I. — RÉGION DU CONGO
§ I*'. — Gonp d*œil sur la ffèographie physique et politique.
Géographie physique. — La région du Congo, séparée à Test de celle des grands lacs par la dépression du Tanganyika, forme un grand plateau, déprimé en son centre comme une cuvette, descendant vers TAtlantique par des séries de terrasses, mais qu*aucune dénivellation importante ne limite au nord et au sud. C*est dans cette partie de l'Afrique que la forme de Torographie du continent est le plus caractéristique. En «ffet, tandis qu'aucun obstacle n'entrave les communications dans Tintérieur, que les bassins fluviaux s'entremêlent même, la séparation est très nette du côté de la mer.
Le littoral de Tocéan Atlantique est toujours très mal articulé et peu propre à la navigation ; quelques estuaires cependant, comme ceux du Gabon et du Congo, constituent d'excellents ports.
Le climat est essentiellement équalorial ; ses caractères sont d'abord une forte chaleur constante, puis et surtout une humidité considérable. On se trouve là en pleine zone des pluies équatoriales, tombant toute Tannée en grande quantité. La moyenne dépasse 2 mètres sur la côte de l'Atlantique, 1™,50 sur le plateau, mais va en diminuant à mesure qu*on s'avance vers le nord et le sud.
V hydrographie est très riche. Comme la région qui lui fait face de l'autre côté de l'Atlantique, le bassin du Congo, recevant des pluies considérables et constantes, alimente un fleuve qui compte parmi les plus importants du monde. Le Congo, long de 4,200 kilomètres, draine, avec ses affluents, un domaine de 3,200,000 kilomètres carrés. C/esl un
superbe fleuve, large de plusieurs kilomètres, assez profond pour tous les navires, ses affluents sont eux-mêmes navigables sur une grande partie de leur cours. Malheureusement, et c'est Tinfériorité de l'Afrique sur TAmérique, le Congo est coupé par deux séries de cataractes dont Tune, à peu de distance de la mer, empêche absolument les communications avec Tintérieur du pays. De même rOgooué est difflcilement navigable. Au nord et au sud, les eaux se dirigent d'une part vers le Tchad, de l'autre vers le Zambèze.
Géographie politique. — L'Afrique équatoriale est peuplée de nègres appartenant à la race bantoue, nombreux sur les bords du fleuve et de ses principaux affluents, plus clairsemés dans le reste du pays. Les ravages de la traite y ont été épouvantables et ont amené l'intervention des Européens. Une Association internationale s'est créée pour réprimer les exactions des traitants arabes, et a constitué, en 1885, un État indépendant et neutre, sous la souveraineté du roi des Belges, à Utre purement personnel. Sur la côte occidentale se sont établis, au nord du fleuve, les Français, qui, par l'Oubanghi, atteignent le bassin du Tchad, au sud, les Portugais, dont la colonie d'Angola comprend les terrasses du plateau (!)•
§ II. — Géographie économique.
Sans essayer de donner une évaluation précise des ressources que Ton pourrait tirer du Congo, ce qui, en l'état des connaissances que nous possédons sur ce pays, est impossible, on peut tenter du moins d'énumé-. rer les conditions générales de sa vie économique.
Le sol, en première ligne, à ne considérer que ses qualités intrinsèques, n'est pas d'une richesse productive très grande. Il est constitué sur de grands espaces par une terre rougeâtre, qu'on appelle la latérite et qui est produite elle-même par la décomposition de roches diverses; mais cette terre contient souvent du fer en des proportions assez grandes pour nuire à sa fécondité. La couche de terre végétale est rarement épaisse, et, même sur la côte, est mélangée de sable. Les régions les plus favorisées seraient encore les vastes étendues que recouvrent les forêts; l'accumulation, durant de longs siècles, des débris végétaux
{]) Notices statistiques :
État indépendant du Congo :
Superficie 2.252.780 kil. cai-.
Population 1 4 à 30 millions d'hab.
Européens (1894) 1.096 habitants.
Congo français et haut Oubanghi : Non délimité au nord.
Congo portugais et Angola :
Superficie 1.315.400 kil. car.
Population 9. 400.000 hab. (?)
Géographie économ. 43
y a recouvert le sol d'une couche épaisse de terreau très fertile ; mais la forêt vierge est {précisément la partie du pays dont la mise en culture présente le plus d'obstacles. C'est l'exploitation qui réclame de la part du colon la persévérance la plus énergique et la plus longue : des travaux de plusieurs années sont nécessaires pour mener l'œuvre à bonne fin.
Le relief du sol aggrave encore ces inconvénients. 11 n'est pas assez considérable pour combattre l'influence pernicieuse du climat et permettre aux blancs de séjourner et surtout de travailler dans ce pays tropical; mais il est, par contre, assez puissant pour entraver singulièrement les communications et rendre en particulier très difQcîles les relations de la côte avec l'intérieur. Les grands fleuves qui sillonnent le plateau n'offriront donc au trafic qu'une facilité relative. Les marchandises pourront être transportées par eau sur des milliers de kilomètres à l'intérieur, ce qui est sans nul doute un précieux avantage ; mais il faudra toujours les transborder à la lisière du plateau et les diriger sur les ports d'embarquement par des voies de terre dont l'établissement sera pénible et coûteux.
Le climat^ qui fait à première vue la richesse de ce pays, contribue lui-même à détruire en partie les bienfaits dont il l'enrichit. Au nord l'abondance des pluies tropicales, la régularité des précipitations et la constance de la chaleur favorisent le développement d'une végétation riche et abondante, dont la forêt vierge est lexpression. Mais c^est aussi la région la plus malsaine et par conséquent la plus inaccessible à l'Européen. Nous savons déjà que c'est celle dont il est le plus malaisé de tirer parti. Au sud les conditions générales du climat se rapprochent beaucoup plus de celles de nos régions ; l'air est plus frais, plus sec, partant plus salubre : les familles des blancs prospèrent et se perpétuent dans tout le pays au sud du Goanza; mais c'est en revanche la région des savanes, où la terre végétale est le moins riche. Les sécheresses, en outre, y sont fréquentes et provoquent de redoutables famines.
En résumé, l'ensemble de ces conditions naturelles n'est pas favorable au développement économique des pays du Congo. C'est d'ailleurs la cueillette et la chasse qui en font aujourd'hui les principales ressources. Mais ces richesses elles-mêmes s épuiseront d'autant plus vite que les Européens les convoiteront avec plus d'&preté.
Agricultare. — C'est, nous le savons déjà, la végétation spontanée des forêts qui est actuellement la seule ressource du pays. Certaines essences fournissent d'abord d'excellents bois de construction ou des écotces estimées pour la teinture. Les fibres du baobab sont employées avec succès à la fabrication des cordages, des étoffes, du papier. Les bananes sont pour le nègre une nourriture essentielle, dont la récolte facile est toujours assurée. Le caoutchouc est un des principaux objets de commerce sur toute la côte occidentale d'Afrique. Les gormnes et résines sont extraites de diverses sortes d'acacias ; et la noix de Kola, d'un usage si général dans toute l'Afrique, pourrait s'exporter en grand. Mais ce sont encore
les substances oléagineuses qui alimentent pour la plus forte part le commerce de ce pays. Malheureusement cette denrée est, par sa nature, très encombrante et d'un transport pénible. La zone d'approvisionnement des navires européens ne peut dépasser la région côtière, tant qu'une voie ferrée ou tout au moins une route ne rattachera pas au littoral la section navigable des grands cours d'eau de l'intérieur, qui traversent la région forestière. Celle-ci occupe, en effet, une étendue immense, plusieurs fois grande comme la France, le long du grand fleuve et de ses afOuents, jusqu'aux grands lacs à l'est, et au bassin du Char! et du Nil au nord et au nord-est.
Le dourah, la racine de manioc^ au nord, le mais et le sorgho au sud, sont les plantes cultivées qui fournissent le plus fort contingent à l'alimentation publique. L' f< arum esculentum » donne une sorte de feuille appelée colocassia ; c'est le « taro » de la Polynésie. Les ignames^ les patates sont les légumes dont la culture est le plus répandue ; mais en général les plantes comestibles indigènes sont peu nombreuses au Congo, et la plupart de celles qu'on y récolte aujourd'hui, pommes de terre, etc., sont d'importation européenne. Le riz peut prospérer dans toute la région basse, où l'irrigation est facile, et les fruits d'Europe trouvent, sous le climat relativement sec de l'Angola méridional, un champ de culture très favorable. On y récolte de grosses provisions d'oranges, de grenades^ de raisins; la vigne pousse d'ailleurs à l'état sauvage sur divers points de l'Afrique centrale et les indigènes savent en certains cantons en retirer une liqueur grossière. Le café peut devenir une grande ressource. On Ta planté dans des conditions excellentes sur les flancs des collines qui séparent la plaine basse des hauts plateaux. Celte culture est déjà d'ailleurs daps l'Angola l'objet d'une exploitation active; la colonie en exporte annuellement plusieurs millions de tonnes. Des négociants allemands ont fondé de même, dans notre colonie du Gabon et sur les flancs du Cameroun, d'importantes plantations. Le cacao, le thé, la canne à sucre réussissent dans les jardins d'essais des missionnaires et donnent de bons produits. Rien n'empêche donc, sinon le manque de bras, qulls ne soient plantés en grand.
Les ar<ichides se plaisent dans les terrains sablonneux; elles trouveront par suite au Gabon et dans l'Ouest africain français un pays d'élection. Le tabac est cultivé un peu partout par les indigènes ; mais la production ne suffit même pas aux besoins de la consommation locale : c'est un des objets d'échanges les plus estimés dans tout le pays. Le sésame est également très répandu, et Vindigo est une des plantes dont la culture donne le plus de promesses. Le chanvre est un narcotique en honneur dans la vallée de la Kassal, mais on n'y connaît pas son usage comme matière textile. Le climat du Congo est trop humide pour le co^on, qui n'a pas le temps de mûrir avant l'arrivée de la saison des pluies ; mais les conditions deviennent de plus en plus favorables à mesure qu'on s'avance vers le sud; et dans la région de Mossamedès il réussit à merveille.
Citons encore parmi les plantes susceptibles d'une exploitation rému^
néralrice, le camphre, le quinquina, la vanille, la muscade, le jute.
Dans toule la région septentrionale, où règne la forél, le bétail est peu nombreux et Vélevage est impossible par suite de l'existence de la mouche tsélsé, mais la volaille est partout très répandue. A Test dans les prairies des environs du Tanganyika, au sud dans les savanes immenses qui annoncent déjà TAfrique méridionale, les animaux domestiques sont plus nombreux : de grands troupeaux de zébus, de moutons^ parcourent l'Ouroundi, et les Boërs ont poussé leur bétail jusqu*aux contins des possessions portugaises. On récolte dans l'Angola beaucoup de tniel et de cire, que les indigènes vont découvrir dans les vieux troncs d arbres.
La chasse est au premier rang des occupations des nègres. Us poursuivent les antilopes f les gazelles, les grands fauves pour leurs peaux et leurs fourrures, et vendent aux Portugais d^Angola un nombre considérable d'oiseaux chanteurs, destinés à TËurope. Mais c'est surtout Yéléphant que poursuivent les chasseurs. Si cet animal devient rare sur la côte, on en rencontre encore de nombreux troupeaux dans les forêts de Tintérieur el l'on s'occupe de réglementer cette chasse, pour laisser le temps aux troupeaux de se reformer, et empêcher la destruction complète de lespèce.
La pêche fournit aux riverains du Congo et de ses affluents un supplément notable d'alimentation ; quelques tribus sont même presque exclusivement ichthyophages. Les pécheurs de l'Angola capturent une soKe de poisson dont on retire en grande abondance l'huile de foie » de morue ».
Industrie. — Les ressources minéi^ales du Congo ne sont pas sans valeur. Le sel, assez rare, est l'objet dans tout le pays d'un traOc actif avec le Soudan. On en recueille une certaine quantité dans la région du Tanganyika, et Kahouelé, sur la rive orientale du lac, est un des marchés de l'Afrique où l'échange de cette denrée prend les proportions les plus considérables.
L'Angola renferme quelques mines d'argent, qui furent jadis exploitées; on y recueille également un peu de poudre d'or. Mais c*est le cuivre, doul les gisements sont le plus abondants dans l'Afrique centrale. Il affleun* souvent à la surface ; c'est au reste le métal le plus généralement employé par les indigènes pour la fabrication de leurs, ustensiles usuels et objets de luxe. Le fer abonde dans certaines régions, et est souvent adroitement travaillé, malgré le caractère primitif des instruments employés par les forgerons.
Le travail industriel est relativement développé chez quelques peuplades, les Mombouttous au nord, les Bihenos au sud. La construction des pirogues est un des arts les plus en honneur. Les potiers, les sculpteurs, les forgerons sont nombreux ; on trouye même dans l'Angola quelques industries européennes: on y fabrique des nattes et des tissus, des cigares et des eaux-de-vie.
Voies de communication et commerce. — L'Afrique centrale n'est donc pas dépourvue de ressources. A côté de celles dont on tire actuellement profit,, un grand nombre d'autres pourraient être utilement exploitées ; mais les moyens de communication sont de médiocre valeur. Tous les cours
d'eau d*abord sont des fleuves à cataractes et ne peuvent être en conséquence remontés à partir de la mer par les vapeurs que sur une distance relativement peu considérable, 400 kilomètres sur TOgooué, 150 à peine sur le Congo. Mais en amont des deux escaliers de chutes, qui de Léopoldville à Matadi brisent le cours du grand fleuve, le Congo est navigable à l'intérieur du plateau sur 2,500 kilomètres, et la plupart de ses affluents sont eux-mêmes accessibles à la batellerie sur plusieurs centaines de kilomètres ; c'est toutefois un bassin fermé, au sortir duquel il est nécessaire de tous côtés de recourir aux portages.
Or le pays n'offre malheureusement aucune ressource en animaux de transport. Le chameau ne peut pas vivre sous le régime des pluies équatoriales; il faut moins encore espérer l'acclimater au Congo qu'au Soudan. Les chevaux, les bœufs, les &nes ne prospèrent pas davantage, ou périssent rapidement sous les piqûres de la terrible mouche tsétsé ; ce n'est qu'au sud du Coanza et aux approches des pays du Zambèze que les bœufs porteurs peuvent être utilement employés. On se propose, il est vrai, de domestiquer l'éléphant, comme en Asie ; et on ajoute que cet animal peut porter d'immenses charges. Mais Jes tentatives faites jusqu'à ce jour n'ont pas donné de résultats.
C'est donc en défmilive aux hommes qu'il faut recourir et c'est, à vrai dire, le seul service qu'aient rendu jusqu'à ce jour aux Européens les indigènes. On sait avec quelle habileté Savorgnan de Brazza a su organiser dans l'Ouest africain français le service des portages. Il fonctionne aujourd'hui d'une façon régulière, et plus de sept mille hommes, appartenant à diverses tribus, nous prêtent chaque année leur libre concours. 11 faut ajouter que cette organisation merveilleuse, si rapidement menée à bonne fin, est en outre très favorable aux progrès de la civilisation et de notre influence dans le pays. Au contact incessant des blancs, qui en est la conséquence, les nègres perdent vis-à-vis de nous les sentiments de déQance et d'hostilité qui les avaient d'abord animés ; et cette transformation morale ne peut manquer à son tour de se répercuter grandement sur la valeur économique de notre colonie.
L*Ëtat Indépendant a, de même, installé un service de porteurs le long du Congo.
Mais ces moyens de transports, qui sont tout primitifs, n'ont, bien entendu, qu'une valeur provisoire. On a cherché une route plus pratique entre le Stanley Pool, point extrême de la navigation du Congo, et les ports de la côte.
La voie de l'Ogooué n'a pas répondu aux espérances qu'elle avait un instant fait concevoir, mais le Kouilou, dont le cours entier appartient à la France, semble remplir les conditions désirées. 11 n'est sans doute navigable que sur une très faible distance, mais sa vallée, qui s'ouvre à une centaine de kilomètres tout au plus de Brazzaville, est en pente douce et permet en conséquence l'établissement d'une bonne route, qui sera, suivant toute apparence, un des débouchés les meilleurs de l'Afrique centrale.
L'Ëtat Indépendant est en train de construire un chemin de fer sur la rive gauche du Congo, de Matadi à Ndolo sur le Stanley Pool, pour tourner les chutes de Livingstone (1).
La réalisation de ce projet ne peut qu'avoir les plus heureuses conséquences pour Tavenir commercial de l'État Indépendant et même des pays voisins (2).
Les Portugais, dans leur colonie d'Angola, ont donné l'exemple de la construction des voies ferrées, ils en exploitaient en 4892, 260 kilomètres et en construisaient 320 pour l'exploitation de leurs cultures de café.
Tels sont les principaux moyens de transport, qui permettent aux denrées de Tintérieur de gagner la côte atlantique; mais il s'en faut qu'elles suivent toutes cette direction. Sans parler des esclaves, dont les troupes sont exclusivement dirigées sur les ports de l'océan Indien, une grande partie de l'ivoire recueilli sur le Congo s'exporte par Zanzibar, d'où les traitants arabes l'expédient à Bombay. La route du Soudan égyptien et du Nil offre aussi de nombreux avantages, mais elle est, pour le moment, fermée par la révolte soudanienne.
Notons enfm que les habitants du plateau de Bihé, les riverains du Coubango et du Counène, transportent souvent leurs denrées jusqu'à Walfish-Bay, pour éviter les droits énormes prélevés par les douanes portugaises.
Les ports les plus actifs de la côte occidentale sont Libreville au Gabon, Loango au Congo français, Banana et Boma, sur le Congo, Cabinda. Saint-Paul de Loanda et Mossamédès dans les possessions portugaises (3'. Ces ports sont desservis par un certain nombre de lignes régulières, parmi lesquelles il faut citer la ligne française des Chargeurs-Réunis.
Le commerce total des pays du bassin du Congo ne s'élève encore qu'à une soixantaine de millions de francs, presque également partagés entre les importations et les exportations. C'est l'Angola qui fait le commerce le plus considérable, ce qui ne veut pas dire qu'il enrichisse le Portugal, car presque tout ce commerce est fait par des Anglais. Les Allemand:^ sont, après les Anglais, les négociants les plus actifs de la région ; France, Portugal et Belgique, malgré leur situation de métropoles, ne font qu'un commerce presque insignifiant. On peut cependant remarquer un progrès sensible de nos compatriotes depuis quelques années.
(1) Chemin de fer du Congo :
Longueur totale de la ligne 360 kilomètres.
— construite (1894) 150 —
(2) « Sans le chemin de fer, tout l'État du Congo, quelle que soit Timmensité de ses ressources, ne vaut pas une pièce de deux shellings. » (Stanley.)
(3) Mouvement des ports de Banana et de Boma (lb94) :
Entrées 559 navires jaugeant 204. 702 tonn.
Mouvement des ports du Congo français (1891) :
Entrées 274.000 tonn.
Les exportations comprennent les amandes et Thuile de palme, le caoutchouc, rivoire, le café, la cire, les gommes, les arachides, les peaux de fauves, les huiles de poisson.
11 faut citer parmi les importations, dont la valeur est bien moindre, les eaux-de-vie allemandes, qui sont partout au premier rang et constituent parfois la moitié ou les deux tiers des marchandises vendues par les navires aux comptoirs de la côte. Puis viennent les cotonnades anglaises, la verroterie de Bohême, les perles et les broderies et les divers objets de luxe et d'ornement destinés aux chefs, le sel, les fusils et la poudre, le tabac et enfin tous les mille objets d'usage européen, qu'emportent les explorateurs pour se concilier la bienveillance des tribus qu'ils visitent : vieux uniformes, parapluies, etc. (i).
L'Ëtat Indépendant est dans une situation spéciale au point de vue du •commerce. Celui-ci est déclaré libre, pour toutes les nations ; aucun droit de douane, sauf de légères exceptions, ne peut être établi à l'entrée des produits dans l'État Indépendant.
Si, pour conclure, on cherche à déterminer la valeur respective des positions occupées dans TAfrique centrale et occidentale par les diverses puissances, et les chances d'avenir que chacune d'elles peut légitimement espérer pour ses- possessions, on remarquera d'abord que V Angleterre n'a •planté son drapeau sur aucun point de cette région — phénomène assez rare pour qu'il soit digne d'être noté ; — mais elle profite de l'ordre que la compagnie internationale et les autres métropoles y ont fait régner pour faire une bonne part du commerce. Les Portugais ne tirent encore qu'un maigre parti de leurs possessions, mais si l'on se rappelle qu'ils n arrivent même pas à exploiter leur propre pays, on ne s'en étonnera "pas.
La France enfin occupe une position de premier ordre, puisqu'elle détient la meilleure route d'accès vers les plateaux. Mais il faut nous hâter -si nous voulons en profiler ; l'avenir est à ceux qui arriveront les premiers et qui réussiront à détourner à leur profit le courant de marchan-
(I) Commerce :
Imporalilon. Exportations. Total.
Francs. Franci. Francs.
Angola (1891) 16.359. 000 18.526.000 34.884.000
État Indépendant (1894) 11.854.00(V 11.032.000 22.886.000
Dont: Ivoire : 5.210.000
Caoutchouc 2.527.000
Noix et huile de palmes 2 . 528 . OOo
Café 290.000
Arachides 143.000
Atcc : Belgique 6.240.000 6.398.000 12.638.000
Pays-Bas 1.083.000 2.614.000 3.697.000
Grande-Bretagne.. 2.663.000 493.000 3.156.000
Allemagne 991.000 149.000 1.140.000
Congo français (1893) 2.677.000 2.559.000 5.236.000
dises, plus ou moins considérable, dont l'Afrique peut être la source. Or d'autres peuples ont intérêt à nous devancer et à diriger vers d*autres ports que les nôtres les denrées africaines. Nous ne pouvons rester en arrière sous peine de déchoir définitivement.