CHAPITRE m
La France est actuellement la troisiième puissance coloniale du monde (en comptant la Russie d'Asie comme une véritable colonie). Nos possessions sont presque toutes de très récente acquisition ; mais un grand nombre de colonies florissantes dépendant aujourd'hui d'autres pays onl d'abord appartenu à la France (1).
Aperçu historique. — L'histoire de la colonisation française est longue, variée, pleine de pages glorieuses et aussi, malheureusement, de dates tristes, mais il en doit sortir au moins un enseignement pour les Français.
fiien que la France ait eu très tôt de grands navigateurs, elle est entrée assez tard, après l'Espagne et le Portugal, dans la voie de la colonisation. Les tentatives de François I*"* au Canada, avec Jacques Cartier, ne réussirent guère, celles des protestants que Coligny envoya au Brésil avec Villegagnon, eh Floride avec Ribaud, eurent un plus triste sort encore (1555-1565).
Ce n'est guère qu'avec Henri IV que des essais sérieux furent commencés. Sous ce roi, Champlain explore et commence à coloniser le Canada (1603-1608), la Guyane devient la France équatorialc, et des navires vont faire le commerce dans l'océan Indien et en particulier à Madagascar.
Richelieu continua la politique de Henri IV à l'extérieur comme sur le continent; il obtient en 1632 la rétrocession du Canada, que les Anglais nous avaient pris en pleine paix, il pousse nos colons à Madagascar (Fort-Dauphin) (2), fonde Cayenne en Guyane, occupe la Guadeloupe et la Martinique aux Antilles, et donne son premier privilège à la compagnie des Indes Orientales (1642).
Mais c'est avec les règnes de Louis XIV et Louis XV que la France devient une véritable puissance coloniale.
Colbert porte son attention sur tous les points du monde à la fois : il
(1) Il n'entre pas dans notre plan d* étudier les colonies françaises à part, et d'en faire un chapitre de l'étude de la géographie de la France ; nous nous contenterons d'un aperçu rapide de notre empire colonial, renvoyant le lecteur aux chapitres qui, dans le cours de ce volume, traitent de chacune de nos possessions extra-européennes.
(2) Les colons de Fort-Dauphin, sous la conduite de Pronis, prennent possession en 1643 de Mascareigne, appelée Bourbon depuis.
soumet le Canada ou Nouvelle-France au régime royal et s'occupe d'y envoyer des colons, en particulier de vieux soldats libérés ; puis les explorations de Cavelier de la Salle dans la vallée du Mississipi ajoutent à nos possessions du Canada la plus grande partie de TAmérique du Nord.
Dans Tocéan Indien, Madagascar, appelée alors France orientale, fait partie du domaine royal, mais rétablissement de Fort-Dauphin périclite €l est remplacé par Tlle Bourbon, comme escale de nos vaisseaux dans la merdes Indes. Nos premières relations avec Tlndoustan et Tlndo- Chine datent de cette époque.
A la fin du règne de Louis XIV cependant, le traité d'Utrecht nous enlève les clefs du Canada, TAcadie, Terre-Neuve et les établissements de la baie d'Hudson (1713).
Le règne de Louis XV marque à la fois Tapogée de notre empire colonial et le commencement de sa décadence. Dans la première partie du xviii* siècle, les établissements d'Amérique se peuplent rapidement : plus de 50 000 Français s'y sont établis ; en même temps, la politique habile de Caron, de Martin et de Dupleix amenait la fondation d'un immense empire français dans le Dekkan et sur la côte orientale de rinde, pendant que Mahé de la Bourdonnais, gouverneur de l'Ile Bourbon, occupait nie de France et commençait à en faire une colonie très prospère.
Mais les guerres européennes du milieu du xvui® siècle, occupant sur le continent l'attention et les armées de la France, amenèrent la décadence de ce bel empire colonial : aux Indes, les querelles de Dupleix et de La Bourdonnais permettent aux Anglais de faire de grands progrès elle honteux traité de Godeheu (1754), confirmé par le traité de Paris de 1763, nous chasse définitivement de cette admirable colonie. En Amérique, malgré l'héroïque défense de Montcalm, le Canada tombe lui aussi entre les mains des Anglais (1759). C'est avec ces deux colonies françaises que les Anglais ont jeté les bases de leur immense empire colonial.
Louis XVI n'essaya pas, malgré les victoires de la guerre de l'Indépendance des colonies anglaises d'Amérique, de reprendre une partie de nos anciennes possessions. On ne peut guère citer, sous son règne, que le traité d'alliance signé avec TAnnam, première origine de notre intervenlion dans la presqu'île Indo-Chinoise.
Sous la Révolution et l'Empire, la France est trop occupée sur le continent pour pouvoir garder ses colonies, nous perdons alors Saint-Domingue, par suite de l'abolition brusque, puis du rétablissement de l'esclavage, et Napoléon vend la Louisiane aux Étals-Unis.
Les traités de 1813 marquent le moment de la plus profonde décadence de l'empire colonial français. Nos rares établissements dispersés de tous côtés ne méritent plus le titre d'empire colonial. 11 ne nous reste alors que cinq comptoirs sans importance dans l'Inde, l'Ile de la Réunion, le Sénégal, la Guinée, la Martinique et la Guadeloupe et,
près de Terre-Neuve, les deux llols de Saint-Pierre et Miquelon, avec un droit de pèche sur la côte occidentale de Terre-Neuve.
Mais le xix* siècle, depuis 1830, devait nous donner de nouvelles possessions outre-mer. Ne pouvant espérer reprendre les anciennes colonies perdues au x\in° siècle, tous les gouvernements ont cherché d^autre^ côtés, dans les régions encore inoccupées.
C'est d'abord la conquête de TAlgérie, cette admirable France tran>méditerranéenne, qui, commencée par Charles X, est continuée par Loui>' Philippe et les gouvernements qui lui ont succédé. La monarchie de Juillet occupe encore quelques ports sur la côte de Guinée et quelque> lies de rOcéanie (Taïti).
Sous le second Empire, la Nouvelle-Calédonie et la Cochinchine s«>nt réunies ou conquises, mais Madagascar recouvre une indépendance presque absolue; en même temps, sous Thabile gouvernement du général Faidherbe, le Sénégal se développe.
Mais la République actuelle a fait plus que tout autre gouvernement pour la restauration de notre empire colonial. Malgré une très violente opposition aux débuts de ce mouvement, on a compris que la grandeur d'un pays nécessite maintenant qu'il ait des annexes au delà des mer^.
Les conquêtes sont alors nombreuses, la Tunisie (1881) complète nos possessions algériennes, le Congo (1882) nous donne accès dans le centre de l'Afrique équatoriale, le protectorat sur l'Annam et le Tonkin (1885) fait de la France une grande puissance asiatique, Madagascar (1885-1893) est pour nous une admirable colonie, et nou> donne des ports de refuge précieux dans l'océan Indien. U est vrai que nous avons laissé les Anglais occuper l'Egypte, mais notre possession d'Obock nous permet de neutraliser Aden et Périm. Le traité d août 1890 a soumis à notre influence toute la région nord-occidentale de l'Afrique, réunissant ainsi nos possessions méditerranéennes de T Algérie et de la Tunisie à nos établissements océaniques du Sénégal et de la Guinée.
Superficie, population. — Tel qu'il est actuellement composé, notre empire colonial se compose d'environ 4 millions et demi de kilomètres carrés, peuplés d a peu près 39 millions d'habitants (sans compter les zones d'influence mal délimitées et encore peu connues) (1).
Le tableau suivant, emprunté à la notice de M. Jaccottet dans I atlas de MM. Schrader, Prudent et Anthoine, donne la superflcie et la population des principales de nos possessions.
(1) Len chiffres complets sont estimés, comme on Ta vu au commencement de cette étude, à environ 6.500.000 kilomètres carrés, peuplés d^environ 44 millions d'habitants. Mais ces chiffres sont loin d^étre certains.
AFRJQOB. Kilom. carrés. Population.
Algérie-Tunisie 820.000 5.317.000
Sénégal et Haut Niger 1 . 500.000 5.000.000
Établissements du golfe de Guinée. 60.000 700.000
Gabon-Congo 720.000 5.000.000
Madagascar et lies voisines 592.000 4.000.000
Comores 2.067 48.000
Réunion 1 .979 170.000
Obock 6.000 22.000