules de pus, globules sanguins, mucus en abondance, cristaux de Charcot-Leyden, augmentation de la quantité d’eau par rapport au poids des substances sèches, grande quantité de graisses plus ou moins dédoublées, azote total considérablement augmenté; la recherche du bacille de Koch, pratiquée suivant le procédé indiqué par Anglade et Chocraux, ou le procédé du Pr de Nabias, souvent positive; tout permet d’établir un diagnostic que la clinique laissait déjà facilement entrevoir.

C'est à cette période aussi que s’observent ces diarrhées dites colliquatives, telles qu’on les rencontre dans la période ultime des carcinomes gastriques ou dans le cours de la septico-pyohémie. En pareil cas, le ventre n’est pas sensible ; il ne survient pas de coliques ; le sang' n’apparaît jamais dans les évacuations qui sont liquides et blanchâtres; et le malade présente en même temps, par ailleurs, des symptômes de maladie amyloïde dont cette diarrhée est l’expression clinique, comme le prouve l’examen anatomopathologique des artères intestinales en pareil cas.

Ainsi, par l’examen des fèces pourra être établi d’une façon plus certaine le diagnostic des troubles intestinaux observés ; à les combattre pourra être adoptée une thérapeutique fonctionnelle, basée sur l’interprétalion pathogénique raisonnée que seul il permet de faire avec sûreté.

Aux diarrhées acides , on pourra remédier d’une part en saturant l’estomacpar des poudres alcalino-terreuses, d’autre part en enrayant les fermentations par un médicament approprié, tel que le peroxyde de magnésium, qui agit fort bien en milieu acide ; enfin, en cherchant, tout en respectant l’hyperfonctionnement de l’estomac, à solliciter les fonctions biliaire et pancréatique par leurs excitants naturels, les aliments, car, nous l’avons montré ailleurs par de nombreuses expériences, c’est l’aliment en proportion réglée qui est le meilleur régulateur des fonctions gastro-intestinales.

Aux symptômes d'atonie gastro-intestinale , c’est encore le régime que l’on opposera avec le plus de chance de succès. Dans ce cas, tout le tube digestif est en hypofonction. Pas plus qu’il ne faudra donner à ce moment l’HCl ou la pepsine, pas plus il ne faudra substituer la pancréatine au suc pancréatique déficient ; ce serait diminuer encore le travail de l’estomac et de l’intestin ; ce serait aller à l’encontre du but désiré, qui est au contraire de le solliciter par les moyens les plus appropriés. On emploiera pour cela les aliments convenablement choisis, joints aux excitants gastriques et intestinaux, la teinture de noix vomique, les gouttes amères de Baumé, la belladone, le podophvlle ou encore la médication acide duodénale (acide tartrique dans des capsules de gluten, digérées seulement dans l’intestin; il faut encore ajouter à cette liste l’eau de Vichy : Hauterive), l’hydrothérapie et l’électrisation.

Aux malades qui auront de la diarrhée catarrhale , avec rejet de mucus, de glaires, diarrhée surajoutée à l’atonie gastro-intestinale et coïncidant avec des coliques plus ou moins violentes, on donnera un régime de purée de viandes, de pâtes, de laitage ; on adjoindra les opiacés, les laxatifs doux, l’hydrothérapie chaude*

RÉSULTATS DE LA MÉTHODE

Pour ceux qui en sont arrivés à la période d'entérite ulcéreuse, on déploiera tout l’arsenal thérapeutique : opium, diaseordium, bismuth, tanin, ratanhia, nitrate d'argent, acide lactique, silicate de magnésie, ou encore le bleu de méthylène qui, dans ces dernières années, a été préconisé par Rénon comme un des moyens les plus efficaces contre ces diarrhées tuberculeuses ulcéreuses. Le lait et la viande crue constitueront leur régime.

4. Diététique rationnelle calculée d’après la capacité digestive individuelle. — Enfin, pour terminer cette liste déjà un peu longue des applications pratiques de cette méthode d’exploration fonctionnelle de l’intestin, nous montrerons encore comment, sans parti pris, sans diagnostic de lésions du tube digestif, bien marquées dans un sens ou dans un autre, par le fait qu’elle peut nous révéler des troubles purement fonctionnels dans la digestion, on peut se servir encore d’elle comme d’un guide sûr pour l’établissement d’une diététique rationnelle, basée, suivant l’expression de Lynch, sur la capacité digestive individuelle.

Assurément, s’il est intéressant de connaître, comme le dit le professeur Armand Gautier dans son récent Traité d'hygiène alimentaire , la quantité d’hydrates de carbone, de graisses, d’albuminoïdes, qu’il convient de donner à tel ou tel malade, et de savoir que telles ou telles viandes, telles ou telles parties de certains animaux ou de certaines plantes contiennent, dans çles proportions données, ces différents éléments simples ci-dessus mentionnés pour ensuite, par un simple calcul, doser en quelque sorte leur emploi ; il nous semble qu’il est tout aussi nécessaire de connaître quel sera, non seulement pour ces aliments pris en bloc et chez des individus considérés compae sains, ce qu’Atwater appelle le coefficient d'utilisation intestinale, mais encore de connaître ce que Lynch dénomme la capacité digestive individuelle.

R. Gaultier. — Précis de Coprologic. 24

En effet, tel individu utilisera très bien les graisses, alors que tel autre, par une adaptation physiologique insoupçonnée sans l’examen des fèces, abandonnera dans ses selles des déchets considérables, celui-ci transformera merveilleusement tous les aliments albuminoïdes, celui-là, au contraire, en laissera perdre les deux tiers ou les trois quarts ; ce sont ces diverses conformations digestives que l’analyse régulière des matières fécales permet de reconnaître et de diagnostiquer.

Comme preuve, nous en donnerons un exemple de notre pratique personnelle.

Poids.

Consistance

Forme

Odeur

Page 1