‹ Précis de géographie économiqueChapitre 32 sur 182 · III. — Mouvement des principaux points {ISifZ · texte numérisé non relu

III. — Mouvement des principaux points {ISifZ

EnU^ Sortie^ Total,

navires. jange. navire». jauge. navires. jauge.

Arkhangelsk 507

S»^(l«ihMr|iiKrtBstadl.. 1.744

Higt. 1.380

Libau 1.007

Wctia ^... 1.004

Nicolaïcwsk 365

TagMirog 798

Batoum 7i8

Là sont établis les magasins de la « Compagnie nationale de navigation russe » dont les progrès dans la mer Egée sont comparables a ceux du Lloyd austro-hongrois. Taganrog et Rostov-sur-Don sont aussi des centrer d'exportation des céi*éales, puis des peaux, des suifs, du poisson, il coovient de signaler le remarquable accroissement des affaires dans le poit de Batounij où les navires viennent chercher les pétroles de Bakou et le> beaux bois du Caucase. Située au débouché d'un pays admirablement riche, cette ville, comme Poti, sa voisine du nord, est destinée au plii> brillant avenir (1).

Commerce proprement dit. — Les Russes ont le parti pris bien marqué de conserver et d'affermir de plus en plus leur indépendance économique vis-à vis de Fétranger, d'utiliser les ressources agricoles et industrielle> du sol national de manière à se suffire et à importer le moins possible. Le libre échange n'a jamais trouvé bon accueil en ce pays. Le Russe s'isole de plus en plus en matière d'agriculture, d*industrie et de commerce ; il compte sur son domaine asiatique pour lui donner les débouché> qu'on fermera en Europe à ses marchandises, pour cultiver et acheter ce qu'il emprunte encore aux Allemands, aux Autrichiens et aux Occidentaux. Par une curieuse coïncidence la Russie s'en tient du premier coup, dès les premières étapes de son développement économique, à une doctrine qui sollicite de vieux États fatigués de l'essai du libre échange.

La séparation brusque, la nette alternance de deux saisons est une cause de périodicité des échanges. Chaque été ramène la réouverture des voies navigables et une recrudescence de relations actives suivie d'une longue période de repos. Il faut se hâter de récolter, d'expédier, de conclure de< marchés pendant quelques mois de libre et intense circulation; pour le> peuples pressés, comme pour les gens, la coutume des rendez- vous s'impose. En Russie ces rendez-vous sont les foires.

Il y a 6780 villes ou villages qui ont encore le privilège de pouvoir ouvrir des foires. Mais les grandes villes usent seules de ce privilège. Entre toutes il convient de distinguer Moscou, centre du commerce de U région industrielle, et Nijni- Novgorod, centre du commerce entre TAsie et l'Europe orientale. La foire de cette dernière ville est une des plu< considérables du monde, sinon la plus considérable. Fondée au début de ce siècle, elle se tient pendant le mois d'août. Alors plus de 200 000 marchands échangent les métaux de l'Oural, les produits manufacturés russes et européens, les denrées coloniales, les objets d'alimentation, céréales, poissons, le bétail, les chevaux, les cuirs, les fourrures, les boi$.

(I) Marine marchande russe (1893) :

Navires. Tonnage.

Vapeurs 24Ï 21 1 .664 tonneaux.

Voiliers 948 280.538 —

Totaux 1.190 492.202 —

On T Toil les Boukhares qui apportent du coton et des peaux, les caravanes des Persans chargés de tapis, de soieries, de riz, celles des Chinois marchands de thés. Les Indiens y tiennent marché de châles de Cachemire. Et à la fin d'août toute cette clientèle asiatique repart avec les cargaisons de marchandises russes qui seront revendues au loin (i). L'importance de la foire de Nijni-Novgorod diminue chaque année devant les progrès de la civilisation et la facilité de plus en plus grande des oommunicaiions : le lieu de rendez-vous se reporte de plus en plus vers I est ; c'est maintenant à Tioumen en Sibérie, que s'arrête la majorité des négociants sibériens et chinois, à l'extrémité — provisoire — du chemin de Ter sibérien, à Samarkande que se font les échanges du Turkestan vers rinde.

Perm, Poltava, Kiiev, Rostov, Kazan ont des foires célèbres. Kazan est un entrepôt de grande valeur pour les échanges entre Russie et Sibérie, Kharkov, Fentrepôt et l'étape intermédiaire entre Moscou et Odessa; on y vend donc les produits industriels de la région de Moscou à tous les gouvernements agricoles du sud; et les objets exotiques importés par <klessa vont aussi s'accumuler dans ses magasins pour être expédiés à Moscou au fur et à mesure des besoins de la consommation. Il se conclut à Kharkov plus de 100 millions d'affaires par an.

Les négociants français jouent un rôle très effacé, pour ne pas dire nul, dans ces grandes réunions ; on leur reproche de ne pas se plier aux conditions si particulières de l'échange en Russie, de s'en tenir à la clientèle des villes dans un pays qui est précisément agricole par excellence. En revanche, le commerce allemand est bien et habilement représenté à ces ST&ndes assises européo-asiatiques. Au reste les Russes y deviennent peu à peu les maîtres et les vendeurs principaux. Le négociant allemand, qui pouvait encore lutter contre ses confrères russes à Nijni-Novgorod, est facilement battu à Samarkande, à Bokhara, à Irkoutsk.

Le commerce intérieur est très actif en Russie, ce qui s'explique facilement par l'existence des deux grandes zones agricole et industrielle, distinctes lune de l'autre et séparées par de grandes distances (2).

Commerce extérieur. — En notre siècle où le monde américain, l'Afrique du nord et ses pays tropicaux, enfin l'Europe occidentale ont tant de valeur, la Russie, massive et pourvue de côtes d'une articulation médiocre, n'e^t pas favorisée. Elle est assez près du canal de Suez, et par suite de rinde, de Tlndo-Chine et de l'Ëxtrême-Orient, mais sa marine est encore pfu développée, ses ports insuffisamment reliés aux zones de grande production de l'intérieur. Les peuples maritimes lui font une concurrence

(I) Échanges à la foire de Nijni-Novgorod:

1800 705.900.000 fr.

\i) Commerce intérieur de la Russie (gros) : 2.625.000.000 fr. environ.

victorieuse dans ses propres porls. La rivalité de ses voisins continenltiu semble aggraver cette infériorité.

11 y a, du petit au grand, une profonde analogie entre la situation, entre la politique économique de Tempire russe, et d'autre part celles des puissances de FEurope occidentale, surtout de la France. Les deax pays sont en butte aux mêmes rivalités économiques, aux mêmes procédés employés pour les isoler, pour les mettre, si Ton peut dire, en quarantaine. Â Touest le rapprochement économique de rAUemagns et de ritalie tend à amener Tisolement de la France, à priver son territoire du transit anglo-méditerranéen et anglo-indien ; la création de nouvelles voies transalpestres, le creusement de tunnels, le remaniement des tracés et des tarifs sur les réseaux allemands, suisses, italiens, tout a pour bal de transférer aux voies de l'Europe centrale les bénéfices qui jusqu'à notre siècle étaient réservés à Tisthme français. Il en est de même à l'est; la coalition politico-commerciale de*rÂ11emagne et de rAutriche-Hongne ne barre pas seulement aux Russes le chemin de Byzance si cher à Fambilion de la grande Catherine; cet accord n'a pas seulement pour effet de fermer la péninsule des Balkans aux Russes qui l'ont affranchie de la domination turque, pour assurer à l'Autriche-Hongrie les bénéfices de Témancipation des Slaves à laquelle elle a pris si peu de part. 11 s'agit de bloquer les Russes à l'orient, au n6rd comme au sud, de les condamnera rester asiatiques ; c'est la séquestration des pays les plus riches de rOrientel de l'Occident au bénéfice du centre, projet plus grandiose que réalisable; et qui n'a encore reçu que des satisfactions bien minimes. Au reste, la perspective de ce développement de plus en plus exclusif des relations avec l'Asie n'a rien qui doive effrayer la Russie. Qu'importe qu'on lui ferme la Méditerranée et la voie de Suez ; elle aura encore les voies de terre, les chemins de fer qui s'avancent vers l'Inde, la Chine, le Pacifique, lentement mais sûrement. Le transcontinental qui unira un jour de bout en bout ces deux parties du monde, qu'un préjugé séculaire de géographie historique a seul distinguées Tune de l'autre, se fera nécessairement au plus grand bénéfice de la Russie, située au centre de la masse et l'occupant de l'océan Glacial à la mer Noire dans toute sa largeur. Et si les adversaires économiques de la Russie veulent un jour faire passer par la vallée deTËuphrale, l'Asie Mineure et Constanlinople une voie rivale, ils auront à compter avec les maîtres du pays qui domine les sources de TEuphrate.

La volonté des Russes de ne pas entrer sans réserve dans le courant des échanges internationaux n'est pas seulement, comme le veulent les économistes, l'expression d'un attachement outré pour la doctrine du <( protectionnisme ». C'est aussi une nécessité du climat, de la division de l'année en deux saisons, l'une d'activité extrême, l'autre de repos relatif. Nous parlons bien à l'aise, nous autres Occidentaux, de « nouer des relations normales, continues, stables»; c'est notre ciel qui en a tout le mérite, et non notre politique.

Le commerce extérieur de la Russie oscille autour d'une valeur de 4 milliards de francs. Les exportations sont régulièrement supérieures

aux importations; malgré tout, le mouvement d'échanges de la Russie n'est pas digne de ses richesses naturelles (1).

Elle importe surtout des matières brutes et demi-brutes nécessaires à ralimentation de son industrie, étoffes à filer, houille, des objets manufacturés, et des denrées coloniales. Elle exporte des céréales, des plantes industrielles, des bois, des étoiîes à filer, des fourrures, quelques objets manufacturés : les céréales représentent à peu près la moitié de ses exportations (2).

LWUemagne et la Grande-Bretagne sont les deux États qui font le plus d'échanges sur les marchés russes ; TAllemagne tire de la Russie des matières premières nécessaires à Tindustrie et lui en fournit presque autant. L'empire allemand est aussi un des principaux consommateurs de céréales russes (3). La Grande-Bretagne achète beaucoup plus encore qu'elle ne vend; elle charge la majeure partie des céréales qui s'exportent par Odessa et beaucoup d'autres objets d'alimentation (4).

Avec ces deux États les échanges tendent à se restreindre. 11 y a eu bais^se des importations et des exportations. Mais en somme, la Russie qui suffit largement à sa consommation et développe rapidement ses industries perd moins queses clients àcette restriction. L'Allemagne éprouve une grande difficulté à se passer des seigles russes ; l'établissement de dn>ils à l'entrée fait croître le prix du pain.

(I) Commerce extérieur de la Russie (1892) :

ImportatioD. Exporlalion. Total.

Frontière d'Europe.. 1.351.350.0(»0 fr. 1.558.440.000 fr. 2.909. : 90. 000 fr.

— deFinlande. 46.410.000— 82.390.000— 128.800.000 —

— d'Asie 177.450.000— 2C7.9:'.0.000 — 446.380.000 —

Totaux 1.575. 210. OOJ — L908.7G0 OOO — 3.483.970.0U0 —

,î Commerce extérieur de la Russie par la frontière d'Europe (1892) (valeur approchée) :

Ex portai ioD. Importation.

Matières alimentaires 420.250.000 fr. 133.375.000 fr.

MaUères premières 4 89 . 250 . 000 — 557 . ^lOO . OUO —

Animaux 38.000.000 — 647.500 —

Objets fabriqués 50.5oO.000 — 174.500.000 —

Exportation des céréales vers l'Europe (1893) : 769.000.000 fr.

(3) Commerce russo-allemand (1893) :

Exportations de Russie en Allemagne 341 .000.000 fr.

Importations d'Allemagne en Russie 26^.000.000 —

Total 603.000.000 —

(4) Commerce anglo-russe (1893) :

Exportations de Russie en Angleterre 872.000.000 fr.

Importations d'Angleterre en Russie 289.00 1. 000 —

Total 661.000.000 —

Géographie économ. 13

La France achète en Russie des bois et des céréales; elle y vend ses vins, ses soieries et un certain nombre d'autres objets manufacturés (i;.

Parmi les États asiatiques la Chine est le pays qui échange le plus avec la Russie (2). Les États-Unis d'Amérique ont des relations d'une valeur analogue (3).

Empire colonial. — La Russie n'a point, à proprement parler, de colonies; les pays asiatiques qu'elle s'est annexés, au delà du Caucast>, d'une part, au delà de l'Oural et jusqu'au Paciflque de l'autre, enfin au cœur de l'Asie centrale, touchent tous à la Russie d'Europe. 11 n'y a point de possession vraiment excentrique, en théorie du moins. Mais il faudra un accroissement énorme du réseau des voies de communicalion pour obtenir une cohésion complète et sûre de l'Empire russe.

Conclusion sur la Russie. — Ainsi la Russie, riche par l'agriculture, capable et désireuse de développer son industrie, a devant elle en Asie la perspective de fructueux échanges soit avec ses colons et ses nouveaux sujets, soit avec Tlnde et la Chine. Comme la République américaine des États-Unis, le grand Empire européen a toutes les ressources qui peuvent assurer la prospérité économique d'un État. II lui reste encore bien des progrès à accomplir ; mais ceux dont nous sommes témoins, depuis quelques années, permettent d'afArmer dès maintenant que la Russie, déjà forte et puissante par ses armes, prendra rang aussi, et à bref délai, parmi les peuples les plus riches du monde.

(I) Commerce russo-français (1892):

Exportation russe en France,

Objets d'alimentation 66.300.000 fr.

(Céréales 59.200.000 fr.).

Matières nécessaires à l'industrie 97.500.000 —

(Lin brut 44.400.000 fr.).

(Bois communs 15.700.000 fr.).

Objets fabriqués 1.700.00D —

Total 165.500.000 —

Importation française en Russie,

Objets d'alimentation 3.800.000 fr.

(Vins 1.700.000 fr.).

Matières nécessaires à l'industrie 4.300.000 —

Objets fabriqués 4..S00.000 —

Total général 178. 100. OOU —

En 1893 :

Exportation russe en h'rance 161 .000.000 fir.

ImportatioQ française en Russie 71 .000.000 —

Total 232.000.000 —

(2) Commerce russo-chinois (1890) : environ 117.000.000 fr.

(3) Commerce de la Russie avec les États-Unis (1890) : environ 210.000.000 fr.

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