‹ Précis de géographie économiqueChapitre 138 sur 182 · Abyssi.me · texte numérisé non relu

Abyssi.me

L'Abyssinie est encore un pays peu connu des Européens et difficilement ouvert à leur commerce. Elle est d'ailleurs médiocrement exploitée

par les habitants eux-mêmes, malgré ia fertilité remarquable du sol; la plus grande partie des terres restent en friche.

Le pays comprend plusieurs zones agricoles. Dans les terres chaudes^ ou hoUa, qui s'élèvent jusqu'à l'altitude de 1,800 mètres, les conditions climatiques conviennent à merveille à la culture de la canne à sucre, du coton, du tabac et en général de toutes les plantes qui exigent pour mûrir beaucoup de chaleur et d'humidité. La tJOïna dega, de 1,000 à 2,400 mètres, est le pays d'élection du café, de la vigne et des autres cultures arborescentes de la zone méditerranéenne. Au-dessus de cette altitude, la dega est couverte de pâturages et particulièrement favorable à rélevage du bétail. Les cultures des pays tempérés y prospèrent également ; des forêts magnifiques couvrent de vastes espaces.

Grâce à cette variété si particulière du relief, qui offre aux cultures les plus diverses un champ d'exploitation merveilleux, l'Abyssin le pourrait être un véritable grenier d'abondance, et plusieurs produits, les céréales, le café, le bétail, les métaux précieux, donneraient au commerce des bénéfices sérieux ; mais, sans parler des moyens de transports qui sont tout primitifs et très coûteux, les procédés de culture sont encore rudimentaires, et les habitants se donnent tout juste la peine de recueillir les fruits spontanés du sol. La production est jusqu'à présent trop faible ; elle sufQt tout au plus aux besoins locaux, et les marchandises livrées au commerce ne sont pas assez abondantes pour donner naissance à des relations actives.

Toutes les céréales, le blé, le riz, l'orge surtout, sont cultivées; les légumeSy entre autres les pommes de terre et le chou rouge, introduit par les voyageurs et les missionnaires allemands, sont une des principales nourritures des habitants. La vigne est aussi d'origine étrangère; elle donne de bons produits; mais la plupart des ceps ont été arrachés dans ces temps derniers sur les ordres du négus. Tous les fruits européens, orangers, citronniers, abricotiers, pêchers, mûrissent ; le caféier pousse à l'état sauvage dans le Godjam, aux environs de Gondar; on expédie chaque année en Arabie des quantités considérables de grains qui sont ensuite dirigés sur l'Europe et vendus sous le nom de « moka». La canne à sucre est plantée dans les plaines inondées des terres basses, et notamment dans le Choa; mais la culture du coton, encore très négligée, est surtout appelée à prendre une grande extension, lorsque TÉthiopie s'ouvrira à l'influence européenne. Le lin est la fibre des terres hautes.

Le quinquina retrouve dans ce pays les conditions d'altitude et de climat qui lui permettent de prospérer sur les flancs orientaux des Andes ; l'Ethiopie pourrait fournir le monde entier de la précieuse écorce. Le tabac du Tigré est estimé. Les plantes industrielles, indigo, salsepareille, indot ou arbre à savon sont peu nombreuses. Mais un grand nombre des produits dont use l'industrie européenne pourraient être fournis par cette région.

Bien que l'Abyssinie ail l'aspect d'un pays déboisé, les arbres sont encore nombreux et d'une belle venue. On rencontre encore dans quel-

RÉGION DU NORD-EST. 6o5^

ques régions .d'immenses forêts de genévriers. C'est Tarbre le plus employé dans le pays pour la construction et pour le chauffage; le bois de Kolkoual, sorte d'euphorbe, sert à la fabrication de la poudre. Les palmiers ne prospèrent pas loin de la côte, «t les habitants de rÉthiopie sont obligés de faire venir de pays voisins, de TÂrabie, de l'Egypte, les dattes qu'ils consomment. Le baobab est l'arbre caractéristique de la koUa, avec les sycomores et les figuiers; les ifs et les genévriers sont les arbres des hauts plateaux.

L'Âbyssinie, où les pâturages s'étendent dans la dega, sur de vastes espaces, est un grand pays d'élevage et de chasse. Le bétail est très abondant et le commerce des peaux et du beurre est un des plus productifs. La faune domestique varie, comme la flore, suivant l'altitude. Les c/uimeaux ne vivent pas au-dessus de 1,200 mètres. Uâne ne rend que peu de services; mais le cheval, d origine arabe, s'est transformé sous l'influence du milieu; devenu animal de montagne, il gravit les rochers d'un pied très sûr. Les Abyssins élèvent diverses espèces de moutons et de chèvres en grands troupeaux; le gros bétail en revanche n'est pas nombreux» La volaille pullule et VapicuUure est fort en honneur; les ruches sont nombreuses et fournissent à l'exportation une quantité considérable de miel.

Dans les plaines inférieures on chasse la girafe, le zèbre, le buffle sauvage, l'éléphant. Les autruches sont aussi un animal caractéristique des terres basses. Les sangliers, les gazelles, les lièvres, parcourent en nombre considérable les hauts plateaux. La civette porte-musc est très répandue; on obtient ch6U]ue année pour une valeur considérable de matière parfumée.

L'Ethiopie est pauvre en minerais; on recueille dans le Godjam, le Damot et sur les rives du Tzana, un peu de poudre d'or, et on a signalé quelques gisements de houille non loin du littoral ; les mines du Choa et du Tigré donnent un excellent fei-; le soufre se rencontre dans les régions volcaniques. Mais c'est le sel qui est l'objet du commerce le plus actif. C'est une denrée tout à fait rare dans une grande partie de l'Abyssinie, où elle sert encore de monnaie divisionnaire. Les dépôts de sel gisent au pied des monts de l'Haramat dans le pays des Danakils, qui ont le monopole de l'exploitation, et qui vendent la précieuse denrée aux caravanes de l'intérieur.

Les métaux, pour rares qu'ils soient, ont donné pourtant naissance à quelques branches dlwiustries assez prospères, le travail des outils, des armes, des bijoux; le tissage du coton, la préparation des peaux, la fabrication des poteries, sont les autres travaux qui fournissent aux besoins des habitants. Malgré l'état relativement « civilisé » de ce pays, il n'y a d'ailleurs pas d'industrie proprement dite; on fabrique dans chaque famille tous les objets nécessaires aux membres qui la composent.

Ce ne sont donc ni les minerais ni l'industrie qui sont la ressource de cette région. C'est un pays essentiellement agricole; s'il n'est pas très étendu, c'est un des plus favorisés du monde, par la variété de son climat et l'universalité de sa flore; toutes les plantes européennes, comme

les cultures indiennes, peuvent y prospérer également. Mais ces qualités si remarquables du pays abyssin resteront sans utilité pour le commerce général, tant que les moyens de communication avec la côte ne seront pas meilleurs et que les entraves opposées à la liberté des transactions par les princes du pays ne seront pas levées.

Il n'y a pas en Abyssinie de cours d'eau navigable. Les routes n'y existent pas et seront difficiles à construire dans ce pays très accidenté, où les hauts plateaux de 3,000 mètres sont à peine éloignés du littoral d'une <;entaine de kilomètres. Tous les transports se font actuellement à do> d'hommes ou de bètes, par le moyen des caravanes.

L'Âbyssinie a trois portes de sortie :

La pente générale du relief la tourne vers le Nil ; c'est peut-être, malgré la longueur du trajet et la difiiculté de la navigation, le vrai chemin naturel, le couloir où s'engageront le plus volontiers à destination d'Alexandrie les produits des vallées et des terrasses éthiopiennes. Mais l'état politique du Soudan égyptien tient cette route absolument fermée.

On ne peut nier toutefois que la voie d'Adulis, de Mttssaouah et de Souakirriy n'ait des avantages nombreux. C'est par là que l'Abyssinie touche à la mer, et si le rebord du plateau, s'élevant à peu près à pic audessus du littoral, est difficile à franchir, les vallées de quelques cours d eau et d'ouadis desséchés facilitent les communications. C'est, en tout >cas, de ce côté que se sont* écoulées jusqu'à présent toutes les denrées éthiopiennes destinées à letranger et qu'apportent les caravanes : peaux, beurre, café, musc, plumes d'autruche, ivoire, poudre d'or, tabac. On remarquera que la plupart de ces objets sont des marchandises de prix, peu encombrantes ; ce sont les seules dont la vente, en l'état actuel des voies de communication, est rémunératrice. Les Européens payent en soieries italiennes, en cotonnades anglaises, en thalaris ou écus d'argent autrichiens, la seule monnaie de métal employée dans l'Abyssinie (1).

Si l'Amhara regarde le Nil et si le Tigré a pour débouché naturel Massaouah, le Choa a trouvé déjà intérêt à diriger ses produits sur notre colonie d'06o/c. C'est la seule valeur commerciale de ce poste qui est surtout une station militaire, un dépôt de charbon. La distance est sans doute beaucoup plus longue que celle qui sépare les hauts plateaux du Tigré de la iner; mais le relief s'étage en pente plus douce à partir de la ^ôte.

Les navires des Messageries Maritimes françaises viennent (1895) d*éta-

(1) Commerce de Massaouah (1894) :

Importations d*Europc 11 .609.944 francs.

Mouvement du port :

Entrées et sorties .').54I navires jaugeant 294.731 tonnes.

Dont 1 .879 — sont italiens.

blîr une escale à Djibouti, port meilleur qu'Obock, et le trafic y est déjà appréciable.

Mais actuellement ce sont les Italiens qui font le plus d'efforts pour introduire leur influence sur les plateaux d'Âbyssinie et pour en détourner à leur profit le commerce vers Massaouah, où flotte leur drapeau. Le succès n'a pas répondu à leur attente.

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