‹ Précis de géographie économiqueChapitre 160 sur 182 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

§ 1. — Coup d^œil sar la géographie physiqae et politique.

Géographie physiqae. — La République Mexicaine occupe le sud de rAmérique septentrionale. Entre le golfe du Mexique à Test et rocéan PaciHque à Touest, elle s'étend en un grand triangle de 1,946,523 kilomètres carrés, traversé presque en son milieu par le tropique du Cancer.

Le Mexique forme un immense plateau déprimé au centre, bordé sur les deux mers par de hautes montagnes et terminé en pointe à l'isthme de Téhuantépec. Le plateau a une altitude moyenne de 2,000 à 2,500 mètres, et les points culminants des montagnes bordières atteignent et dépassent 5,000 mètres (Popocatepetl, 5,391 mètres). Le littoral, bas, malsain et peu découpé sur le golfe du Mexique, n'y présente que la grande baie de la Vera Cruz et de Campêche et la large péninsule de Yucatan ; plus élevé, moins rectiligne sur le Pacifique, il offre d'assez bons ports, et une mer intérieure, malheureusement peu profonde, la mer Vermeille, séparée du large par la péninsule de Basse-Californie,

Tropical par sa situation en latitude, le pays est partagé par Taltilude en trois zones climatiques différentes : txerra caliente, torride et malsaine sur la côte et jusqu'à l'altitude de 1,000 mètres, tierra templada, tempérée entre i ,000 et 2,000, tierra fria enfin ou zone relativement froide sur le plateau. Les pluies, considérables dans la baie de Campéche (plus de 2 mètres), diminuent à mesure qu'on s'élève sur le plateau et qu'on se dirige vers l'ouest. La moyenne du plateau et de la côte ouest n'est que de0™,60 à i™,30.

La place manque pour que des fleuves importants se développent au Mexique ; seul, le Rio Grande ou Bravo del Norte, qui forme la limite avec les États-Unis, est considérable, par sa longueur plus que par son débit.

Populations. — Le Mexique est peuplé de 12 millions d'habitants, population peu dense (6 par kilomètre carré) dont 19 p. 100 sont blancs, 43 p. 100 métis de toutes sortes, et 38 p. 100 indigènes; ces derniers, bien qu'ils aient subsisté en beaucoup plus grand nombre que dans TÂmérique saxonne, diminuent cependant d'une manière régulière. Il n'y a au Mexique que très peu de villes importantes (1).

(1) Population en 1891 12.080.725 hab. (6 par kîl. car.).

GoaTernement. — Le Mexique, comme la plupart des républiques hispano-américaines, a presque absolument calqué sa constitution sur celle des États-Unis; c'est une république fédérative (1).

§ 11. — Géographie économique.

Le Mexique souffre de la comparaison avec les États-Unis et le Dominion. Possédant un sol aussi riche, des conditions climatiques excellentes dans une bonne moitié au moins du pays, des richesses minières inépuisables, il ne fait encore, si Ton met à part les métaux précieux, qu'un commerce restreiint et ne prend qu'une part relativement médiocre au mouvement général des affaires. La population est peu dense, les modes d'exploitation sont restés rudimentaires et routiniers et font contraste absolu avec lexemple des États-Unis ; les voies de communication et les moyens de transport offrent enfin peu de ressources au trafic. Toutefois des progrès nombreux ont été accomplis dans ces dernières années et rétablissement définitif delà paix publique, si souvent troublée dans les périodes antérieures, permet d'espérer que la prospérité générale du pays ira se développant rapidement.

A. — Agriculture.

Aptitude naturelle. — La variété du relief et, partant, du climat, donne des aptitudes nombreuses au sol mexicain. La zone basse de la Tiefra calien te, soumise à une température très élevée et recevant beaucoup de pluies, a une végétation exubérante. C'est là que mûrissent tous lesfruits à forte odeur, aux sucs concentrés, cacao, vanille, piment, etc. Malheureusement, c'est une zone généralement insalubre, où l'homme résiste à grand'peine aux atteintes du terrible vomito. Les terrasses étagées du plateau intérieur {Tierra templada et Tierra frià) ne connaissent pas ces inconvénients du climat. C'est une terre d'élection pour la race européenne, où prospèrent tous nos genres de culture, depuis les fruits des rivages méditerranéens jusqu'aux céréales et aux forêts. Malheureusement, le sol volcanique et fissuré absorbe très vite les pluies rares ; les fleuves sont

Villes principales:

Habitants.

Mexico (capitale) 329.535

Puebla 110.000

Habitants.

Guadalaxara 95.000

San Luis 62.000

(1) Finances :

Recettes. Dépenses.

1894-95 114.299.820 fr. 114 .314.900 fr.

Guerre et marine (1895-96) 26 . 847 .340 fr.

Armée (permanente par engagements, milice obligatoire de 20 à 50 ans) :

Pied de paix 2 . 270 officiers. 34 . 833 hommes.

— guerre 3.700 — 165.000 —

tour à tour débordés ou à sec; la sécheresse ne pourra être combaitaeqne par un système bien entendu d'aménagement des eaux.

Forêts. — De vastes foréis de sapins couvrent les sommets des montagnes, mais c'est plus spécialement dans les forêts à végétation tropicale, qui s'étendent sur toute la bande littorale du golfe du Mexique depuis le Tamaulipas jusqu'au Yucatan, qu'on trouve les bois précieux utilisés par le commerce, bois d'ébéoisterie et surtout bols de teinture, cèdres, mahagonis, bois du Brésil, bois de « Campèche ».

Guitares alimentairea. — Parmi les céréaUs^ le mats, est, avec le rû, la plus importante. C'est le fond de la nourriture des habitants ; et il seK également comme fourrage à l'alimentation du l»étail. On le cultive de préférence dans la Tietra ai/iente et dans la 1 terra templada; Le blé et Varge sont cultivés dans la Tierra ftia; les légumes, fèves, pois, lentilles, pommes de terre, entrent aussi pour une grande part dans ralimenUftioa publique. On peut y ajouter les fruits, très nombreux et de qualité aupé* Heure, que fournissent en abondance toutes les parties du sol mexicain, noix de cocos, bananes, oranges, grenades, figues, pèches, ananas, etc.

De l'agave et de l'aloès, on tire diverses sortes de boissons fermeotées. La vigne réussit à merveille au centre du plateau, dans le district d'Aguas Calientes, mieux encore au nord-ouest dans la Sonora et dans la péninsule de Californie; mais la production est encore très faible.

La culture du café prend une grande importance, grâce aux conditions excellentes de chaleur et d'humidité qu'elle rencontre sur les terrains du plateau, tant sur la côte atlantique que le long du littoral du Pacifique, entre les altitudes de 600 et de i 200 mètres. Les baies de certains districts sont renommées (1).

La canne à sucre n'est pas l'objet d'une grande exploitation industrielle, bien qu'elle donne presque partout de bons produits. On la cultive naturellement de préférence dans les plaines bien arrosées de la côte, à l'est et à l'ouest. Toute la production est consommée dans le pays, particulièrement sous forme de rhum,

La liane à vanille se trouve surtout dans les forets des environs de la Vera-Cruz.

Les champs de cacaoyers sont encore peu nombreux et leur production suffît à peine aux besoins de la consommation locale. Il en est de même du tabac, dont les feuilles ont pourtant un excellent arôme, qui ne le cède en rien aux produits havanais. Les meilleures sortes sont récoltées dans la péninsule du Yucatan (2).

Le piment est recueilli en grande abondance dans plusieurs Ëtats, mais ce n'est toujours qu'une culture d'importance locale.

(1) Exportation du café (1893-91) . 18.568 tonnes.

('*) Exportation du tiihac ( 1893-9 i) (compensée par une importation égale):

Manufacturé 356 tonnes.

Brut 1.596 —

Antres cultures. — Le coton, parmi les plantes industrielles, pourrait fournir d'abondants revenus dans quelques districts privilégiés. Mais, en général, le sol du plateau ne conserve pas suffisamment Thumidité pour en permettre la culture avec profit; et sur la côte les précipitations sont trop abondantes et nuisent à la qualité des fibres. Toutefois, des travaux d'irrigation pourraient remédier aux inconvénients de la sécheresse et de Faridité du sol à l'intérieur. C'est actuellement dans le Yucatan que les plantations sont le plus nombreuses.

Valoès et plusieurs sortes de chanvre ont en revanche une grande valeur commerciale, et comptent parmi les principaux articles d'exportation mexicaine, sous le nom de henequen (1).

Le Mexique est le pays d'élection des cactus, mais ce végétal n'a d'importance économique que pour les colonies d'insect«s à cochenille qu*on élève sur une de ses variétés. D'ailleurs la cochenille a subi, comme rindigo, le sort de toutes les couleurs d'origine végétale, qui n'ont pu résister à la concurrence des produits tirés de la houille.

Êleyage. — L'élevage pourrait prendre une grande extension sur les plateaux du Mexique et donner de bons revenus. Le climat conWendrait particulièrement à Félevage des moutons, mais le bétail, tout entier d'origine européenne, est encore peu nombreux; on compte à peine quelques millions de tètes dans chacune des principales catégories : bétes à cornes, moutons, porcs. Les chevaux et les mulets sont en revanche proportionnellement nombreux. Toute la valeur marchande des produits de l'élevage consiste jusqu'à ce jour dans la vente des peaux.

Produits minéraux. — Le Mexique est le pays du monde qui a extrait le plusd'argent depuis la découverte de l'Amérique. On n'estime pas à moins de 85 millions de kilogrammes la production totale de 1493 à 1885. Dans la même période, on n'a par contre extrait des mines mexicaines que 280000 kilogrammes d'or; c'est à peine la dixième partie de ce qu'ont fourni, depuis moins d'un demi-siècle, les seuls États-Unis. L'or et l'argent extraits au Mexique, depuis l'arrivée des Espagnols, représentent en tout cas une valeur de près de 16 milliards de francs.

Les mines d'or sont concentrées, au sud, dans le district d'Oajaca, au centre dans le Zacatecas, et surtout au nord-^uest dans la Sonora et dans la Californie. La production moyenne est d'ailleurs en baisse depuis un certain nombre d'années.

Les produits des mines d'argent se sont au contraire accrus dans une forte proportion, pendant la dernière période décennale, grâce aux progrès accomplis dans l'industrie extraclive, à l'extension des voies de communication, au perfectionnement des moyens de transport, etc.

( I ) Exportation du henequen ô6 . 000 tonnes .

Le Mexique vient aujourd'hui immédiatement après les Élals-Ucis, comme pays producteur d'argent, mais il ne fournit plus que le quart de la récolte totale, tandis que de 1851 à 1885 il y a participé en moyenne pour plus d'un tiers.

L'argent se rencontre dans tous les États de la Confédération; mais les gisements les plus productifs sont au centre, dans les districts de Guanajuato, Zacatecas, San-Luis de Potosi, Morelia, Mexico. Le Tamaulipas à Test est exploité d'ailleurs, aussi bien que la Sonora et la Californie à l'ouest, ou le Guerrero au sud (1).

Le cmvre et le plomb sont également très abondants; le mercure se rencontre en couches très riches dans beaucoup de mines. Le fer existe partout et de nombreux gisements de houille ont été découverts, mais ne sont pas encore exploités. On trouve aussi du pétrole et des piètres précieuses; les régions de volcans donnent du soufre, aussi estimé que celui de Sicile.

Bref, il ne manque rien à la liste des richesses minières du Mexique. A coté des métaux précieux qui lui ont valu son renom au siècle des Conquistadores et jusqu'au nôtre, il renferme du charbon et des métaux usuels en suffisante abondance pour alimenter toutes les branches de Tindustrie moderne.

Industrie proprement dite. — Mais jusqu'à ce jour, ïindustrie proprement dite est peu développée; elle ne s'applique qu'au traitement des minerais d'or et d'argent et de quelques produits agricoles : encore la première catégorie a-t-elle seule une valeur économique générale. Les usines n'ont pour la plupart qu'une médiocre importance et sont mal outillées : les principales sont des fonderies, des usines métallurgiques, des ateliers de monnayage, d'orfèvrerie, etc.

De nombreuses raffineries et distilleries fabriquent le rhum, les eaav de- vie, les liqueurs retirées de la canne à sucre, de l'aloès et d'autres substances. D'autres industries préparent les pâtes alimentaires, le chocolat. On compte aussi plusieurs manufactures de tabac (2).

Plus de cent filatures, où travaillent à peine 15 000 personnes, tissent le coton et la laine que fournit le pays même. La verrerie et la fabrication des produits chimiques doivent enfin être signalées parmi les industries les plus actives.

Pour tout le reste, le Mexique est tributaire de l'étranger.

(1) Production des métaux précieux (1893) :

Or 1 .96k kilog. valant. . . . G. 161 .000 fr.

Argent 1.380. IIC — .... 179.415.000

(2) Industries (180.3) :

Sucre et rhum 2 . 899 usines.

Textiles 1Î3 —

Tabac 41 —

Total des usines 3.844

G. — Commerce.

Voies de communication. — A part la zone du littoral et la péninsule du Yucatan, Tintérieur du Mexique est peu facilement accessible, surtout au sud. On n*y parvient qu'en franchissant les chaînes de rebord par des cols dont Taltitude oscille entre 3 000 et 4 000 mètres. Les rivières les plus importantes, qui découlent du plateau se déversent en général dan le Pacifique, et ne sont d'ailleurs d'aucun secours à la navigation.

La construction des routes et des chemins de fer, reliant à la côte les districts agricoles et miniers du centre, présentait donc d'énormes diffîcultes. Le plateau mexicain va s'élevant en effet dans la direction du sud, offrant, à mesure que l'altitude augmente, un champ plus favorable à l'acclimatement de l'homme : c'est à la pointe méridionale que s*est concentrée de tout temps la vitalité du pays. Mais c'est en même temps l'endroit où le continent se rétrécit; le maximum d'altitude coïncide avec le minimum d'espace. 11 a fallu en conséquence franchir plusieurs milliers de mètres en hauteur, sur moins de 200 kilomètres. C'est sans doute une des raisons, à côté de bien d'autres, qui expliquent pourquoi l'on a mis 35 ans à terminer le tronçon de voie ferrée, entre Vera-Cruz et Mexico, ouvert seulement en 1872. Le kilomètre n'a pas coûté en moyenne moins de 400.000 francs.

Ce n'est qu'à partir de 1880 que les chemins de fer ont pris réellement droit de cité au Mexique. En grande majorité construits par des capitalistes étrangers, ces chemins de fer, outre la voie de la Vera-Ci'uz à Mexico, et le « Central Mexicain » qui se raccorde au c< Southern Pacific » d'une part à El Paso del Norte, d'autre part, à Bracketville, ne comprennent que peu d'autres lignes. Une voie transversale est projetée de Tampico à Manzanillo (l).

L'ouverture de ces grandes lignes ne manquera pas d'amener dans un avenir prochain une révolution économique au Mexique ; elles attireront les gens du nord, toujours disposés à envahir de nouvelles terres, et ces immigrants n'apporteront pas seulement avec eux des bras et des capitaux, mais encore leurs méthodes perfectionnées de culture et d'élevage, et surtout cet esprit d'initiative hardie, qui manque aux descendants de la race espagnole. La richesse du Mexique pourra en être doublée.

La marine marchande est bien peu considérable, et la presque totalité du commerce maritime du Mexique se fait par navires étrangers, anglais surtout naturellement. Les principaux ports sont, sur l'Atlantique, Vei'a-

(1) Chemias de fer (1895) :

Longueur 10.172 kilomètres.

Voyageurs (189-2) 21 . 700.080

Marchandises 3. 100.000 tonnes.

Géographie économ. 49

Cruz, débouché de Mexico, sur le Pacifique, Acapulco et ManzanîUo (1 .

Commerce proprement dit. — Le commerce extérieur du Mexique dépasse à peine 400 millions de francs, dont plus de la moitié à Texportation.

L'exportation comprend les métaux précieux, pour plus de la moitié; le reste est formé presque exclusivement de produits agricoles.

A Vimportalion participent surtout les objets manufacturés en coton et laine, en métaux, en bois ; des produits alimentaires, maïs et blé, du tabac, elc.

Ce sont les États-Unis qui absorbent naturellement, par suite du voisinage, mais aussi grâce au contraste économique des deux pays, la meilleure part de ce commerce, à l'exportation notamment : la moitié des métaux précieux, et les deux tiers des autres marchandises, denrées coloniales, tabac, chanvre. Us paient en tissus, maïs, objets en fer, etc. ; mais leur rôle à l'importation est beaucoup moins considérable.

Le Royaume-Uni vient ensuite, mais distancé de beaucoup par la grande république américaine; il achète lui aussi plus qu^il ne vend. Cest le contraire qui se passe pour la France ; son commerce, bien faible encore, se compose surtout de ventes au Mexique. V Allemagne vient après nous, mais nous menace beaucoup (2).

(1) Marine marchande (1894) :

Vapeurs .... 14 jaugeant — 4 .000 tonneaux. Voiliers ... 15 — 3.071 —

Total... "29 —

Mouvement des ports (1893-94) (long cours) :

NaTir«s.

Entrés 1.237

Sortis 1.211

ToUl... 2.448

(2) Commerce du Mexique (l89t-9&) :

ImporUtions.

Commerce total... 170.000. uOO fr.

Exportation des métaux précieux Détail du commerce. Exportations:

Argent 48.888.800 fr.

Min. d'argent 8.7âl .800

Monnaie d'argent . . 44 . 400 . SuO

Café 31.903.800

Principaux clients :

ImporUilions.

Étots-Unis 39.338. 700 fr.

Royaume-Uoi 1 7 . 327 . 500

France 14.499.400

Espagne 4.988.300

Jauge.

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