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II. - SOUDAN MARITIME

§ 1". -* Coup d'œil sur la géographie physique et politique.

Géographie physique. — Le Soudan maritime est la longue bande qui, du cap Blanc au fond du golfe de Guinée, de la mer à la ligne de partage des eaux avec le Niger, comprend les bassins des fleuves côtiers.

Le relief, peu connu encore, est formé par le massif du Fouta-Djal- Ion, les terrasses par lesquelles le plateau de la boucle du Niger descend vers le golfe de Guinée, enfln le versant sud du massif de TAdamaoua. Ces montagnes se présentent rarement sous la forme de chaînes, et n*atteignent qu'une hauteur médiocre (3,000 mètres au maximum).

Le littoral, comme en général celui de l'Afrique, est bas et peu articulé. Des estuaires fluviaux jusqu*au cap des Palmes, puis une longue série de lagunes séparées du large par des flèches de sables, en font les seules découpures. D'un bout à Tautre de ce littoral, se déroule la 6orre, série de lames énormes qui déferlent constamment, et rendent Tattérissage difflcile, sinon impossible.

Le climat est celui du Soudan proprement dit, c'est-à-dire qu'il est soumis au régime des moussons. Mais le voisinage de la mer et de Téquateur rend la saison humide plus longue et les pluies plus abondantes. Cette humidité, peu considérable encore au Sénégal, devient de plus en plus grande à mesure que Ton s'avance vers le fond du golfe de Guinée, qui est presque soumis au climat équatorial.

Les fleuves sont encore incomplètement explorés. Par leur longueur et surtout par la direction de leur cours perpendiculaire au littoral, certains d'entre eux, Sénégal, Comoé, Volta, Ouémé, etc., seraient d'admirables voies de pénétration, mais, alternativement débordants ou presque a sec, coupés par des rapides et des chutes, ils ne peuvent rendre les services qu'on était en droit d'en attendre. Seuls, le cours inférieur du Niger et son affluent la Bénoué sont accessibles en toute saison à la navigation.

Géographie politique. — Le Soudan maritime est une des régions les plus peuplées de l'Afrique ; les diverses races noires qui l'occupent sont parmi les plus avancées en civilisation et les plus travailleuses. Les puissances européennes ont fondé sur cette côte un grand nombre d'établissements, amorces de colonies futures, mais la délimitation des frontières est loin d'être achevée, et de nombreuses compétitions ont lieu

pour le moment. Une république indépendante, habitée par des nègres 4iiTranchis des États-Unis, est la seule région non colonisée (1).

§ II. — Géographie économique. ^

Les nombreuses colonies européennes qui se succèdent sur la côte occi« dentale d'Afrique, depuis Tembouchure du Sénégal jusqu^à celle du Niger, offrent certains caractères communs. Le sol n^est pas en général d*une exubérante fécondité, mais il présente de bonnes qualités moyennes. La variété du relief permet d*autre part à des plantes très diverses d*y prospérer également, soit dans les plaines humides et basses qui accompagnent la côte sur une largeur variable, soit sur les terrasses des plateaux, dans le pays des Achantis, dans le Dahomey, soit enfin sur les ilancs des montagnes ou dans le fond des vallées. On a souvent comparé, au point de vue de Torographie pure, le Fouta-Djallon au plateau éthiopien. L'analogie se poursuit dans le domaine économique, grâce à Tétagenient des climats et des zones de culture dans Tun et l'autre pays, et grâce aussi aux facilités que l'ensemble de ces conditions naturelles offre de part et d'autre à l'établissement des blancs. La côte est malsaine, le climat y est meurtrier; mais, en s'élevant à une certaine altitude, les Européens échappent aisément aux inconvénients de la chaleur et aux dangers des marécages. La région du Fouta-Djallon doit devenir un grand centre décolonisation, ou tout au moins d'exploitation agricole. Plusieurs cultures précieuses, le coton, le café, l'indigo, le thé peut-être, peuvent y devenir d'abondantes sources de richesses. Tous ces pays de l'ouest ont d^ailleurs sur ceux de l'est un grand avantage, c'est qu'ils sont bien plus

(1) Notice statistique :

Colonies et protectorats de la France :

Superficie. Population.

Sénégal ISO.OOO kilom.car. 1.100.000 hab. (?)

Avec les dépendances... 500.000 — ?

Guinée française Non délimitée. ?

Côte d'Ivoire Id. ?

Dahomey Id. 600.000 hab. (?)

Colonies et protectorats de la Grande-Bretagne :

Superficie. Population.

Gambie 7.000 kilom.car. SO.OOOhab. (?)

Sierra-Leone 72 000 — 76.000 —

Côte d'Or , 101.000 — 1.473.000 —

Lagos 3.400 — 85.000 —

C**du Niger et protectorat

des côtes du Niger Non délimitée. ?

•Colonie portugaise :

Superficie. Population.

Guinée portugaise 37.000 kilom. car. ?

Républiq. ind. de Libéria. 85.000 — 800.000 à 2. 000.000 hab.

facilement pénéirables. De nombreuses rivières descendent à la côte, «^t si leur cours n'est pas toujours aisément navigable, leurs vallées pour> ront ouvrir du moins des voies d'accès faciles vers Tinlérieur. Par contre, les colonies du Sénégal et de la Guinée ne sont plus sur le chemin des navires ; c'est à Test du continent africain que passe aujourd'hui le grand courant commercial qui unit l'Europe à TËxtréme-Orient; les voiliers même qui doublent encore le Gap passent bien au large des côtes africaines, pour éviter le contre-courant du golfe de Guinée. Il est vrai qu'en revanche les paquebots qui font le service du Brésil n'ont pas à se détourner sensiblement de leur route pour toucher à Dakar.

Il faut enfm remarquer que ces pays n'ont pas seulement de valeur par les ressources intrinsèques qu'offre leur sol; ils peuvent encore servir de débouchés à une partie du Soudan. Mais on doit bien se garder de fonder sur ces avantages de position des espérances trop grandes. Nous savons déjà que toute la région du haut Niger n'est pas très riche, ni susceptible d'un très grand développement. En second lieu, les communications avec la côte sont encore difficiles, et ne pourront être amélioi^ées qu'à grands frais. On tente cependant, depuis quelques années, de créer des voies de pénétration vers la région du Niger, difficile à occuper, mais dont les produits pourraient être drainés à la côte. G'est le but que se proposent surtout les nations européennes qui ont créé des établissements sur le bord de la mer.

Les produits de la région maritime sont cependant assez considérables pour constituer une importante ressource d'avenir.

Agriculture. — Les pentes du Fouta-Djallon et des terrasses de la côte de Guinée sont recouvertes de forêts magnifiques offrant déjà les caractères de la forêt équaloriale. Les essences variées, propres aux constructions, à rébénisterie, à la teinture, et les produits divers, fruits, gommes, résines, peuvent alimenter un actif commerce, aussi bien dans le Sénégal que dans les colonies de Sierra-Léone et de Libéria. Le bois de teck est exploité dans les environs de Freetown ; les acacias à gommcy les arbres à caoutchouc abondent ; les noix de kola, le beurre végétal de karité servent aux mêmes usages qu'au Soudan. Le cocotier est l'arbre universel; le palmier fournit ï huile de palme, dont l'exportation donne lieu à un trafic actif. Mais toutes ces richesses sont encore peu ou mal exploitées ; Tavidite des négociants risque déjà de tarir une des meilleures sources de revenus du pays, en détruisant les lianes à caoutchouc.

Diverses céréales sont cultivées en Guinée : dans les terres basses, le iiz et le maïs prospèrent et forment la principale nourriture des habitants ; mais le blé n'y donne que des pailles ; il est en revanche très répandu dans les parties hautes avec l'orge et le dourah. Les bananes, les ignames, la racine du manioc servent aussi à l'alimentation des nègres.

Si les tentatives faites pour cultiver la vigne n'ont pas réussi, le caféier vient à l'état sauvage, et atteint des proportions inaccoutumées.

On sait l'importance qu'ont prise dans ces derniers temps les plants de

Libéria pour la restauration des grandes plantations du Brésil, ou de Oeylan, attaquées par une sorte d'oïdium. Des caféeries Importantes ont été créées en outre sur la côte du Dahomey par des Français et semblent devoir réussir. Le caféier africain résiste entièrement aux ravages de la maladie. Cette culture n'a pas été d'ailleurs jusqu'à ce jour sérieusement exploitée sur la côte d'Afrique ; la production est faible, mais elle pourrait atteindre une haute valeur. La canne à sucre et le tabac, dont les champs sont peu nombreux, seraient aussi avantageusement cultivés. Le sésame fournit quelques milliers de tonnes de graines, mais ce sont, parmi les plantes oléagineuses, les arachides ou pistaches de terre, qui ont trouvé le débouché le plus considérable. On en exporte de grandes quantités vers l'Europe et en particulier vers Marseille, où elles font concurrence à l'huile d'olive elle-même (1). Le poivre qui a donné son nom à la côte de « Malaguette », le gingembre, le cacaoyer sont à peine cultivés. Le coton et Vindigo, dont la production ne dépasse guère les besoins de la consommation locale, sont les plantes industrielles dont l'exploitation pourrait donner le plus de bénéfices.

Les animaux domestiques sont peu nombreux : ils sont d'ailleurs les mêmes qu'au Soudan, bœufs, chèvres, moutons, etc. Les ruches abondent et le Sénégal exporte de grandes quantités de cire,

La chasse aux animaux sauvages fournit des peaux et fourrures, des plumes d^autruche, de l'ivoire, mais en quantités de plus en plus faibles. La pèche est très fructueuse sur les côtes.

La Sénégambie et la Guinée pourraient donc tirer de leur sol des ressources abondantes. La culture est d'ailleurs en progrès. Des plantations méthodiques ont été organisées sur divers points et donnent déjà des résultats encourageants.

Induatrie. — Le Fouta-Djallon est riche en minerais de toutes sortes, argent, cuivre, étain, fer; mais le seul métal véritablement exploité est l'or; encore les mines ne donnent-elles qu'une faible partie de ce qu'elles pourraient fournir. Les gisements les plus productifs sont au Sénégal, dans le Bouré et surtout dans les terrains d'alluvion du Bambouk, entre le Bafing et la Falémé. Mais ces mines sont difficilement accessibles et les frais d'exploitation sont très élevés; elles ne sont visitées que parles noirs, et le métal qu'ils en retirent ne vient même pas au Sénégal; ils préfèrent l'échanger sur place contre le sel et les cotonnades qu'apportent les caravanes. Les filons précieux, auxquels la Côte d'Or doit son nom, se trouvent dans les roches de gneiss du Ouasa, à une centaine de kilomètres au nord du port d'Axim; ils sont toujours exploités.

L'industrie indigène est à peu près nulle. 11 faut citer pourtant le tissage des cotonnades et la fabrication des nattes de jonc. La présence de l'or a développé l'art de la bijouterie. Commerce. — On a déjà vu les ressources du pays en votes de commu-

(1) Exportation des arachides du Sénégal : 40.000 tonnes (vers Bordeaux).

nication. Les fleuves sont en général peu navigables ; le Sénégal est encombré de rapides et de bancs de sable ; des barres dangereuses ferment rentrée d'un grand nombre d'estuaires, particulièrement sur la côte de Guinée. Le littoral est rigide, comme dans le reste de TAfrique, et peu riche en indentations ; les ports se sont réfugiés dans les lagunes basses, qu'une étroite langue de terre sépare de la pleine mer. La région la pW favorisée est celle des rivières du Sud et de Sierra-Léone : les montagnes touchent de plus près la côte et les découpures sont meilleures.

Les ports les plus commodes sont Dakar , à Textrémité du cap Vert, relié à Saint-Louis par une voie ferrée, Baf/iurs( à l'embouchure de la Gambie, et Freetown, Cape Coast Castle est le débouché de la colonie anglaise de la Côte d'Or ; le Dahomey a pour port la ville de Cotonou, où l'atterrissage a été facilité par la construction d'un appontement. Ce port français commence même à recevoir les marchandises destinées à la colonie anglaise de Lagos. Ces ports sont desservis par plusieurs services réguliers de paquebots de diverses nationalités; citons en particulier les Messageries maritimes françaises qui touchent à Dakar, et les Chargeurs- Réunis qui desservent toute la côte occidentale d'Afrique.

Le mouvement du commerce dans cette région atteint un chiffre assez élevé. On peut l'évaluer à 160 ou 170 millions de francs; la valeur des exportations dépasse naturellement celle des importations. Les marchandises que l'Europe achète sont surtout les substances oléagineuses — arachides, noix et huile de palmes ; — puis viennent le caoutchouc, la noix de kola, la poudre d'or, le café, les bois, les peaux, la cire, l'ivoire, les plumes d'autruches, etc. Ces produits sont échangés contre des cotonnades, de la verroterie, du sel, du tabac, du corail, de l'ambre. Llmportation des fusils et de la poudre, ainsi que celle des boissons alcooliques a été interdite... sur le papier.

Ce commerce se partage entre trois puissances principales : Angleterre, France, et Allemagne. La première distance sensiblement les deux autres; la dernière fait beaucoup d'efforts, souvent couronnés de succès, pour supplanter ses concurrentes, mais la France maintient encore sa position, non sans peine il est vrai (1).

(1) Commerce du Soudan maritime :

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