SAHARA
et des commerçants. Us récoltent les dattes et les fruits spontanés, mais ne songent pas à tirer autrement parti du sol par le travail. Ils préfèrent aller chercher dans le Tell ou dans le Soudan la petite quantité de céréales dont ils ont besoin.
En dehors des oasis, le désert ne produit plus que des arbres épineux, «n particulier des gommiers qui alimentent un trafic modeste.
C est le palmier dattier qui fournit dans toute retendue du Sahara le plus de ressources aux indigènes. Mais les dattes seules ne peuvent suffire à leur alimentation. Dans les meilleures oasis, on cultive un peu de blé et dorye et quelques légumes. On récolte les figues en grande quantité ; mais les grenades et les raisins s'accommodent peu de la trop grande x^haleur.
Parmi les plantes industrielles, le coton est un peu cultivé; le charbon du carounka sert à la fabrication de la poudre. Le Djouf renferme de nombreux champs d'alfa, et les gommiers sont très abondants dans toute la région occidentale, et principalement dans TAdrar. Les habitants font une grande consommation de tabac et d'opium ; ils cultivent le premier dans les oasis du sud et récoltent le pavot dans le nord.
Les ressources tirées de la vie animale sont nombreuses. Le chameau •est ranimai par excellence du Sahara ; on connaît ses admirables qualités de sobriété, si précieuses au désert. Les services qu'il rend aux habitants sont de plusieurs sortes. Il sert d'abord aux transports ; les Arabes Font surnommé le « vaisseau de la terre ». Une variété spéciale, le méhari, est remarquable pour la rapidité de sa course. Le lait des chamelles entre pour une large part dans Talimentation générale, pendant la saison des pâturages ; toute la chair du chameau est bonne ; son poil sert à la fabrication des cordes et des vêtements ; de sa peau on fait des outres excellentes contre la chaleur et Tévaporation, et des chaussures; sa fiente même sert comme combustible ou comme engrais.
Les chevaux et les bœufs sont rares et d'aspect chétif ; mais il y a dans le sud et dans l'ouest de vastes troupeaux de moutons et de chèvres, qui servent avec la volaille à la nourriture des Arabes.
I.a faune sauvage fournit encore par la chasse un important contingent à l'alim^tation publique. L'animal le plus répandu et qui offre à cet égard le plus de ressources est la gazelle.
Les autruches, si recherchées pour leurs plumes, sont nombreuses dans la région occidentale ; on les chasse surtout le long du littoral.
Produits minéraïuc. — La principale richesse minérale du Sahara est le sel, qui existe en immenses dépôts sous diverses formes. La plupart des salines sont des sebkas peu profondes, où le sel se forme par évaporation. Celles de Bilma dans le Kawar sont les plus importantes ; 70,000 chameaux s'y réunissent chaque année, qui vont porter le produit dans tous les pays environnants, dans le Tibesti, dans le Bornou, dans le llaoussa. La saline d'idjil, au nord de l'Adrar, non loin de l'Océan, présente les mêmes caractères. Elle alimente les pays du Sénégal «t du Niger. La sebkha d'Amadghor, dans le massif du Ahaggar,
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pourrait fournir aux besoins de millions d'hommes ; mais elle est à peu près abandonnée. Ce sont enfin d'énormes blocs de sel gemme^ qu'on recueille dans les salines de Taoudeny, sur la route de Mogador à Tombouctou. C'est là que se fournit le Soudan central. La plus grande partie du sel ainsi produit est exportée au Soudan, qui en manque ; le poids des charges qu'on y envoie atteint sans doute 15,000 tonnes. Ce sont les Touaregs qui sont les principaux intermédiaires de ce commerce.
Vindtistrie du Sahara est tout à fait rudimen taire; elle est d ailleurs entièrement réservée aux femmes et aux enfants; tout au plus peut- on citer des nattes, quelques objets en cuir et en métal, des armes, des bijoux. Agadès est le centre où se fabriquent la plupart des objets destinés à ^exportation.
Commerce. — Le commerce propre du désert est fort médiocre ; mais un transit assez actif se fait par ses oasis entre le Soudan et l'Afrique méditerranéenne : il est d'ailleurs intéressant de considérer la façon très originale dont s'opère le trafic. Il se fait au moyen des foires et des caravanes. Les foires les plus importantes se tiennent en général sur la lisière du désert au nord et au sud; au nord, les marchés les plus considérables sont ceux de Rhat, de Hhadamès, d'inçalah, de Tendouf ; au sud, il faut citer Agadès et Araouan. C'est là que se forment et aboutissent les caravanes. C'est à partir de là qu'elles commencent véritablement la traversée du désert, ou qu'elles se divisent, au sud pour parcourir le Soudan, au nord pour aboutir aux divers ports de l'Océan ou de la Méditerranée.
La plupart de ces foires se tiennent en général à l'automne ou au printemps. Les caravanes s'arrangent d'ordinaire pour passer l'hiver dans les steppes du sud ou dans le Soudan ; elles quittent ce dernier pays en janvier ou février et regagnent le nord.
Les routes qu'elles suivent sont nombreuses et croisent en tous sens le Sahara, entre les points que nous avons indiqués. 11 est inutile d'en donner une énumération détaillée. Nous avons déjà vu qu'au nord, à partir d'inçalah, de Rhat, de Rhadamès, les caravanes ont désappris le chemin de l'Algérie pour se détourner du côté de la Tripolitaine ou vers le Maroc; les nombreuses tentatives faites sans interruption depuis quarante ans pour ramener vers nos ports les voies du commerce saharien ne semblent pas avoir été jusqu'à présent couronnées de succès. L'Algérie a été mise en quelque sorte en quarantaine et des traditions nouvelles se sont établies, qu'il deviendra de plus en plus difficile d'enrayer, à mesure qu'elles seront davantage consacrées par le temps.
Le Sahara est une région tout à fait improductive, dont l'importance est négative; c'est en efTet un obstacle aux communications entre le nord et le centre du continent. Peut-être prendra-t-on la résolution de le tourner. Mais le Sahara ne peut prendre aucune importance, et si la France en a revendiqué la possession, c'est bien plutôt avec une intention politique — pour garder sa frontière d'Algérie-Tunisie — qu'avec l'intention de beaucoup enrichir son domaine colonial.