SAHARA
§ I. — Coup d*œil sur la géographie physique et politique.
Géographie physique. — De locéan Atlantique au Nil, du Soudan aux États de l'Afrique Mineure, le Sahara s'étend sur environ 6,200,000 kilomètres carrés, autant qu'on peut estimer sa superficie. Ses limites sont va^es, car la transition est presque insensible avec les régions voisines.
Les explorations récentes ont détruit un grand nombre d'idées fausses qui avaient cours sur le Sahara. Le sol n'est ni exclusivement pierreux et sablonneux, ni absolument plat. Dans certaines régions, on trouve de grands espaces couverts de la teire jaune qui fait la fertilité de la Chine ; de plus, le Sahara n'est ni un ancien fond de mer ni une plaine ininterrompue; des massifs montagneux — quelques-uns même d'apparence alpestre — le parsèment et atteignent des hauteurs estimées à 2,500 mètr es.
Ce qui a fait du Sahara l'épouvantable désert qu'il est en réalité, c'est le climat. Il se passe souvent dix ans sans que la pluie tombe au Touat, mais les massifs montagneux sont plus arrosés... relativement. Aussi n'y a-t-il pas de fleuves. Quelques ouadis coulent lorsqu'il a plu, et souvent terminent leur cours souterrainement, ce qui a permis le forage de puils artésiens. Partout où, d'une manière ou d'une autre, il y a de l'eau, se trouvent d'admirables oasis. Les températures sont continentales : du jour à la nuit, on peut voir le thermomètre sauter de — 3* à + 50«. Les vents soufflent en tempête dans ces étendues sans arbres ; le simoun est le plus connu d*entre eux, mais ses ravages ont été très exagérés.
Géographie politique. — Il est difficile d'évaluer les populations — très clairsemées — du Sahara : Arabes, Maures, Touaregs et Rhadamésiens, ces derniers cultivateurs dans les oasis, les autres nomades, commerçants ou pillards, en général même les deux à la fois, ne doivent pas dépasser le chiffre de 500,000 habitants.
11 n'y a pas de véritables États au Sahara : les habitants ne reconnaissent guère que des suprématies religieuses — celle du sultan du Maroc, ou du chef de la secte des Snoussî. D'autre part, les États voisins cherchent à s'étendre sur le désert, Maroc, Tripoli taine, France, Espagne même, élèvent des prétentions sur tout ou partie du Sahara. La France semble l'avoir emporté lorsqu'en 1890, elle a fait reconnaître que sa zone d'influence s'étendait sur toute la partie occidentale, du Niger à l'Algérie. Les établissements anglais du cap Juby, la côte espagnole du cap
Blanc au cap Bojador sont seules en dehors de cette sphère d'influence. La partie orientale du désert est laissée en blanc sur les cartes.
§ II. — Gréoffraphie économique.
On conçoit aisément que, avec des conditions naturelles semblables, le Sahara ne puisse avoir une grande valeur économique, malgré son immense étendue. Il est au contraire un obstacle aux communications et aux relations commerciales, une limite presque infranchissable entre les pays de climat méditerranéen et le centre de TAfrique, et même, si Ton n'envisage que le point de vue économique, on peut bien dire que c'est véritablement ce désert qui sépare le monde européen de l'Afrique véritable, du pays des noirs. Plus encore que la mer, c'est une étendue improductive, une séparation et non un lien.
Produits végétaux et animaux. — La végétation est restreinte à quatre ou cinq groupes d'oasis où l'affleurement d'une source, l'existence d^une nappe d'eau souterraine ont permis à quelques milliers d'individus de s'installer à demeure, pour récolter quelques dattes et cultiver un peu de blé. Les indigènes se sont montrés de tout temps très habiles dans l'aménagement des eaux, dans le creusement des puits artésiens. On connaît aussi les tentatives faites depuis plus de trente ans par les Français, dans la partie méridionale de leurs possessions, pour rendre la vie au désert et créer, au moyen des puits, des oasis là où ne s'étendait auparavant, faute d'eau, qu'un espace stérile. Des millions de palmiers ont pu être ainsi plantés et des étendues relativement considérables livrées à la culture.
Mais si les puits artésiens peuvent rendre fertiles et habitables quelques parties nouvelles du Sahara, il faut se garder de nourrir des espérances trop vastes sur la transformation possible du désert par le moyen des puits. Les réserves en eau, qui proviennent sans doute des pluies équatoriales tombées au Soudan, et de celles que recueiUent le versant méridional de l'Atlas et les massifs montagneux dispersés dans le Sahara, ne sont pas inépuisables et ne peuvent indéflniment fournir des aliments à de nouvelles entreprises. 11 est possible que les progrès de la science permettent dans l'avenir d'assurer l'irrigation du pays par d'autres procédés ; mais des calculs dignes de foi ont établi que les puits artésiens ne pourront jamais fertiliser que la cinq-centième partie tout au plus du désert. La principale utilité des oasis ainsi créées sera donc beaucoup moins de permettre rétablissement à demeure de colons cultivant le sol, que de faciliter les communications entre le Nord et le Sud, en échelonnant, le long des grandes directions suivies par le commerce, des stations pouvant servir de points de ravitaillement.
A l'heure actuelle, les oasis du Sahara couvrent environ 200,000 kilomètres carrés. Mais il faut encore ajouter que cet espace cultivable, pourtant si restreint, n'est pas utilisé par les habitants comme il pourrait l'être. La plupart vivent à l'état nomade, ce sont des pasteurs