francs
Total 1 . 560 . OuO . 000
La Belgique, reliée à la France par de nombreuses voies ferrées et par un réseau complet de canaux, riche en houille et en métaux, riche aussi par son agriculture, mais manquant de céréales et de vins, fait avec nous un commerce très important. Elle envoie en France une grande quantité de houille, puis des métaux, des denrées alimentaires, des bestiaux, des lissus. Ses commandes sur notre marché consistent en céréales, vins, tissus de laine et de soie, bestiaux. Les relations entre la France et la Belgique se sont ralenties pendant la dernière période décennale (1).
V Allemagne arrive au troisième rang parmi nos correspondants. Elle nous envoie ses houilles, ses bois, ses sucres, ses peaux, puis des alcools, des tissus, des bières, des objets manufacturés en grand nombre. Ce commerce est stimulé par le grand nombre des Allemands qui résident en France ; en revanche Texpulsion générale des Français d*Alsace-Lorraine, les rigueurs de tout genre exercées par les autorités allemandes dans ce pays que tant de b'ens unissaient à nous même après lannexion, ont porté un préjudice considérable au commerce franco-allemand. Les importations allemandes sont tombées de 462 à 374 millions de 4883 à 4885; les exportations françaises en Allemagne de 326 à 300 millions pendant le même laps de temps. En outre, l'ouverture du tunnel du Saint-Gothard a rapproché Tltalie de TAllemagne, et de ce rapprochement économique et politique à la fois.
Daail des principales importations britanniques en Frauce :
HouiUe 14.000.000 fr.
Laines 6&. 000.000 —
Tissus de laine 42.000.000 —
Métaux 38.000.000 —
Détail des principales importations françaises en Grande-Bretagne :
Machines 20.000.000 fr.
Tissus de coton. . . . 17.000.000 — Produits chimiques. 19.000.000 —
Tissus de soie. . . . 117.000.000 fr.
Tissus de laine... 1S3.000.000 — Peaux et ouvrages
en peaux 77.000.000 —
Beurres 60.000.000 —
Vins 51.000.000 —
Eaux- de- vie et liqueurs 41.000.000 fr.
Œufs 36.000.000 —
Tabletterie et bimbeloterie 34.000.000 —
Sucres 30.000.000 —
(1] Commerce franco-belge (1892) :
Importations en France 388 . 000 . 000 francs .
Exportations de France 502 . 000 . 000 —
Total 890.000.000 "^
Détail des principales importations belges en France :
Houi^lle 67 .000.000 francs.
Laines 6l.0u0.000 —
Détail des principales exportations françaises en Belgique :
Laines 82.000.000 francs.
Tissusde laine 37.000.000 —
Vins..'. 27.000.000 -
Vêtements et lingerie 25.000.000 —
il est résulté que 1 Italie a demandé à rAllemagne ce que jusqu'à ce jour elle prenait chez nous, et que réciproquement TAllemagne a fait venir dltalie des produits longtemps achetés en France, comme les vins, les huiles d*olives, les fruits, etc.. On conçoit d ailleurs aisément que les relations d'échanges commerciaux soient exposées à moins de troubles, lorsqu'elles sont nouées entre deux pays de latitude et de production différentes; il y a moins de chances de rupture puisqu'il y a moins d'opposition d'intérêts entre les nationaux des deux pays (1).
Le principe de nos rapports de trafic avec les Étais-Unis d'Amérique est tout différent. La grande république, comme les autres États du continent américain, est dans une condition transitoire qui produit précisément un gigantesque courant commercial d'est en ouest. Les États- Unis ne sont ni assez peuplés encore pour absorber l'énorme provision de matières premières et de produits agricoles que donne leur sol si riche, ni assez avancés en civilisation industrielle, malgré de rapides progrès, pour se passer de l'ancien monde. C'est comme une Europe qui n'aurait que 62 millions d'ht)mmes pour exploiter ses ressources agricoles et industrielles. Les États-Unis nous envoient des céréales, du coton, des viandes conservées, du tabac, du pétrole; ils reçoivent de nous des étoffes de soie et de laine, des vins et des objets manufacturés. Mais nos échanges avec les États-Unis, et surtout nos ventes diminuent par suite de deux causes : d'abord les progrès de l'industrie américaine sont si grands qu'ils ont amené les Yankees à fermer le plus possible leurs frontières à l'importation européenne, et nous ne sommes pas les seuls à en souffrir; d'autre part, l'importation allemande gagne du terrain, depuis une trentaine d'années, grâce aux nombreux Allemands qui abandonnent leur pays surpeuplé pour aller chercher fortune au delà de l'Atlantique. Ces hôtes des États-Unis restent liés à leur ancienne
(I) Commerce franco-allemand en 189Î:
Importations en France 337.000.000 francs.
Exportations de France 355 . 000 . 000 —
Total 692.000.000 —
Détail des principales importations allemandes en France
Houille et coke 28.000.000 fr.
Papiers, cartons, livres, gravures... 20.000.000 —
Tissus de coton.... 12.000.000 fr.
Peaux brutes 16.000.000 —
Détail des principales exportations françaises en Allemagne :
Vins 27.000.000 fr.
Bestiaux et chevaux. 13.000.000 — Peaux 28.000.000 —
Tissus de soie 19.000.000fr.
Tissus de laine 12.000.000 —
patrie, et amènent une augmentation du commerce germanique dans leur nouveau pays (1).
UEspagne^ dont les transactions avec la France avaient beaucoup augmenté jusqu'en 1892, les a beaucoup restreintes depuis cette date. Elle a en effet répondu à notre nouveau tarif douanier par des tarifs correspondants, et les échanges se sont beaucoup ralentis de ce fait.
Ces échanges portent sur des produits de catégories bien tranchées. Notre marché fait venir d'Espagne des métaux, plombs et autres minerais, des fruits, olives, oranges, citrons, des vins fortement alcoolisés. L'Espagne dont la richesse se développe, après de longues épreuves, achète nos tissus de laine et de soie et divers objets manufacturés. 11 faut ajouter que les capitaux français ont été associés dans une large mesure à l'œuvre de la rénovation industrielle de l'Espagne, en particulier aux travaux publics, constructions de voies ferrées, de ports, exploitation des mines, etc. (2).
La Suisse, eu égard à sa superficie et à sa population, entretenait avec la France des relations d'une activité remarquable. Mais les nouveaux tarifs de 1892 ont amené une sorte de levée de boucliers en Suisse, contre tous les produits français ; on a rais une sorte de patriotisme à ne plus acheter nos produits, aussi les transactions ont-elles baissé d'une façon tout à fait significative : tandis que, en 1891, nous achetions pour 103 millions de francs d'objets venant de Suisse, en 1893, le chiffre de nos achats s'était abaissé à 6S millions. En juil-
(I) Commerce de la France avec les États-Unis (1892) :
Importations en France 633 .000 . 000 francs.
Exportations de France 240.000.000 —
Total 773.000.000 francs.
Détail des principales importations américaines en France :
Céréales (graines et farines) 234 . 000. 000 francs.
Coton et laine 163.000.000 —
Détail des principales exportations françaises aux États-Unis :
Tissus de laine 29.900.000 francs
— de soie 26.000.000 —
\i] Commerce franco-espagnol en 1892 :
Importations en France 277.000.000 francs.
Exportations de France 134.000.000 —
Total 4 1 1 . 000. 000 francs.
Détail des principales importations espagnoles en France :
Vins 184.000.000 francs.
Plomb 16.000.000 —
FruiU de table 14.000.000 —
Détail des principales exportations françaises en Espagne :
Tissus de laine 11.000.000 francs.
Chevaux, tocs, mulete 10.000.000 -
iet 1895, les deux uations se sont entendues pour faire cesser cet état de choses déplorable et abaisser leurs tarifs douaniers. La Suisse recerait de nous des céréales, vins, tissus de coton, soie et laine, et envoyait cd France des tissus de soie, des bois, des bestiaux, des articles d'orfèvrerie (1).
L'Italie avait, avant 1887, une position tout à fait avantageuse sur le marché français. Elle y exportait des produits pour une valeur dépassant souvent 400 millions, céréales, huiles d'olives, vins, métaux, soies brutes, riz, etc., et ne recevait que 170 ou 180 millions de marchandises françaises, tissus de laine et de soie, cotonnades, vins, sucres, denrées coloniales. Les relations sont restées très faibles depuis cette époque, bien que les nouveaux tarifs de 1892 soient, à certains égards, moins élevés que les tarifs différentiels appliqués de 1887 à 1892. Cette situation est mauvaise pour les deux pays, mais surtout pour Tllalie, car, si celle-ci peut trouver en Allemagne les produits qu'elle achetait autrefois en France, elle ne peut y vendre ses vins dont les Allemands, buveurs de bière, ne font qu'une très faible consommation. Par contre, la France, obligée de chercher ailleurs les produits caractéristiques de la zone méditerranéenne, les a trouvés en Algérie et en Tunisie; ce nouvel état de choses ne peut que profiter au développement de nos deui colonies africaines, et elles en ont largement bénéficié.
Aussi, tandis que beaucoup d'Italiens demandent que les relations économiques reprennent avec la France, celle-ci n'est pas aussi pressée de les renouer, toute modification ne pouvant que nous être dèfavorabk. Notre place est prise sur les marchés italiens par l'Allemagne et TAutriche ; les produits italiens, par contre, ne sont pas encore complètement remplacés chez nous par ceux de l'Algérie et de la Tunisie (2).
(1) Commerce franco-suisse en 1892 :
Importations en France 91 .000.000 francs.
ExportatioDS de France 221 .000.000 —
Total (avant la rupture) 318.000.000 francs.
Détail des principales importations helvétiques en France :
Tissus de soie 18.000.000 francs.
— de coton 6.900.000 —
Détail des principales exportations françaises en Suisse :
Soie 56.000.000 francs.
Vins 15.000.000 —
Bestiaux 18.000.000 —
Tissus de soie 10.000.000 —
(i) Commerce franco-italien en 1892 :
Importations en France 132.400.000 francs.
Exportations de » ^ . . 132.600.000 —
Total 265.000.000 francs.
La Russie a commencé, depuis quelques années, à lier des relations assez actives avec la France. Ces relations, dont l'importance est au moins aussi grande au point de vue politique qu'au point de vue éco> nomique, sont encore pour le moment plus avantageuses pour la Russie que pour nous, mais elles ne peuvent que s'améliorer à la suite de la convention commerciale franco-russe du 17 juin i893.
La Russie, grand pays agricole et forestier, nous vend les produits de sa terre noire, elle ne nous achète guère encore que des vins et des objets de luxe (i).
Parmi les autres pays européens qui sont en relations commerciales avec la France, il faut encore citer V Autriche-Hongrie qui, en 1892, nous a vendu pour 62 millions de francs de produits, dont 20 millions de bois, et qui nous a acheté pour 46 millions de produits manufacturés de luxe.
Priiuâpaïuc pays extra-earopéena en relations commerciales avec la France. — Nous pouvons maintenant résumer en quelques traits Tétat des rapports économiques de la France avec les principales régions du monde extra-européen. La France y va chercher des matières premières, et vend ses produits industriels.
Notre pays atteint VAsie antérieure, Anatolie et Syrie par ses ports de la Méditerranée. Le commerce français avec les Échelles du Levant, si prospèi-e jadis, a quelque peu diminué depuis le commencement du siècle, à cause de la concurrence croissante de rAutriche-Hongrie ,
Détail des principales importations italiennes en France :
Soie 34.900.000 francs.
Vins 10.800.000 —
Huiles d'olives 6. 500.008 —
Chanvre 6.000.000 —
Détail des principales exportations françaises en Italie :
Soie 49.000.000 francs.
Tissus de laine 9.000.000 —
Coup d*œil rétrospectif sur le commerce franco-italien :
En 1876 plus de 827.000.000 francs.
En 1893 262.000.000 —
En 1888 la baisse était déjà de 50 p. 100
En 1893 elle était de 70 p. 100
(Ij Commerce franco-russe en 1893 :
Importations en France 161 .000.000 francs.
Exportations de — 71.000.000 —
Total 233.000.000 francs.
Détail des principales importations russes en France (1892) :
Céréales (grains et farines] 59.000.000 francs.
Lin brut 44.000.000 —
Bois 15.000.000 —
Notre principale exportation consiste en vins ... 1 . 700.000 —
(géographie économ. iO
i46 LA. FRANCE.
représentée par la puissante compagnie du « Lloyd austro-hongrois », de ritaiie, de l'Angleterre et de la Russie. Mais nos relations avec la Turquie d^Asie sont actuellement moins importantes que celles de la Grande- Bretagne seule, mais de plus de moitié. Nous avons tu comment la France est reliée à ces riches pays.
Depuis Touverture du canal de Suez, le trafic de nos nationaux s est développé avec Tlnde anglaise et Tlndo-Chine où nous avons un empire colonial. Mais du même coup tous nos concurrents de la Méditerranée, Italie, Autriche-Hongrie, Russie, et derrière eux TAUemagne, se sont trouvés rapprochés du monde Indien, Indo-Chinois et Chinois; l'Angleterre, qui devait le plus y perdre, y a gagné par un coup d'audace politique en Egypte. Si les éléments du commerce se sont considérablement accrus, il y a maintenant un plus grand nombre de copartageants que ce canal a, plus que nous, rapprochés du but. 11 est vrai que ce travail eût été fait sans nous et contre nous si nous ne Teussions accompli.
Llnde anglaise importe en France du blé, du coton, des graines oléagineuses, de rindigo, mais reçoit fort peu de produits français (1).
Llndo-Chine française en revanche 8*ouvre de plus en plus à notre influence économique, bien que notre situation dans cette colonie ne soit pas encore ce qu'elle devrait être : un quart à peine des transactions y est fait par des Français (2).
Notre commerce avec la Chine, depuis la pacification du Tonkin, tend à se développer. Longtemps il languit; et aujourd'hui encore notre pavillon ne tient que le quatrième rang dans les ports de Chine q>rès ceux de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie (3).
(1) Commerce de la France avec llnde anglaise (189?) :
Importations en France 200.900.000 francs.
Exportations de — 12.000.000 —
Total 212.900.000 francs.
Principaux produits indiens importés en France :
Graines et fruits oléagineux 78.000.000 francs.
Froment, épeautre, méteil 36.000.000 —
Coton et laine 18.000.000 —
Café 10.000.000 —
Principale exportation française dans Tlnde :
Tissus de soie 6.000.000 francs.
()) Commerce de la France avec Tlndo-Chine française (1891) : Environ 83 millions de francs.
(3) Commerce franco-chinois en 1892 :
Importations en France 135.000.000 francs.
Dont soies 114.000.000 fr.
~ tissus de soie... 10.000.000 fr. Exportations de France 3.000.000 francs.
Total 138.000.000 francs.
En Afrique notre situation est avantageuse : nous pouvons Taméliorer encore dans une forte mesure si nous tirons bon parti des pays que nous possédons ou protégeons. Algérie et Tunisie, Sénégal et Soudan, Gabon et Congo, Réunion, Madagascar et Comores, territoire d'Obock, nous offrent tous les éléments d un trafic considérable. En outre TÉgypte, malgré une occupation anglaise qui a causé le plus grand mal à notre commerce, fait des échanges avec la France pour une valeur encore assez considérable. Les importations d'Egypte consistent en céréales, fruits, denrées coloniales, coton ; les marchandises françaises qui s'y vendent le plus sont les étoffes, les vins et divers objets manufacturés (1).
Dans YAmérique du Nord^ le Canada, auquel nous rattachent tant de souvenirs, n'entretient pas avec les ports français de l'Atlantique des rapports aussi actifs qu'on l'attendrait d'un pays aussi riche. Ses bois, ses céréales, trouvent cependant un accueil de plus en plus empressé sur notre marché ; et nos produits manufacturés, nos étoffes seraient en ce pays d'un placement avantageux comme aux États-Unis (2).
Le Mexique et l'Amérique centrale développent leurs transactions économiques avec la France. Métaux précieux, bois, peaux, café, sucre de ces régions nous sont vendus en quantités croissantes ; les étoffes et produits manufacturés de notre pays y sont demandés (3).
Que dire enfin de nos relations si avantageuses avec V Amérique du Sud, avec la République Argentine en particulier? Cette . république nous vend ses bestiaux, peaux, laines, nous lui rendons en échange nos vins, étoffes, confections, etc. (4). Dans la même partie du monde,
{\} Commerce franco-égyptien en 1892 :
Importations en France 28.900.000 flrancs.
Dont le coton pour 13.000.000 francs.
Exportations de France 24.600.000 . —
Dont tissus de soie. 4 . 000 . 000 francs .
Total 53.600.000 francs.
^1 Commerce franco-canadien en 1892 :
Importations en France, près de 2.000.000 francs.
Exportations de France, près de 12.000.000 —
Total 14.000.000 francs.
[3} Commerce franco-mexicain :
Importations en France, environ 23.000.000 francs.
Exportations de France, environ 81 .000.000 —
Total 54.000.000 francs.
'ij Commerce franco -argentin en 1892 :
Importations en France 177.200.000 francs.
Dont : Laines 120.900.000 fr.
Peaux brutes. . . 27 .000.000 fr.
Céréales 16.000.000 fr.
Exportations de France 62.500.000 francs.
Dont: Vins 19.000.000fr.
Tissus de laine.. 9.000. OOOfr.
— de coton. 6.000.000 fr.
Total 239. 700.0U0 francs.
le Brésil nous expédie ses cargaisons de café, de coton, de bois, de cacao, etc. (1).
En Océanie, TAustralie, riche en laines et en peaux, contribue aussi à l'activité du commerce français pour des sommes importantes (2).
(1) Commerce franco-brésilien en 1892:
Importations en France 82.500.000 francs.
Dont: Café â5.800.000fr.
Cacao 9.200.000 fr.
Exportations de France 69.500.000 francs .
Dont : Tissus de laine. 8.900.000 fir.
Beurre salé. .. . 5.800.000 fr.
Total 152.000.000 francs.
(2) Commerce de la France avec les principaux pays (1894), en milliers de francs :
Imporlations. Eiportatioot. ToUux.
Zone franche de Savoie... 15.800 21.300 37.100
Royaume Uni 480.600 915.500 1.396.100
Belgique 371.900 478.000 849.900
Pays-Bas 35.500 47.500 83.000
Allemagne 310.300 324.600 634.900
Suisse 66.900 129.900 196.800
Espagne 176.300 108.700 285.000
Portugal 6.700 12.300 19.000
ItaUe 121.600 98.100 219.700
Autriche 87.500 14.400 101.900
Russie 282.000 23.800 305. 8U0
Pays Scandinaves 93.900 28.800 122.700
Roumanie 29.900 7.400 37.300
Turquie 94.700 52.800 157.500
Grèce 14.800 8.800 23.C00
Europe 2.188.400 2.271.900 4.460.300
États-Unis 327.000 185.800 512.800
Mexique 14.100 19.400 33.500
Haïti 49.400 14.000 63.400
Brésil 56.000 80.100 136.100
Uruguay 23.000 7.700 30.700
République Argentine 168.100 50.500 218.600
Chili 51.600 10.000 61.600
Pérou 3.600 2.200 5.800
Colombie 12.200 18.600 30.800
Autres pays d'Amérique. . 52.000 20.200 72.200
Amérique 757.000 408.500 1.165.500
Indes Anglaises 211.700 13.400 225.100
Indes orientales 24.800 3.800 28.600
Chine 97.900 2.800 100.700
Japon 49.400 12.300 61.7C0
Asie 383.800 32.300 416.1U0
Afrique 66.500 41.500 108.000
Australie 59.000 2.600 61.600
Pays étrangers 3.454.700 2.756.800 6.211.500
Transit. — En dehors des échanges proprement dits, la circulation commerciale comprend la catégorie des marchandises de transit, c'està-dire celles qui empruntent seulement notre territoire, nos voies navigables ou ferrées, nos navires, sans être Tobjet de transactions autres que le prix de transport.
Ce transit est surtout alimenté par les envois de la Suisse, de rAUemagne, de la Belgique, de l'Angleterre et de Tltalie à destination de Tun de ces pays ou des États-Unis d'Amérique. Il tend à décroître ; nous avons déjà expliqué, dans Tétude des voies de communication, par quels artifices nos concurrents essayaient d'échapper au passage de Tisthme français. Hambourg et Anvers attirent les marchandises d'Italie, de Suisse et des Pays-Bas à destination de l'Amérique. Gènes, Trieste, Salonique, disputent à Marseille le privilège d'embarquer les envois de TAngleterre à destination du Levant, des Indes, et de l'Extrême-Orient. Une réforme générale de nos canaux et voies navigables nous rendrait vite l'avantage.
Le transit représente pourtant encore une valeur de b30 millions; en 1883, il atteignait jusqu'à 662.
Capitaux. — On n'aurait qu'une faible idée de notre commerce si l'on sen tenait pour l'apprécier à ces chiffres. Il est un objet que nous exportons en grande quantité et que les statistiques ne peuvent exactement mentionner : ce sont les capitaux accumulés chez nous par l'épargne et que nous engageons dans des entreprises étrangères pour leur assurer un revenu. Il faut s'empresser d'ajouter que les étrangers possèdent aussi beaucoup en France et que leur argent s'engage aussi de plus en plus dans des entreprises françaises.
Conclndon. — Le commerce de la France, tel que nous venons de l'étudier, est considérable en somme, puisque la France tient le quatrième rang parmi les grandes puissances commerçantes du monde. Mais il a été plus considérable naguère, à une période peu éloignée de nous,
Importatioas. Exportations. Totaux.
'Algérie 207.700 199.300 407.000
Tunisie 28.400 19.900 48.300
Sénégal et golfe de Guinée. 22.700 25.200 47.900
Réunion 13.700 9.100 22.800
Ste-Marie et Madagascar. 2.500 1.200 3.700
Indes françaises 15.600 700 16.3f>0
Indo-Chine 28.200 16.700 44.900
Établissem. en Océanie.. 11.500 6.800 18.300 Saint-Pierre et Miquelon
et grande pèche 27.600 5.800 33.400
Guadeloupe 16.100 14.100 30.200
Martinique 19.200 14.400 33.600
Épaves, etc 0.400 — —
Colonies françaises... 395.700 321. .300 727.000
Totalgénéral 3.850.400 3.078.100 6.928.500
comme l'on peut s'en convaincre en jetant les yeux sur le tableau que nous avons reproduit plus haut (i).
 quoi faut-il attribuer les souffrances actuelles de notre commerce, la diminution de nos ventes à l'étranger? A ce fait que tous nos voisins tendent de plus en plus à devenir indépendants de nous en fabriquant tout ce qui leur est nécessaire, en imitant nos objets fabriqués, même en les copiant servilement, au lieu de les acheter chez nous. Or, aujourd'hui, le développement social, la facilité des correspondances, labondance des informations rendent moins importantes les inventions, moins efficaces les procédés ingénieux du style et de l'art, qui ont toujoiu*s fait honneur à notre industrie. A peine une invention est-elle trouvée qu'elle devient la proie de tout le monde : et ce qui passait autrefois pour le cachet et la marque distinctive de chaque nation est devenu chose indifférente. Il faut produire vite et à bon marché, se tenir en relations continuelles avec les acheteurs étrangers, solliciter une clientèle de plus en plus sollicitée par des rivaux, transporter i bon compte les produits de sa fabrication. Dans cette intention on développe de plus en plus son outillage national, on a de plus en plus recours aux machines, la main-d'œuvre atteignant des prix élevés. Aussi les Ëtats les plus favorisés dans cette période de lutte ardente sont-ils ceux dont le territoire recèle en abondance les matières premières, comme la houille et les métaux. Les États-Unis d'Amérique se sufQsent à euxmêmes et s'enferment chez eux, repoussant par des impôts énormes les objets de fabrication étrangère; l'Angleterre est obligée d*emprunter davantage, en particulier pour les objets d'alimentation. Mais en réalité, avec son empire colonial réparti sous toutes les latitudes, elle est aussi indépendante que les États-Unis et possède les mêmes éléments naturels de prospérité commerciale. L'Allemagne doit beaucoup plus la prospérité croissante de son industrie et de son commerce à des efforts dlntelligence et de diplomatie : mais elle jouit aussi du grand avantage d un sol riche en houille et en métaux.
Nous ne souffrons pas seuls d'ailleurs. Tous les peuples qui avaient pris l'avance en développement industriel dans la première moitié de ce siècle, l'Angleterre et nous, sont frappés, puisque les nations plus jeunes, dont la civilisation est plus récente, veulent cesser d'être clien-
(1} Ck)mmerce total des principaux États :
Grande-Bretagne 1 7 .885 millions de francs.
Allemagne 9.221 —
États-Unis 9.215 —
France 7 ,i4e —
Pays-Bas 4 .830 —
Autriche-Hongrie 3.G10 —
Russie 8.500 —
Belgique 8.318 —
ItaUe 2.279
Espagne 1 .9i0 —
œMMERCE INTÉRIEUR ET COMMERCE EXTÉRIEUR. 151
ièle, de payer tribut à leurs anciens fournisseurs, et fabriquent pour s'appliquer un gain concédé jusque-là à deux ou trois peuples privilégiés. C'est une forme du patriotisme contemporain et une révolution facile à comprendre : chacun veut être maître de ses destinées, donner à son pays l'indépendance sous tous les rapports. On n'achètera plus chez le voisin que ce qu'il sera impossible de récolter ou de fabriquer sur le sol de la patrie. Pourquoi enrichir l'étranger et laisser sans travail, sans bénéfice, l'industrie et l'agriculture nationales?
Ainsi raisonne plus d'un peuple, les États-Unis, TAllemagne, l'Italie, etc. Nous-mêmes nous avons raisonné de la même façon lorsque, en 1892, nous avons renoncé au régime des traités de commerce pour « protéger » notre industrie et notre agriculture. Quelles que soient les idées de chacun sur celte question, nous avons déjà montré que les discussions à cet égard ne pouvaient avoir qu'un mauvais résultat, celui de mettre constamment en question notre régime économique au plus grand détriment de notre commerce.
Mais un changement tel que celui qui s'est produit en 1892 ne laisse pas de produire des troubles assez graves dans le commerce d'un pays. Nos industriels et nos commerçants s'étaient habitués à vendre leurs produits à l'étranger, et, lorsque toutes les portes se sont fermées devant eux, ils se sont trouvé, avoir en magasin des stocks considérables qu'ils ne savaient comment utiliser.
Heureusement qu'un nouveau marché s'est ouvert devant nos négociants. Nous voulons parler de nos colonies, prolongements de la mère patrie au delà des mers, et que les gouvernements français ont conquises, pour la plupart, pour donner à la production française un exutoire tout indiqué et certain. Mais il s'en faut encore que tout ce domaine colonial nous rende les services que Ton peut en attendre, et cela, beaucoup par notre propre faute, nous n'avons pas fait tout ce que nous aurions pu et dû, pour nous ouvrir ces marchés et combattre la concurrence étrangère. Sur un total de 408 millions de francs d'échanges faits par nos colonies en dehors de l'Algérie, la France ne prend que 180 millions de francs, pas même la moitié! Elle ne vend même que 73 millions de francs de ses produits contre 129 millions jetés par les étrangers dans ces pays qui devraient être les clients de la mère patrie seule.
Mais le mal peut être réparé, et, si nos concitoyens s'en aperçoivent, ils trouveront là un moyen de vendre les produits de notre industrie, et de remettre la France au rang qu'elle doit occuper, et qu'elle a autrefois occupé.
Conclnaion générale sur la géographie économique de la France. — Avec ses ressources variées, malgré des désastres récents et d'autres épreuves qui n*en sont que la conséquence, la France est appelée à tenir un des premiers rangs en Europe. Nous avons essayé de montrer dans les chapitres qui précèdent les avantages et les dangers de sa situation, de sà structure physique, son état actuel tel qu'il résulte d'une longue et glorieuse histoire. Cette histoire, que l'on ne saurait représenter comme
le résultat d'une prédestination , doit beaucoup cependant aux conditions de relief, de climat, de la région naturelle qui s'appelle France. La géographie de notre pays explique en bien des points son histoire, éclaire les leçons du passé et les espérances de Tavenir.
11 est vrai que Tétude de la géographie économique, science de rapports et de rapprochements, est faite pour troubler Tesprit. La condition matérielle des peuples, le caractère de leurs rivalités changent avec une prodigieuse rapidité, trompant toutes les prévisions, surprenant Thomme le plus rompu aux affaires, le plus habitué à leurs vicissitudes.
Ainsi, au cours des derniers siècles, il y a eu un certain rapprochement des divers éléments qui contribuent à la prospérité économique de la France. C'est là un des traits de physionomie les plus frappants de la période historique contemporaine. Jadis le contraste était vif entre Tagriculteur, rindustriel et le commerçant. L'agriculteur, menant une vie isolée dans les champs, s'adonnait à un métier traditionnel dans toute la force du terme ; l'industriel, longtemps simple manœuvre, plus ou moins habile, ne se souciait point des intérêts du cultivateur, ne s'en sentait que médiocrement solidaire ; le marchand transportait et vendait ce que le^ travailleurs de la terre et les artisans mettaient à sa disposition, sans faire effort pour les encourager au progrès dans l'intérêt commun .
Une fois Tunité territoriale et l'unité morale conquises, cette condition devait se modifier profondément du jour où la science aviverait le souci de la prospérité matérielle chez tous les peuples en les condamnant à la rivalité et au progrès. L'industrie fut transformée la première : et sa transformation eut pour conséquence immédiate celle de l'agriculture et du commerce. Dire que les améliorations industrielles dues à la science ont poussé brutalement agriculteurs et commerçants dans la voie du progrès serait insuffisant. En réalité, agriculture et commerce sont devenus purement et simplement des industries. La barrière s'est abaissée entre ces trois ordres de Tactivité nationale. El la confusion ne fera que croître à mesure que le niveau intellectuel s'élèvera dans chacune des conditions entre lesquelles se répartit notre peuple.
Nous avons continué néanmoins à étudier à part l'agriculture, l'industrie et le commerce, et conservé cet ordre très rationnel en lui-même. Si ces trois modes généraux du travail national se confondent de plus en plus, il n'en reste pas moins vrai que lagriculture est dans la sujétion absolue du sol, Tindustrie déjà plus souvent dégagée de cette fatalité, le commerce plus libre encore. Mais cette vérité est toute relative, et il n'y a une gradation de ce genre que si l'on s'en tient à Tétude particulière de la condition économique d'un État. Élargissez le cercle de vos observations, comparez l'industrie et le commerce du monde entier, et vous constaterez sans relard, qu'au fond des choses, lagriculture n est pas plus enchaînée au sol que les autres manifestations de notre activité, ou plutôt que le commerce et Tindustrie subissent la même dépendance géographique que Fagriculture. C'est pourquoi, dans l'intérêt même de
notre pays, nous devons étudier le reste du monde avec le même soin que la France., L'étude économique du sol français est le premier plan du tableau, si Ton veut ; il faut d'autres plans et un cadre. Voilà pourquoi nous avons tenu à établir sans cesse des comparaisons qui sont indispensables à Tétude de la géographie.