Soudan égyptien
Le Soudan égyptien, qui comprend la Nubie, le Darfour, le Kordofan, le Dar-Fertit ou Pays des Rivières, ne mérite plus son ancien nom, depuis que les troupes du khédive et des Anglais en ont été chassées par les bandes du Mahdi.
La perte de ce pays est un désastre pour TÉgypte, non point tant encore à cause de sa fertilité, qui n'est pas très grande, qu'en raison des communications qu'il ouvrait avec le centre de l'Afrique.
Les Nubiens sont d'excellents agriculteurs. Us sèment deux espèces particulières de céréales, qui supportent particulièrement la sécheresse» le doukhn et le dourah. Le blé proprement dit est moins cultivé, mais les légumes sont très répandus. Le tabac et le coton sont les principales cultures industrielles avec le sésame et les arachides d'où on extrait des huiles.
L'arbre à gomme abonde dans le Kordofan, le long des rivières temporaires; le cassia sennay plus répandu encore, donne le séné. Les bois de toute sorte sont abondants.
La Nubie ne nourrit pas de bétail ; les chevaux et les chameaux en sont les seuls animaux, mais le Darfour et le Kordofan sont des pays de steppes et de pâturages favorables à ï élevage , qui pourrait y prendre un grand développement : les bœufs à bosse, les moutons, les chèvres, sont nombreux, mais n'entrent que pour une part restreinte dans le mouvement des échanges. C'est la chasse qui fournit au commerce le plus de ressources ; l'éléphant a disparu et l'ivoire est devenu très rare, mais les plumes d'autruche sont un des objets les plus précieux que transportent
(1) Mouvement du canal de Suez (1894) :
Navires. Jauge.
Mouvement total S. 352 4 i.iSS.SS S tonnes.
Navires anglais 2.38« K.3!Î6.826 —
— allemands 296 887.^63 —
— français 18.S 710.990 —
— hollandais 191 48*570 —
Recettes totales 73.77S.000fr8ncs.
— nettes 40.367.524 —
RÉGION DU iNORD-EST. 653
les caravanes. Mais le nombre des oiseaux sauvages diminue et les habitants ne connaissent pas Tart de les domestiquer.
La Nubie et le Soudan égyptien sont plus riches que l'Egypte en produits minéraux. Les mines d*or des monts de TËtbaï, en Nubie, ont été prospères; elles sont aujourd'hui trop pauvres pour fournir à une exploitation rémunératrice. Le cuivre est très abondant partout, mais il n'est pas exploité ; on croit d'ailleurs que le Dariour renferme beaucoup d'autres richesses minières, mais elles n'ont pas été sérieusement étudiées; et les renseignements font défaut.
On peut néanmoins, dès à présent, conclure que toute la région du Soudan égyptien, à la différence de l'Egypte proprement dite et de TAbyssinie, devra son importance dans l'avenir, moins peut-être aux produits de son agriculture, qu'aux richesses de son sous-sol. Le climat est peu favorable à la culture ; la population est très clairsemée, l'industrie est à peu près nulle : c'est en somme un pays pauvre, et qui ne semble pas susceptible de prendre un grand développement économique. La disparition progressive des animaux sauvages, éléphants, autruches,qui sont une des richesses du pays, n'est pas de nature à lui rendre la prospérité.
Mais par contre, au point de vue commercial, c'est la voie naturelle de pénétration à l'intérieur de l'Afrique, dans la région des grands lacs, sur le Congo, dans le Soudan et même en Abyssinie. C'est une sorte de bassin dans lequel viennent affluer tous les produits comme les eaux de ces régions voisines, pour s'engager ensuite par la voie du Nil, vers l'Egypte et vers l'Europe. C'est à cette situation si avantageuse que ce pays doit d'être un des grands entrepôts du commerce africain, un centre naturel pour les caravanes. De là vient l'importance de Kobé dans le Darfour, d'El-Obeïd dans le Kordofan, de Khartoum en Nubie. Ce sont autant de grands marchés où se réunissent vendeurs et acheteurs, au nombre de plusieurs milliers, pour y échanger les marchandises de l'Afrique contre les cotonnades et les verroteries venues d'Europe.
Mais on sait qu'à l'heure actuelle ce pays est absolument fermé au commerce. En étudiant ses ressources économiques, on l'a donc considéré, bien entendu, tel qu'il était avant la guerre et tel qu'il pourra redevenir quand la tranquillité y aura été rétablie.
Les principaux objets des échanges étaient, avant la guerre, les esclaves, l'ivoire, les plumes d'autruche, les gommes, les peaux, les bois. Il est naturellement difficile de déterminer en argent la valeur de ce commerce. On estime qu'il atteignait environ une douzaine de millions de francs. C'est un chiffre insignifiant, comparé au trafic des pays d'Europe, et même de l'Egypte. Il est à craindre qu'il ne soit pas de longtemps, même dans l'hypothèse du rétablissement de la paix, beaucoup plus considérable.