CONCLUSION
L'antagonisme du Nouveau-Monde et de l'Ancien n^est qu'un épisode de la marche des sociétés humaines vers une meilleure répartition des richesses, vers une sorte de nivellement des conditions du progrès. Du moins Téquilibre devient rapidement meilleur entre les ressources naturelles d'un pays et le sort des humains qu'il porte et nourrit. Les découvertes scientifiques qui permettent une mise en valeur prompte et complète de ces ressources naturelles, tombent plus vite que jadis dans le domaine public des nations: l'application suit de près Tidée. Nous sommes loin et nous nous éloignons, d'un irrésistible élan, à grande distance du temps des privilèges industriels et des spécialités commerciales. Si c'est chimère de penser que chaque peuple se suffira dans un prochain avenir, c est bon sens de voir que les monopoles, les prépondérances s efTacent, que l'activité économique devient plus générale et mieux répartie chez les humains.
Le privilège gagné par la Grande -Bretagne à la suite des grandes guerres maritimes et coloniales de la fm du xvni* et du début du XIX* siècle, est fort ébréché par la concurrence des Élats-Unis d'Amérique du Nord, de l'Empire allemand et de tant d'autres nations en plein essor; le développement même des colonies Britanniques, leurs progrès industriels, les font passer du rôle de clients à la condition de producteurs. Partout s'ouvrent des manufactures rivales de celles de l'Europe de l'ouest et du centre; partout se forment sous de nouveaux pavillons, hier à peine connus, des flottes commerciales. Le Japon envoie ses premiers paquebots vers l'Europe et le Nouveau-Monde, et émancipe son commerce plus vite encore que ne firent les États-Unis d'Amérique du Nord; Brésil, République Argentine, Chili, Canada, Australie et Nouvelle- Zélande, Colonies et États libres d'Afrique Australe, suivront l'exemple. Les grands courants commerciaux vont se partager; les grandes royautés commerciales vont s'éteindre. L'activité se sera accrue, mais paraîtra moins sensible à l'observateur superficiel, parce qu'il y aura un plus grand nombre de peuples actifs. A travers des faits plus complexes il sera pourtant aisé de démêler un plus grand nombre d'indices de bonheur humain, si du moins le bonheur est dans ce meilleur usage et ce meilleur partage des richesses naturelles et acquises. Du moins le problème sera simplifié après la fm du déséquilibre qui, aux âges précédents, sous l'influence des découvertes de continents nouveaux, a fait la richesse de quelques peuples, l'incroyable misère de quelques autres, ici une exaspération Géographie écononi. 53