‹ Précis de géographie économiqueChapitre 162 sur 182 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

§ I. — Coup d'œll snr la gé^ipraphie physique et politique.

Situation et coiifiguration générale. — L'Amérique du Nord se termine vers le sud par une série de terres, alternativement élargies et étranglées en isthmes, que Ton appelle l'Amérique centrale. D'autre part, à l'est, une longue ligne d'Iles s'étend, du Yucatan d'une part, de la Floride de l'autre, jusqu'à l'Amérique méridionale, ce sont les Antilles. L'ensemble formé par les Antilles et l'Amérique centrale est souvent désigné sous le nom d'Indes occidentales. Ces terres, toutes situées dans la zone torride, vont du 10<* au 24^ de latitude nord.

Relief. -- Tous ces pays, presque sans exception, sont montagneux: dans l'Amérique centrale se continuent les Montagnes Rocheuses, en massifs, qui atteignent souvent près de 4,000 mètres, mais qui sont séparés dans les isthmes par de profondes dépressions où les hauteurs ne dépassent pas 100 mètres (Téhuantepec, Nicaragua, Panama). Dans les Antilles^ il faut distinguer entre la grande île presque plate de Cuba ou les Bahama sablonneuses et les autres lies, où les sommets dépassent quelquefois 2,500 mètres.

Littoral. — Dans l'Amérique centrale, le littoral bas, bordé de lagunes du golfe du Mexique, contraste avec la côte plus haute et plus découpée de l'Océan Pacifique. Dans les Antilles, les rades de Haïti, de Cuba et de la Jamaïque sont excellentes, mais celles des Petites Antilles, sauf quelques exceptions, sont souvent mauvaises et exposées à de redoutables rax de marée«

Climat. — Tropical et partagé entre les deux saisons humide et sèche» le climat des Indes occidentales n'est adouci que par l'altitude. Peu de pays sont aussi exposés aux cyclones épouvantables et aux tremblements de terre.

Cours d'eau. — 11 n'y a, à proprement parler, pas de fleuves dans toute cette région ; seuls, quelques cours d'eau de l'Amérique centrale ont une certaine importance au point de vue des communications de mer amer, et pourraient servir à l'établissement d'un canal interocéanique; tels sont le San-Juan du Nicaragua avec les deux lacs auxquels il sert d'émissaire et le RiO'Chagres de Panama.

INDES OGCIDENULES. 773

Population. — Presque toutes les races sont représentées aux Indes occidentales ; dans la partie continentale subsistent des Indiens auxquels se sont ajoutés les Espagnols immigrés ; dans les Antilles, la race autochtone des Caraïbes ayant disparu complètement, une population nouvelle s'est établie: Européens de toutes sortes, et nègres autrefois esclaves, aujourd'hui libres (1).

§ 11. — Géographie économique.

40 États de l'Amérique centrale.

Agricnltiire. — Les conditions naturelles de relief et de climat dans les républiques de TAmérique centrale ne diffèrent guère de celles que nous ■avons déjà constatées au Mexique. Là encore nous retrouvons des terres chaudes, des terres tempérées et des terres froides. Seulement, la latitude

(I) Notice politique et statistique.

A. Amérique centrale. — 5 républiques indépendantes.

Superficie. FopniatioD.

Guatemala 135.100 kil.car. 1.364.678 hab. Il par kil. car.

Capitale: Guatemala... 71.527

Salvador 21.070 803.534 38 —

Capitale : San Salvador. 25.000

Honduras 110.820 896.048 3 —

Capitale: Tegucicalpa. . 12.000

Nicaragua '... 123.950 350.000 2,5 —

Capitale : Managua 20 . 000

Costa-Rîca 54.070 262.700 4 —

Capitale : San José 1 9 . 326

Colonie anglaise :

Honduras britannique 21.475 38.871 1,5 ~

B. Antilles. — 2 républiques indépendantes, le reste, colonies. Superficie. Population.

Haïti (république nègre indépendante) 28.676 kil.car. 960.000 hab. 38 par kil. car.

Capitale : Port-au-Prince , 60.000 Saint-Domingue (république

nègre indépendante) 48.577 417.000 9 —

Capitale : Santa Domingo. 1 4 . 1 51)

Colonies européennes :

Espagnoles (Cuba et Porto-

Rico) 128.420 2.276.000

Britanniques 34.500 1. 126.000

Françaises 2.850 345.000

Danoises 360 37.800

Néerlandaises 1.130 39.600

lU LES AMÉRIQUES.

étant déjà sensiblement plus méridionale, les premières s*élèvent plas haut et sont relativement plus étendues. Là aussi nous rencontrons le même constraste entre la côte orientale, bien exposée aux vents de mer et libéralement arrosée par les pluies des tropiques, et les régions de l'intérieur et du littoral Pacifique où les nuages déjà déchargés ne déversent que des précipitations peu abondantes et où de savants tra* vaux d'irrigation sont nécessaires pour entretenir les cultures pendant la longue saison sèche. Le mal est aggravé encore, en de nombreux cantons, par la nature géologique du sol : des bandes de terrain argileux appelées cienegas, durcies par la chaleur et la sécheresse, n'offrent aucune ressource aux cultures. En hiver ce ne sont que des marécages; mais il j croît du moins une herbe excellente, qui peut nourrir de nombreux troupeaux.

C^s savanes infertiles n'occupent d*ailleurs que la dixième partie tout au plus de l'Amérique centrale; dans tout le reste du pays, les cultures les plus diverses prospèrent. Nulle part peut-être, sauf en quelques iles, toutes les productions de la zone tropicale et des régions tempérées ne se pressent avec une pareille abondance sur un aussi étroit espace.

Mais, nous l'avons vu, c'est sur la côte du golfe que les conditions de température et d'humidité favorisent le mieux l'épanouissement d'une exubérante végétation. C'est là que s'étendent ces vastes forêts vierges, dont les produits variés sont une des principales richesses de la région, et notamment desrépubliques de Honduras et de Nicaragua. On y recueille toutes sortes d'essences précieuses, employées dans l'ébénîsterie et dans la teinture: cèdres, palmiers, bois de luxe, acajou, palissandre, ébène. Les gommes et les résines sont aussi l'objet d'une active exploitation (caoutchouc, baume de Pérou), etc. La gomme élastique et le bois du Bré* sil sont les principaux articles d'exportation du Nicaragua.

Le maïs forme, comme au Mexique, le fond de la nourriture des habitants^ de toutes classes. On le cultive avec le même succès à toutes les altitudes, avec cette unique différence que, dans les terres froides, il ne donne en moyenne qu'une récolte par an, tandis que, dans les régions plus chaudes» on fait trois et parfois quatre moissons annuelles.

Les céréales de nos pays sont peu répandues et sont, en tous cas, concentrées sur les hauteurs du plateau.

Les légumes participent au contraire pour une forte part à l'alimentation publique, particulièrement les fèves^gr^ce au peu de soins et de travaux que leur culture exige. Les fruits sont très variés et les habitants en font aussi une abondante consommation (bananes, oranges, citrons, raisins, fruits d'Europe).

Le café est de beaucoup la plus importante des cultures exploitées dans l'Amérique centrale. Il prospère dans d'excellentes conditions sur le revers des collines bien exposées aux venls pluvieux. La superficie occupée par les caféteries s'accroît d'année en année dans une proportion rapide^ surtout à mesure que les transports deviennent plus faciles et moins coûteux ; mais c'est particulièrement dans le Costa-Rica et le Guatemala que

les progrès ont été remarquables; au Salvador, les ca.éiers couvrent aussi de larges espaces, tandis que, dans le Honduras et le Nicaragua, cette culture est beaucoup moins prospère (1).

La canne à sucre réussit à merveille et donne en certains lieux deux récoltes annuelles. C'est le Honduras Britannique et le Guatemala qui en fournisssent la plus grande quantité à l'exportation (2).

Le cacao est une des ressources les plus précieuses et les plus originales de l'Amérique tropicale. Sa culture exige en effet la réunion de conditions très spéciales de terrain, de température et d'humidité, qui ne se rencontrent qu'en de rares cantons privilégiés. Il réussit de préférence dans les vallées abritées des vents, au sol léger et fertile, à l'ombre des arbres feuillus. L'humidité doit être modérée, et la température moyenne ne doit pas descendre au-dessous de 2i^ à 28« centigrades. La cueillette et le séchage des baies réclament en outre des précautions extrêmes et des soins assidus. C'est au Nicaragua que se trouvent les plus grandes plantations de cacaoyers, exploitées en partie pour le compte de fabriques de chocolat françaises (3).

On récolte aussi dans l'Amérique centrale un peu de vanille, de salsepareille et dHpecacuanha.

Le coton mûrit en six mois, mais il se plaît surtout sur la côte occidentale, moins chargée de vapeurs et moins arrosée par les pluies que le versant opposé. D'ailleurs la production est peu importante et fournit à peine aux besoins de l'industrie locale.

Le tabac donne d'excellents produits dans le Guatemala et le Salvador, mais l'exportation est encore faible.

L'indigo a plus d'importance ; c'est un des principaux articles de vente à l'étranger dans les républiques de Salvador, de Nicaragua et de Honduras. Mais cette exploitation a, comme celle de la cochenille, souffert de la concurrence des couleurs minérales.

Vélevage des bêtes à cornes et des moutons pourrait prendre dans les districts de l'intérieur une extension notable ; déjà les peaux sont l'objet d'un important trafic ; et les animaux vivants sont exportés à Cuba.

Les écailles de tortue et la nacre sont un objet d'exportation dans le Costa- Rica.

(1) Calturedu café:

Hectares. Productioo.

Guatemala (1892) 48.742 83.600 tonnes.

Costa-Rica (1893) 15.161 —

Nicaragua (1892) 40.704

(2) Culture de la canne à sucre :

Guatemala (1892) 10,342 2.728 — sucre raff.

Costa-Rica (1891) 162.800 quintaux.

(3) Culture du cacao :

Guatemala (1892) 2.100 281 tonnes.

L'Amérique centrale produit nombre de fruits qui lui sont particuliers et qui n'ont pas par conséquent à redouter la concurrence des grands pays producteurs. Gr&ce à Tétagement des zones de climat, c'est en outre une des régions les plus salubres des tropiques. Bref c'est pour les Européens un champ excellent, non seulement d'exploitation agricole, mais encore de colonisation.

Prodoits minéraux et industrie. — Ce n'est pas en revanche un pays aussi riche que le Mexique en minerais ; les montagnes qui le couvrent renferment néanmoins des gisements nombreux de divers métaux, comme tout le reste de la Cordillère américaine. On remarquera d'ailleurs que ces mines ont sur celles des continents du nord et du sud l'avantage énorme de se trouver de tous côtés à proximité de la mer, dans des cantons fertiles, où les ressources alimentaires ne font pas défaut. Mais l'exploitation est restée complètement rudimentaire dans la plupart des districts, et les mines ne donnent en définitive qu'un produit insignifiant, en comparaison des revenus énormes qu elles pourraient fournir.

L'or et Vargmt se trouvent à peu près partout dans les sables d'alluvion comme dans les filons rocheux; mais c'est le second de ces deux métaux, qui est le plus abondamment recueilli, spécialement dans les républiques de Nicaragua et de Honduras (mines du département de SegoTie).

Le /"er, le cuixrt^ le merctire, le platine ont été signalés en de nombreux endroits. La houille abonde dans le district de Chontalés, au Nicaragua et dans plusieurs autres régions.

L'industrie est encore dans l'enfance. Les usines et les fabriques sont en nombre restreint; on peut citer quelques distilleries et rafGneries, deux ou trois filatures; mais beaucoup d'ouvriers isolés tissent des chapeaux de paille, des nattes, travaillent le cuir et le bois, fabriquent des poteries.

Voies de communication et commerce. — Les voies de communication et les moyens de transport laissent fort à désirer dans toute l'Amérique centrale. Les cours d'eau, encombrés de cataractes et de rapides, offrent peu de ressources à la navigation : c'est le cas du Rio-Patuca, dans le Honduras, du Rio-Coco et du Rio-Grande dans le Nicaragua. Seul le San-Juan est accessible pendant la saison des pluies aux vapeurs d'un faible tirant d'eau, qui peuvent le remonter jusqu'au lac de Nicaragua ; mais en hiver, lors des basses eaux, les rapides créent de sérieux obstacles.

Les routes sont peu nombreuses et en mauvais état ; elles sont, lors des pluies, coupées de fondrières. Partout ailleurs, il n'y aque de simples sentiers. C'est donc à dos d'hommes ou de bêtes de somme, que se font encore la plupart des transports, malgré toutes les facilités que le voisinage des côtes semble offrir au commerce.

Ce ne sont en définitive que les chemins de fer qui donneront au trafic des transports faciles et peu coûteux, et développeront la prospérité de

«es républiques, si riches et néanmoins si arriérées encore. Aucun État n*en fournit un meilleur exemple que le Guatemala, où, en cinq ans, la Taleur de l'exportation a presque triplé, gr&ce à l'établissement des premières voies ferrées (1).

Le commerce extérieur de Tisthme central américain, républiques indépendantes et colonie britannique du Honduras, peut être évalué à environ 170 millions de francâ, dont les deux tiers reviennent à l'exportation (2).

Le café est de beaucoup l'article le plus important de Vexportation. 11 faut citer ensuite les métaux précieux, l'indigo, les bois, les résines et gommes, le bétail, les peaux, le sucre, le cacao, la cochenille, le tahBCy etc.

L'importation consiste en objets manufacturés et même en produits alimentaires, maïs, céréales, envoyés des États-Unis.

Les États-Unis et V Angleterre font à eux seuls plus de la moitié de ce commerce; la France et Y Allemagne viennent au second rang, la seconde serrant de près la première.

Les ports les plus actifs sur l'océan Atlantique sont Limon (Costa-Rica), San-Juun del Norle (Nicaragua), Truxillo et Puerto-Cortez (Honduras), S<in-Thomas (Guatemala), et Belize (Honduras britannique). Les ports de la o6te du PaciAque sont beaucoup moins fréquentés, mais l'ouverture d'un canal maritime à travers l'Amérique centrale leur donnerait une grande valeur, car c'est sur ce versant que sont concentrées en général l'activité et la vitalité du pays ; c'est la région la plus saine.

Les petites républiques américaines ont fait d'énormes progrès dans la dernière décade; la surface des terres en exploitation s'est considérablement accrue ; les voies ferrées se construisent, le commerce prend un essor imprévu. Il reste pourtant beaucoup à faire encore. Les bras manquent et les machines sont trop rares ; les moyens de transport restent précaires et coûteux.

(i) Chemins de fer :

Cos(a'Rica: 3&9 kilomètres.

Guatemala: 241 kilomètres; en construction, 338 kilomètres.

Honduras: 59 kilomètres.

Nicaragua: 136 kilomètres.

Salvador: 100 kilomètres.

(2) Ck>mmerce extérieur:

ImporUitions. ExporUttions. ToUl.

Honduras anglais... 4.051.800 fr. 6.628.4uOfr. 10.680.200 fr.

Costa-Rica 15.166.000 25.009.000 40.175.000

Guatemala 18.036.200 52.842.400 70.878.600

Honduras 3.556.800 4.869.800 8.426.600

Nicaragua 7.120.100 6.178.800 13.298.900

Salvador 5.644.600 17.188.6U0 22.833.200

Ces chiffres ne se rapportant pas tous à la même année ; le total général ne peut être que très approximatif.

Le canal interocéanique. — LMsthme central américain, large à peine de 50 kilomètres dans sa partie la plus étroite, suffît à séparer entièrement i'une de Tautre les côtes opposées du double continent. L'inconvénient est aggravé encore par la forme même de rAmérique raéridionaley qui va se prolongeant en pointe dans la direction du sud, plus loin qu aucun autre continent. Aussi est-ce par Tisthme de Panama que se sont nouées dès Torigine les relations avec le Pérou et toute la côte occidentale de l'Amérique du Sud. Plus tard, ça été la grande route des émigrants qui affluaient vers les mines d'or du Mexique ou de la Californie. C est même pour rendre à ces derniers la traversée plus facile et plus rapide, qu'on construisit, vers 1850, une voie ferrée entre Colon et Panama. Mais à mesure que se développait et que se peuplait le Par-West, à mesure que les anciennes colonies espagnoles du sud gagnaient en prospérité et étendaient leur commerce, le besoin d'une voie de jonction, qui évitât aux navires la longue route du cap Hom, se faisait sentir tous les jours davantage. Toutefois, ce n'est qu'après l'achèvemeiit du canal de Suez qu'on entreprit sérieusement les premières études préliminaires.

Cinq voies principales ont été tour à tour proposées :

Le projet, cher aux Mexicains, qui traversait leur territoire par le seuil de TehuonlepeCy n'a jamais été pris en considération; Tisthme est trop large et trop élevé.

La voie du Nicaragua est au contraire une de celles qui méritent le plus d'être étudiées. La vallée de San-Juan offre un sillon naturel très favorable à la construction d'un canal. Le vaste lac de Nicaragua, qui formerait à peu près bief de partage, n'est d'autre part séparé de Tocéan Pacifique à la hauteur de Rivas que par un seuil de 46 mètres d*élévation. C'est le plus bas de toute l'Amérique centrale ; mais le canal, de part et d'autre, est nécessairement à écluses.

L'isthme de Panama proprement dit est large de 56 kilomètres seulement et la vallée du Hio-Chagres peut être suivie sur la moitié du parcours ; mais le col de la Culebra est à 83 mètres au-dessus du niveau des mers.

La ligne qui réunit le golfe de San-Blas sur l'Atlantique à l'embonehure du Bayano sur le Paciflque, est la partie la plus resserrée de l'isthme entier. La largeur n'atteint à cet endroit que 50 kilomètres, mais il fiuit franchir un seuil beaucoup plus élevé qu'à Panama ; un tunnel de l€ kilomètres eût été nécessaire.

Enfin, plusieurs projets menaient un canal à écluses entre le golfe de Darien et l'océan Pacifique en suivant divers itinéraires.

Nous n'avons pas à examiner dans le détail les avantages et les inconvénients techniques que présente chacune de ces voies. D'ailleurs deux projets seulement restaient et sont encore en présence à l'exclusion de tous autres, la voie du Nicaragua et celle de Panama. La première est patronnée chaudement par les Etals-Unis, désireux avant tout de faire concurrence à une entreprise*qui n'est pas exdusi-

vement la leur. Nous n'avons pas à faire Thistoire des tentatives qui ont été faites en France, pour exécuter le second et de Téchec, peut-être provisoire, qu'elles ont subi. En somme, quel que soit le tracé adopté, et Nicaragua semble l'emporter pour le moment, Tisthme sera tôt ou tard percé.

Quels sont donc les avantages que le commerce est appelé à retirer de rouverture de cette nouvelle voie maritime ? On a souvent comparé Suez à Panama. Il suffit de jeter les regards sur une carte du monde pour constater au premier coup d'œil combien est différente la situation de Tun et l'autre côté. Le canal de Suez ouvre une voie, incontestablement plus courte et plus économique, vers toute une moitié de l'Afrique et surtout vers l'Extrême-Orient, c'est-à-dire vers les régions où est massée près de la moitié de la population du globe entier. De plus, l'isthme est situé pour ainsi dire au centre de l'ancien monde, au milieu des terres, à l'endroit précis où les trois continents d'Europe, d'Asie, d'Afrique se rapprochent le plus l'un de l'autre. Enfin, conséquence directe de cette disposition générale, la route suivie par les navires passe entre les continents du nord et du sud, Europe et Asie, Afrique, et Australie en longeant les côtes et ne s'en écartant jamais sensiblement, de sorte que les steamers peuvent prendre et débarquer des marchandises sur tout le trajet. La route de Panama est précisément tout l'opposé ; l'isthme est au centre des mers et les deux continents américains semblent s'écarter pour lui faire place. 11 s'ouvre de plus sur un océan vide : les archipels disséminés dans le Pacifique sont tout au plus des points de relâche et ne pourront jamais, quelque développement qu'ils prennent, alimenter un grand commerce. De Londres à Sydney, on gagne à peine 2 ou 300 lieues par la route de l'ouest, mais les navires préféreront toujours à celte voie déserte, où les Antilles sont la seule escale importante, le grand chemin des Indes.

Reste donc l'Amérique elle-même : il est certain qu'entre l'Europe et surtout l'Amérique orientale dune part, et l'Amérique occidentale d'autre part, les relations deviendront de plus en plus actives. Le canal est appelé lui-même à leur donner un grand essor : c'est le véritable avenir du canal et sa vraie raison d'être. On remarquera seulement qu'entre les deux versants qui séparent l'isthme, il n'y a guère équilibre. L'Amérique entière est tournée vers l'Atlantique, et quelque grande que devienne la prospérité de la Californie ou du Chili, ces pays ne formeront jamais qu'une bande étroite de littoral dont les forces productives sont nécessairement très limitées. Le canal ouvrira sans doute aux navires de New- York la route de l'Australie et de la Chine, mais les produits industriel» du centre et même de l'est des États-Unis pourront trouver avantage» grâce à la concurrence que se font entre elles les lignes transcontinentales et à l'abaissement prodigieux des tarifs, à gagner directement San- Francisco, au lieu d'aller s'embarquer dans un des ports de l'Atlantique; de même les produits californiens pourront être dirigés sur Galveston ou la Nouvelle-Orléans. Il ne faut pas oublier en effet qu'un droit de

passage très élevé sera forcément perçu sur le canal, en raison même de tous les obstacles qu'aura rencontrés son exécution.

On voit qu*i] faut se garder d'exagérer l'importance et les chances d avenir du canal interocéanique. 11 est certain pourtant que ce canal se fera et qu'un courant commercial plus ou moins vaste suivra la voie nouvelle ; il n'est pas moins certain que plusieurs pays d'Amérique y trouveront un grand avantage et verront leur prospérité s'accroître rapidement ; ceci est surtout vrai pour les Ëtats-Unis, dont les ports orientaux verront arriver la plus grande partie des produits de l'Amérique sud-occi- -dentale qui vont aujourd'hui encore dans les ports européens; c'est pour la Nouvelle-Orléans et même New- York que le raccourcissement de la route sera le plus considérable, et il est permis de croire que ces ports en profiteront.

Bref, la Méditerranée américaine ne peut rester un cul-de-sac, pas plus que la Méditerranée de l'ancien monde, mais il fallait montrer la différence profonde qui distingue les deux entreprises. Un mot la résume : le canal de Suez sert à peu près exclusivement au commerce des vieux continents, le canal de Panama jouera le même rôle et dans les mêmes limites vis-à-vis des deux Amériques. Mais il y a entre eux toute la différence qui sépare les deux mondes. En tout cas, il s'agit ici d'une affaire purement américaine, de la réalisation de laquelle les puissances commerciales de l'Europe ne tireront aucun avantage ; bien au contraire. «Ile ne peut que contribuer à accentuer l'hégémonie politique et commerciale des États-Unis du nord, sur tout le Nouveau-Monde.

2* Les Antilles.

La qualité d'Ile est, on le sait, une des conditions qui favorisent le plus le peuplement et la colonisation des terres, l'intensité de leur force productive, le développement en un mot de leur prospérité. Les Antilles -en sont un excellent exemple.

Agriculture. — Les Antilles sont avant tout une région de raractère agricole et les produits de la culture sont leur principale ressource. Elles jouissent pour ainsi dire d'un printemps perpétuel : comme dans tous les pays des tropiques, les variations de climat d'une saison à l'autre sont peu considérables et la puissance de végétation ne s'interrompt jamais. Le soleil est ardent et mûrit tous les fruits, mais les extrêmes de température sont en général adoucis par l'influence de U brise marine et des souffles réguliers de l'alizé. L'humidité est abondante: mais les précipitations se déversent surtout sur le versant nord dans les grandes Antilles, sur la côte orientale dans les Iles du Vent. Toutefois, le relief est presque partout assez puissant pour donner naissance à un ruissellement actif et continu, qui compense dans la région moins favorisée, où ne soufflent pas les vents humides, les inconvénients de la position. C'est enfin grâce à l'œuvre érosive et aux apports de ces torrents, que les plaines basses sont recouvertes d'une couche d'alluvionsprodigieu-

INDES OCGlDEiNTALES. 781

sèment fécondes ; dans les parties plus hautes le sol chaud et léger formé de débris de roches volcaniques, est presque aussi riche.

Il faut cependant dire que ces lies si merveilleusement comblées des faveurs de la nature ont parfois à souffrir d'accidents terribles, qui détruisent les récoltes et causent d'immenses désastres : tremblements de terre, raz de marées, cyclones, etc.

Fait curieux, toutes les terres susceptibles de culture ne sont pas exploitées. Dans les lies les plus riches, comme Cuba, la Jamaïque, la Trinité, de vastes espaces pourraient s'ajouter encore aux plantations existantes. Inutile l'ajouter que dans les États constamment troubléspar les factions politiques, comme Haïti, l'agriculture ne trouvant ni encouragement ni protection reste très négligée et très arriérée.

Les hautes régions de la montagne sont recouvertes d'une magnifique végétation forestière, qui descend souvent presque dans la zone basse. Les lies Lucayes sont encore en grande partie boisées, et bien que le défrichement ait fait de grands ravages dans l'Ile de Cuba, les forêts occupent encore le tiers de la superficie totale. Tous les bois d'ébénisterie et de teinture abondent dans ces forêts des Grandes Antilles : bois de campêche, bois jaune, bois d'acajou, bois de gaiac. La Guadeloupe et la Martinique sont riches en bois de fer, si recherché pour les constructions.

Un fait caractéristique aux Antilles, comme dans la plupart des coloniesinsulaires des tropiques, est que, devant les revenus considérables qu'ont donnés pendant quelques années les cultures « coloniales », les planteurs ont presque partout renoncé à cultiver les plantes proprement alimentaires ou « vivrières )». Les colonies comptent sur l'importation du blé, des légumes, pour suffire à leur alimentation. Il y a là une situation grave en tous temps, extraordinairement dangereuse au cas où la mer serait fermée au commerce par une guerre. Ces lies, si riches, seraient exposées à la famine. En même temps, les denrées coloniales souffrent souvent de la concurrence qui leur font les produits industriellement fabriqués dans les pays d'Europe ; la crise que subissent depuis si longtemps les colonies sucrières n'a pas d'autre cause que la concurrence du sucre de betteraves et l'absence presque complète de « vivres ».

La canne à sucre est, dans la plupart des Antilles, la culture la plus importante, celle qui occupe le plus d'espace et le plus d'ouvriers. Mais diverses causes, dont la simultanéité n'a pas peu aggravé Tinfluence, ont arrêté pendant plusieurs années les progrès de cette culture. La suppression de l'esclavage, et la répugnance des nègres libérés à continuer le travail, en même temps que les progrès accomplis dans la fabrication des sucres de betterave, d'érable, etc., ont porté un coup très rude aux planteurs de canne. Cependant, on a essayé de lutter : on a fait appel aux Chinois pour peupler les plantations, que désertaient les nègres; on s'est surtout efforcé d'introduire partout, dans les colonies espagnoles, comme dans les Antilles françaises, les méthodes de culture intensive et de remplacer autant que possible dans les raffineries le travail humain par les

machines importées des Êtat-Unis. Les produits sont meilleurs, le rendement plus considérable, le prix de revient moins élevé. Partout de ^grands progrès sont accomplis et la production se relève ; elle atteint •environ le tiers de la production du monde entier, mais une bien plus faible partie de la consommation des sucres de toutes sortes.

C*est Cuba qui fournit toujours la plus forte part, puis les Antilles anglaises, enfin les Antilles françaises. Les résidus de la distillation sont vendus comme mélasses ou transformés en rhum (1).

La canne à sucre est la culture caractéristique des plaines basses du littoral. C'est par contre sur les pentes des mont|gnes, entre 500 et 1 200 mètres, que se trouvent les plus nombreuses plantations de café, €e sont donc les lies montagneuses qui conviennent le mieux à ce genre de culture, ce qui explique que la plate Cuba ne fournit presque pas de •café, tandis que Haïti, Porto-Hico, la Jamaïque et les Antilles françaises «n possèdent de grandes plantations. Seule, la Martinique a vu ses caféiers disparaître devant une maladie 12).

Nous connaissons déjà les conditions de culture du cacao: c'est la Trinité, qui, dans les Antilles, en entretient les plus vastes plantations et qui en produit les meilleures sortes. Toutes les lies montagneuses en fournissent d'ailleurs, mais en quantité plus ou moins forte : Haïti, Martinique, Guadeloupe, Sainte-Lucie, etc.

La culture du tabac, qui est aussi une grande source de revenus pour les Indes occidentales, est à peu près concentrée dans les Grandes Antilles, mais elle a beaucoup souffert de Témancipation des esclaves ; les bras manquent, les plantations sont moins soignées, les feuilles moins bien préparées. La fabrication des cigares s'est ralentie. On connaît la réputation de la Havane, par où s'exportent d'ailleurs nombre de ballots démarqués venus de la Floride, de l'Amérique centrale ou des iles voisines.

(I) Culture de la canne à sucre:

Superficie. ExporUUoD.

Cuba (1893-94) (production) 1 .054.214 tonnes.

dont exportées aux États-Unis 96S.000 —

Porto Rico (1894) I4.8ôî.i00 francs.

Guadeloupe et dépendances 25. 4U0 hectares. 43.732 tonnes.

Martinique » — S4.6S1 —

Bnrbades 12.120 — 157.080 hectol.

Jamaïque et dépendances 12.726 — i*

Trinité et Tabago 23.634 —

République Dominicaine » 0.000 tonnes.

<2) Culture du café :

Superficie. ProdaeUon.

Porto-Rico (ex portalion) » 5i . 725 . 800 francs.

Guadeloupe et dépendances 3.500 hect. »

Martinique » 90.000 kilog.

Jamaïque 9.049 hect. »

Trinité et Tabago 38 . 380 — (avec cari») »

République Dominicaine • — 387 tonnes.

G'esl la République Dominicaine qui fournit ensuite la plus grande <}uanlilé des tabacs ; les Antilles françaises ont tenté de remédier pendant quelque temps à la crise sucrière par la culture de cette plante, mais, malgré les résultats atteints, y ont presque renoncé (1).

Les autres cultures n'ont pas grande importance, le climat est trop humide pour que le coton réussisse en grand ; la vanille, la muscade, le pimenta sont cultivés çà et là ; le gingembre réussit à la Jamaïque, qui fournit aussi un peu de quinquina, auquel conviennent les pentes très ^irroaées de ses montagnes.

Les Antilles ne sont pas en général favorables au développement de Vélevage. Le bétail n'a de chance de prospérer que dans les régions de montagnes où s'étendent de plantureux herbages, dans Test de Cuba, à Haïti, à Saint-Domingue, dans les Petites Antilles. Il est au reste fort peu nombreux encore et tend plutôt à diminuer.

L&p^c^e est l'occupation principale des habitants des lies Bahama: on s'y adonne aussi très activement sur les côtes de la Jamaïque. Les tortues, recherchées pour leur écaille, sont pour le commerce le produit de la pèche le plus important. On recueille aussi beaucoup d'huîtres.

ËD somme, l'agriculture, très prospère aux Antilles, ne s'applique qu'à un nombre restreint de plantes. Ces lies offrent le curieux spectacle de terres consacrées à peu près exclusivement à trois ou quatre cultures, très rémunératrices par moment, mais sujettes à des crises graves.

Indnstrie. — Ce sont, comme bien l'on pense, ces quelques produits ^ui alimentent en première ligne Tindustrie des lies. Les raffineries de sucre, les usines pour la fabrication du rhum, du tafia, pour la préparation du café, de la vanille, le travail des bois, les manufactures de tabac et les fabriques de cigares, sont les plus nombreux établissements.

Les produits minéraux sont abondants, mais peu exploités. Le cuivre, Targenly le plomb, le zinc, le fer ont été signalés sur plusieurs points, notamment à Cuba et à la Jamaïque ; mais on n'a jusqu'à ce jour tiré aucun parti de ces richesses. L'ile de la Trinité donne de Vasphalte. Le sel se recueille sur les côtes des îles Lucayes et des lies Sous-le- Vent : enfin, -de vastes gisements de guano sont exploités activement dans la République Dominicaine.

Les carrières abondent; mais bien que le marbre de l'tle de Cuba soit d'un très beau grain et facile à extraire, la main-d'œuvre est si chère et les voies de communication si défectueuses encore, que l'on ne l'exploite pas.

Voies de commanication ; commerce. — Les moyens de transport laissent encore fort à désirer dans l'intérieur de bon nombre d'iies; mais ce

(1) Culture du tabac :

ProducUon.

Cuba (1893), exportation ^27 . 865 balles.

— cigares (181)4) 134.210.000 cigares.

— cigarettes ( 18'J3) 39.58 1 .OuO paquets.

Porto-Rico (I89i), exporlation.... 3.437.500 francs.

8ontbien entendu les lies les plus vastes qui sont le plus dépourvues. Beaucoup de districts au sol excellent n'attendent que des chemins pour recevoir des colons et donner d'abondants produits. Les routes sont rares et mal entretenues. Il faut faire exception pour la Jamaïque que les Anglais ont dotée de bons chemins. Dans les Antilies espagnoles, et spécialemeDl à Cuba, de grands progrès ont été accomplis dans ces derniers temps, depuis la crise des sucres. La métropole a tenu A honneur de contriboer pour sa part, dans la mesure du possible, au relèvement de ses colonies. Mais à Haïti, à Saint-Domingue et dans la plupart des autres lies, les chemins ne sont que des sentiers, tout au plus accessibles au bètes de somme.

Les chemins de fer existent aux Antilles, mais n'ont pas encore atteint un grand développement. Cuba en possède la plus grande longueur, les principaux ports sont reliés entre eux et avec les viUes de Tintèriear, puis viennent les Antilles anglaises (1).

Mais c'est natureÛement la mer qui est la grande voie de communication entre les lies et entre les diverses parties de la même lie. Le eatotoge est assez actif.

Le commerce extérieur est alimenté d'un côté par la vente à rétranger des produits coloniaux, sucre, café, tabac, cacao, et de bois ; de l'autre par l'achat en retour des matières alimentaires, destinées à subvenir à l'excédent notable de la consommation sur la production locale, et d'objets manufacturés de toute nature.

Les Antilles espagnoles font la plus grande partie de ce commerce, pots viennent les colonies anglaises, et en particulier la Trinité et la Jamaiqoe; les Antilles françaises font un commerce relativement actif, eu égard à leur superficie.

Le sucre contribue pour plus de la moitié à la valeur totale de VexpertatioTij surtout si on y joint des produits secondaires, mélasse, rhum, etc. Le tabac, le bois, le café, le cacao sont ensuite les articles de commerce les plus importants. Il faut citer encore les épices, piment, gingembre, muscades, un peu de vanille, les peaux, le miel et la cire, les écailles de tortue.

Les f( vivres » de toutes sortes sont le principal contingent des imparia' tioru: maïs, blé, farine, bétail et viande conservée, poisson salé et notamment la morue, qui entre pour une large part dans l'alimentation des nègres, beurre et fromages, boissons. Les bois communs de construction sont aussi importés pour une forte valeur; enfin les tissus de coton et de soie et les produits manufacturés les plus divers.

(I) Chemins de fer:

Cuba 1 .609 kilomètres.

Porto-Rico 19 —

Antilles françaises 19 — (Martinique).

Antilles anglaises 316 —

République Dominicaine US ~

Ce sont les États-Unis ^ dont les Antilles sont véritablemenl la colonie tropicale, qui font dans ces lies et particulièrement dans les possessions espagnoles et françaises, et dans les deux républiques indépendantes de Haïli et de Saint-Domingue, le plus grand nombre d'affaires. Ce sont eux qui achètent la plus grande partie des sucres de Cuba, des cafés de Haïti ; ce sont eux en revanche qui fournissent la plupart des Antilles de céréales et des produits divers de l'élevage, de bières et d'eaux- de-vie, de bois,

L'Angleterre fait à peu près la totalité du commerce de ses colonies Elle envoie dans les autres lies, en retour, des denrées coloniales, des toiles et des cotonnades. Le Canada y expédie des bois et du poisson.

La France reçoit les deux tiers des produits de la Guadeloupe et de la Martinique, mais ne participe que pour un peu plus d'un tiers à l'importation dans les mêmes lies. Dans les autres Antilles nous envoyons des soieries, des draps fins, des vins, mais nous sommes primés pour tous les articles communs par l'Amérique, l'Angleterre, FAllemagne.

UEspiigne, dont le drapeau flotte sur les plus belles et les plus prospères des Antilles, n'en retire presque aucun avantage pour son commerce. Les produits de son industrie ne peuvent, on le comprend, lutter contre la concurrence américaine ; les sucres et les autres denrées coloniales trouvent d'autre part aux États-Unis un marché beaucoup plus vaste et plus sûr que dans la métropole elle-même.

Les bons ports, qui reçoivent surtout des navires anglais ou yankee, sont nombreux aux Antilles; quelques-uns, comme La Havane, Fort-de- France, comptent parmi les meilleures rades du monde. Mais le grand entrepôt de ces lies, le centre de leur commerce et de leurs relations avec le reste du monde, c'est le port franc de Saint-TkomaSy que recommandaient à la fois l'excellence de son mouillage et sa position à l'entrée de la Méditerranée américaine. C'est là que convergent tous les steamers qui font le service spécial des Antilles, au départ do New-York, de Southampton, de Saint-Nazaire, de Hambourg; c'est de là que partent les lignes secondaires, qui desservent d'une part les grandes Antilles jusqu'à Belize ou Vera-Cruz, de l'autre l'Amérique centrale, et, par Colon, les États du littoral Pacifique de l'Amérique du Sud, enfin les lies du Vent, jusqu'à la Trinité. Le mouvement se produit également en sens inverse, de sorte que Saint-Thomas reçoit aussi bien tous les produits coloniaux de l'Amérique centrale, que les marchandises venant de l'étranger; c'est là que s'échangent et que se répartissent suivant les diverses destinations, les correspondances, et les denrées. Le port de l'Ile danoise est aussi, bien entendu, un grand dépôt de charbon.

En somme, les Antilles sont caractérisées par une puissance de végétation prodigieuse, par une admirable variété de sols, de climats, de productions. Mais on n'a pas encore tiré de ces lies tout le profit qu'elles peuvent donner; leur population, trop peu dense, pourrait s'accroître considérablement et le champ d'exploitation s'agrandir. Ce sont surtout les républiques indépendantes de Haïti et de Saint-Domingue qui sont restées en arrière et réclament une vigoureuse impulsion, que leur gou- Géographie économ. 50

vcrnement instable et peu solide ne peut réussir à leur donner; il faut y introduire des bras et des capitaux, y construire des routes et des chemins de fer, y fonder des centres d*expIoitation agricole et des usines. Or, on doit se souvenir que la France a jadis possédé ces terres ; les sympathies y sont encore vives pour notre langue et notre pays (1).

(1) Commerce des Antilles:

Antilles Espagnoles.

Importation». Exportations. Total.

Cuba 281.325. 000 fr. 448,î60.000 fr. 729.585.000 fr.

d'Espagne 91.765.000 » »

des Etats-Unis 81.231.000 » *>

de Grande-Bretagne... 61.255.000 »

Produits végétaux • 425.000.000 »

— minéraux... » 17.425.000 >

— animaux.... » 4.858.000 »

Mouvement des ports : Entrées : 3.181 navires Jaugeant 3.538.539 tonneaux. Importations, Exportations. Total.

Porto-Rico (1892) 85.400.000 fr. 80.375.000 fr. 165.775.000 fr.

De ou pour l'Espagne. 24.108.0(;0 21.288.000 45.396.000

Mouvement des ports (1892) :

Entrées et sorties réunies . 2. 166 navires jaugeant 2.071 . 158 tonneaux.

Antilles Anglaises.

Importations. Exportations. Total.

Échanges de 1893 174. 610.000 fr. 173.270.000 fr. 347.880.000 fr.

Mouvement des ports 8.136.996 tonneaux.

Dont 6. 375.268 — s. pavillon anglais.

Antilles Françaises (1893).

Importations. Exportations. Total.

Guadeloupe 19.980.000 fr. 14.481 .000 fr. 34.461 .000 fr.

Martinique 32.747.000 22.631.000 55378.000

Totaux 52.727.000 37.112.000 89.839.000

Mouvement des ports de la Guadeloupe :

Entrées 560 navires de 254.630 tonneaux.

Antilles Danoises.

Importations. Exportations. Total.

Échanges de 1894 543.200 fr. 470.400 fr. 1.013.600 fr.

Presque tout de ou pour la Grande-Bretagne.

Antilles Hollandaises.

Importations. Exportations. ToUK

Échanges de 1893 8.642. 760 fr. ? ?

Mouvement des ports 2.992 navires Jaugeant 475.776 tonneaux.

République Dominicaine.

Importations. Exportations. Total.

Échanges de 1894 7.529.000fr. 13.995.000 fr. 2l.524.0o0 fr

Surtout avec les États-Unis.

Mouvement des ports 383 navires jaugeant 204.786 tonneaux.

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