‹ Précis de géographie économiqueChapitre 35 sur 182 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

,^ I. — Gonp-d'œll sur la géog^raphie physique.

Situation et dimensions. — La péninsule des Balkans est la pins oneotale des péninsules méditerranéennes de l'Europe. Bornée sur trois côlé> par la mer, elle est assez nettement séparée de l'Europe par les fossés où coulent successivement l'Unna, la Save et le Danube. Dans ces limi(e>. elle s'étend sur une superficie de 443.441 kilomètres carrés. Mais di^ considérations à la fois historiques et politiques font que, depuis 1878. »i: ne compte plus les pays de Bosnie et d'Herzégovine « administrés * par ) 'Autriche-Hongrie parmi les États de la péninsule balkanique. Dans ceconditions, la péninsule des Balkans ne comprend plus qu'une superficie de 384.981 kilomètres carrés partagés entre quatre États indépendants If"" uns des autres.

Composition dn sol. — Bien que de nombreuses lacunes existent encoiv dans les connaissances géologiques que nous pouvons avoir sur la péninsule des Balkans, quelques considérations générales ont de l'importaïKt'- Toute la partie de la péninsule qui se trouve à l'est de la chaîne maitresse et au sud du Balkan est de formation cristalline, avec des Irares d'activité volcanique dans le Rhodope et ses environs. La partie occidentale est au contraire, sauf une tache de terrains primaires qui selend du lac d'Ochrida jusqu'aux environs de l'Unna, presque complètement ' composée de terrains plus récents (secondaires et tertiaires). Les roches crétacées forment de même la majeure partie des terres de la Grèce propre. Enfin la Bulgarie comprend, sur le versant septentrional des | Balkans, une large zone crétacée, avec, sur les bords du Danube, une plaine d'alluvions identique comme formation à celle de la Roumanie, mais beaucoup moins large. i

Relief. — L'orographie de la péninsule balkanique est à peine mieui connue que sa géologie. Le caractère dominant est une grande complica-

ETATS DE LA PÉiNINSULE DES BALKANS. 205

tion : tout le pays, sauf quelques rares plaines (Bulgarie, plaine de la MariUa, plaine de Thessalie), est couvert de montagnes, en général d'une altitude assez grande, enserrant des vallées étroites et profondes. De ces montagnes, les unes, se rattachant aux dernières ramifications des Alpes Diiiariques, se prolongent, presque sans autre interruption que Tisthme de Corinthe et quelques détroits sans profondeur, jusqu'à Textrémité de la Morée et dans les lies de la mer Egée (montagnes de Serbie, du Monténégro, Grammos, Pinde, etc.); les autres, qui se rattachent d'une façon moins apparente aux Alpes de Transylvanie, couvrent de leurs ramifications la partie nord-orientale de la péninsule (Balkan, Rhodope, etc.). Littoral. — La complication et la richesse du relief se manifeste dans l'articulation littorale : il n'est pas, en Europe, peut-être même dans le monde entier, de côte aussi déchiquetée que celle qui nous occupe. Sauf de très rares exceptions, le littoral est toujours haut et profondément découpé ; les presqu'îles, golfes, détroits, lies, sont presque innombrables. Il semble que l'Europe ait fait un immense efTort pour lancer ses rami- Ucalions jusque dans le voisinage des deux continents voisins ; elle parait avoir presque réussi à atteindre l'Asie : les chaînes d'Iles des Cyclades forment comme les pierres d'un gué gigantesque, et les minces coupures de^ Dardanelles et du Bosphore ne peuvent compter comme séparation. Mais on peut distinguer deux parties dans la péninsule : le sud, profondément pénétré de tous côtés par la mer est absolument maritime, le nord, quelle que soit sa richesse en petites découpures littorales, est beaucoup plus massif, et sépare d'une grosse masse continentale les deux mers qui le baignent.

Qimat. — Cette distinction se retrouve dans les conditions climati- <\ne^ ; caractérisé par des extrêmes violents de chaleur et de froid, le climat de la partie septentrionale (Bulgarie, Serbie, portion de la Houniéliej est en contradiction absolue avec le climat de la Grèce et des côtes, remarquablement doux en hiver, quoique chaud en été. Sofia et Belgrade ont des hivers aussi rigoureux que Hambourg et Berlin, et les mêmes étés q'ie l'Andalousie. Athènes ne connaît le froid que lorsque le redoutable Vorrias vient à souffler.

Au point de vue des pluies, la division est faite par la grande chaîne <lu Grammos et du Pinde ; le versant occidental, celui de l'Adriatique, est abondamment arrosé, tandis que celui de la mer Egée est relativement pauvre en précipitations. La Grèce propre ne connaît que les pluies d hiver, caractéristiques du climat méditerranéen.

Hydrographie. — L'hydrographie balkanique est remarquable par une ^Ylréme indigence. Par suite de la rareté des pluies, et surtout par suite de rexagération du relief et du manque d'espace pour se développer, les fleuves sont très pauvres en eau, et absolument impropres à la navigation. Seuls, le Danube et son affluent la Save, qui limitent au nord la Péninsule et lui apportent les eaux des Alpes, et, jusqu'à un certain point, la Maritza rouméliote, rendent des services et méritent le nom de fleuves, les autres cours d'eaux ne sont que des torrents absolument à sec pendant

205 LEUROPE.

une longue partie de Tannée, ou tellement encombrés de roches et d*QD cours si rapide (sur le versant adriatique) qu'on n'a pu songer k y aventurer la moindre barque.

Population et races. — La péninsule balkanique contient une des populations les plus bigarrées que Ton puisse voir. Le total s'élève à environ 13.500.000 habitants. Toute la partie septentrionale, depuis la Sare et le Danube, jusqu'à la mer Adriatique et à une faible dislance de FArchipel est peuplée de Slaves appartenant à la branche appelée Yougoslave ; l'Albanie est peuplée de la race dite Skiptare, probablement les descendants les plus directs et les plus purs des Pélasges et des Hellènes ; la Grèce propre, la Macédoine et la Roumélie méridionale, sur une mince bande le long de la mer appartiennent aux Grecs, qui, malgré de^^ mélanges évidents de sang slave, se considèrent comme les fils des compatriotes de Léonidas et de Périclès : les Turcs sont campés à Conslantinople et dans un certain nombre de villes et de villages de la Rouméli<f et de la Bulgarie. Mais toutes ces races ont été mélangées, triturées de U façon la plus inextricable par les nombreuses invasions qui se sont succédées dans le pays.

Les religions sont encore plus mêlées : les Turcs sont musulmans, mai> aussi une partie des Bosniaques et des Albanais; la religion catholique romaine recrute ses adhérents dans ces deux dernières races; le reste e<t orthodoxe grec.

§ II. — Géographie économique.

Traits principaux de la géographie économique. — Les États qui se sont formés dans la péninsule des Balkans ont une civilisation presque exclusivement agricole. On ne saurait apprécier, faute de statistiques exactes, l'importance des productions du sol. Les céréales sont cultivées dans la plaine du bas Danube. Dans les parties méridionales de la péninsule, en Macédoine, en Grèce, et dans les îles, les cultures arborescentes, celle de la vigne en particulier, tiennent le premier rang.

L'industrie est encore dans un état très primitif. Mais le eommerte se développe rapidement. Au sud domine le peuple hellénique, dont Tactivité et l'habileté commerciales sont merveilleuses. A côté de ces rouliers de la Méditerranée orientale, Anglais, Français, Autrichiens, Italiens, fréquentent les mers Adriatique, Ionienne et Egée. Au nord-ouest rAutriche-Hongrie, par le raccordement de ses voies ferrées avec celle* de la Turquie, prend un rôle de plus en plus considérable dans le^ échanges de la péninsule et de tout le Levant. Enfin, à côté des Hellène*, marins incomparables, les Serbes, les Bulgares, font de remarquables progrès dans la voie du commerce et de la civilisation.

La mer est le chemin par excellence du négoce de ces régions, puisque la péninsule des Balkans est une des plus articulées de l'Europe. Lloyd austro-hongrois de Trieste, Messageries maritimes de France, compagnie nationale de navigation italienne, compagnie de navigation russe d'Odessa,

compagnie égyptienne khédivié, compagnies (Cunard) et armateurs anglais, sociétés grecques, desservent les ports de ces parages et entrecroisent leurs itinéraires : Corfou, le Pirée, Syra, Volo, Salonique, Conslantinople, sont visités presque journellement par les paquebots de Tune de ces puissantes compagnies.

Le Danube, large et profond, permet encore à la navigation de mieux pénétrer au cœur de cette péninsule si découpée. Mais c'est la seule voie fluviale d'une véritable valeur.

Les voies fesrées entament chaque année davantage cette masse montagneuse. Constantinople est relié aux autres grandes villes d'Europe soit par V'ama, Roustchouk, Bucarest et les Portes de Fer, soit par Andrinople, Philippopoli, Sofia, Nisch et Belgrade. Ënûn Saionique est aussi en rapports avec les réseaux serl>es et austro-hongrois. Malgré de rapides pmgrès, les chemins de fer grecs sont encore isolés et par suite réduits à un rôle d'intérêt local ; mais on peut compter sur Tintelligence commensale des Hellènes pour combler rapidement cette lacune.

C est surtout au bénéfice de T Au triche-Hongrie, bénéfice partagé par lAIlemagne en dehors de toute condition naturelle et à laide de simples conventions politiques, que s'accomplit cette révolution dans le système dos voies ferrées de l'Europe ; c'est aussi au détriment de l'Italie, qui avait joui pendant quelques années du monopole des transports rapides de ^0Yageurs, entre l'Europe du centre et de louest d'une part, et le Levant ou rOrient- Mais si toutes ces voies attirent les voyageurs riches et aNides de vitesse, il est impossible de déterminer encore dans quelle me- >ure elles pourront faire concurrence aux navires pour le transport des marchandises. Or ce sont les marchandises qui alimentent vraiment 1 industrie des transport s.

En résumé la région balkanique pourra faire encore de grands progrès agricoles; l'industrie pourra s'y implanter, puisque la houille a été découverte sur plusieurs points; le commerce y est déjà d'une activité remar quable et ne peut manquer de s'accroitre à mesure que les peuples, à peine sortis d'une période d'oppression et de demi-barbarie, deviendront plus civilisés et plus instruits. Mais, en dehors de la Grèce, l'œuvre n'est pas très avancée. La péninsule des Balkans, qui n'est ^as d'ailleurs un de^ pays les plus riches de l'Europe, qui est en tout cas l'un des moins a\ancés en civilisation, est le théâtre de rivalités diplomatiques et commerciales qu'explique sa situation. Elle est pour les pays d'Europe centrale, comme l'Autriche-Hongrie, le chemin de l'Archipel, du Levant, de l'Eslrème Orient ; la Russie y voit aussi la route qui pourrait l'amener à jouer un rôle plus actif dans la Méditerranée.

Résnmé politique. — Le sultan des Turcs ne possède plus, dans la péninsule des Balkans, qu'une infime partie de son empire d'autrefois. Les

trois provinces de Houmélie, de Macédoine et d^Âlbanie sont seules soussod autorité directe, soit une superficie de 168.533 kilomètres carrés peuplée de 5.600 000 habitants. Si Ton y ajoute la province « autonome » de Roamélie orientale, réunie de fait k la Bulgarie, et cette principauté, théoriquement tributaire, les États du sultan atteignent une superficie de 265. (4-^ kilomètres carrés, et une population de 8.900.000 habitants environ.

Races et religions y sont aussi mélangées que possible, plus encore que dans aucune autre partie de la péninsule : Turcs, Grecs et Albanais sont à peu près égaux en nombre et forment 70 p. 100 environ de la population totale.

Bien que la « Constitution » de 1876 soit encore en vigueur, le gouyeraement est resté une monarchie absolue ; le sultan gouverne assisté du conseil des ministres et du « divan » ou conseil des fonctionnaires (1). La Turquie d'Europe ne compte qu'une véritable grande ville, c'est Constantinopie i .

Agriculture. — Les provinces d'Albanie, de Roumélie et de Macédoine sont agricoles par excellence ; non qu elles produisent beaucoup jusqu'à •ce jour, ni qu'elles soient cultivées comme elles le méritent; mai? l'exploitation végétale du soi est l'occupation principale des habitant.

Les cultures ne sont pas encore parfaitement appropriées au sol. Le relief introduit pourtant des différences tranchées entre les régions du nord, du sud et de l'ouest. La Roumélie se compose surtout de belles vallées où dominent les cultures de céréales, les cultures arborescentes caractéristiques de la zone méditerranéenne, oliviers, mûriers, vignes; comme en Italie méridionale et en Sicile on y retrouve aussi quelques plantes de la zone tropicale, le riz et le cotonnier.

Dans les parties septentrionales de l'Albanie, de la Macédoine et de la Roumélie se développent des plateaux, surmontés de chaînes et coupé« de vallées. Là sont les plus vastes forêts ; sur les plateaux et les croupes montagneuses, au sol âpre, au climat rigoureux, dominent les cultures de céréales pauvres, du seigle et du sarrasin en particulier; les vallées onl des champs de froment et de mais.

A l'ouest, TAlbanie et l'Épire, dont le relief présente souvent le caractère de terrasses, ont uu mélange de champs et de cultures arborescentes.

(I) Budget de TEaipire (en déficit régulier) 1889:

Recettes tîô.OOO.OOO fr. environ.

Dépenses 49*? 200.000 —

Déficit.... 67.20U.000 —

Dette publique extérieure: ?.G60 millions de francs. Administrée par une 'Commission internationale, qui perçoit les revenus nécessaires au payement des intérêts.

Armée : pie*! de paix ; 230.000 hommes environ. Piedde guerre : 800. 000 hommes. Marine: 107 navires (?) montés par 30.000 hommes. (?) Villes :

Constantinopie 8*3.56ô hab.

Andriuople lOKOOO — ou 70.000

Salonique 150.000 ~ ou GO. 000

La végétation forestière est belle et vigoureuse dans l'Albanie et le Despoto-Dagh. On sait que les Turcs respectent beaucoup mieux les arbres que ne le font la plupart des Orientaux et un bon nombre de peuples de ioaûdent. Mais ce respect ne va pas sans quelque alliage de paresse ; et en réalité les forêts, dépourvues de chemins, ne sont presque pas exploitées. Les essences que Ton rencontre le plus dans les bois voisins des routes et des voies ferrées sont le chêney le châtaignier, le noyer, le frêne; l'exploitation se borne jusqu'ici à la recherche de la vallonnéej enveloppe des glands d'une sorte de chêne. On sait que c'est une substance employée i^urlout par les teinturiers (1).

Il est impossible de fournir des données statistiques vraiment exactes sur les productions de ces pays ; le gouvernement turc est médiocrement curieux de se renseigner et surtout de renseigner l'étranger avec précision. Les chiffres proposés par les économistes le mieux informés ne sont guère que des moyennes approximatives ; il convient d'en être averti .

Les céréales sont cultivées surtout dans la Houmélie (froment et maïs, riz dans le delta de la Maritza). La production totale peut être estimée, très approximativement, à 20 millions d'hectolitres.

Les grandes vallées sont aussi les zones de culture active des légumes^ tomates, pois chiches, topinambours, dont les populations du Levant font une consommation importante. Les fi*uits tiennent aussi une place considérable dans l'alimentation.

Parmi les cultures arborescentes, on doit citer au premier rang la vigne, pois l'olivier, l'oranger, bref toutes les plantes caractéristiques de la zone méditerranéenne. Les vignobles sont fort mal soignés et donnent cependant quelques produits estimés. Une certaine quantité de raisins est séchée et expédiée vers la France. Quant à la production des vins, elle atteint environ 200,000 hectolitres. La Macédoine, l'Épire et la Chalcidique (mont Athos) ont quelques crus assez réputés dans le Levant. Oliviers, citronniers, orangers, grenadiers ornent les jardins des vallées du continent et des lies ; les régions plus hautes et plus septentrionales ont les fruits de l'occident de l'Europe. Mais la culture des arbres fruitiers est loin d'avoir l'extension qu'on pourrait lui donner en ces provinces.

U n'y a guère que la culture industrielle du tabac qui ait pris quelque développement. On n'a pas, bien entendu, de statistique exacte à cet égard; mais les relevés faits en 1884 pour former la base du contrat avec la société de Régie co-intéressée des tabacs de l'empire ottoman, indiquent que le nombre des planteurs était de 190,000 dans les provinces immédiates de l'empire. La récolte s'élevait, en 1882, à près de 15 millions de kilogrammes : la part de la province de Salonique, dont les produits sont si estimés, était évaluée à 5 millions

(I) Superficie des forêts : 1.400. COU hectares environ.

Géographie écoDom. 14

de kilogrammes. Depuis cette époque les plantations ont été très étendues.

Le coton est cultivé dans le sud de la Macédoine et dans la vallée de la Maritza. Le district macédonien de Sérès est un centre de production important. Mais on sait que la province asiatique de Smyrne possède beaucoup plus de cotonniers que la Turquie d'Europe.

Le lin, et surtout le citanvre sont travaillés sur place par les métiers primitifs des villageois ; leur culture est d'ailleurs médiocrement développée. Colza, aésame, sumac ^ garance ^ safran y tiennent également peu de place.

Le nuiricr n'a pas celle qu'il mériterait en ces pays si favorables à sa croissance. La Boumélie en possède le plus grand nombre. Mais nous verrons que l'industrie de la soie est en décadence marquée dans les pays turcs, à cause du régime fiscal (1).

Les animaux, comme les plantes, échappent à tout recensemcnl précis. Les bêles à cornes ne sont guère employées qu'aux travaux de la culture et au transport des denrées agricoles : leur chair contribue fort peu à nourrir les populations.

Avec les bciHifs, on élève, surtout en Roumélie, un nombre assez considérable de buffles. D'ailleurs la sécheresse du climat, l'âprelé des régions montagneuses, l'inconstance du régime des cours d'eau, empêcheront toujours le développement de l'élevage du gros bétail sur les versants de la mer Ionienne et de l'Archipel.

Ce sont au contraire les conditions mêmes de l'élevage du petit bétail prédominant, faute de mieux, dans les pays méditerranéens de l'Europe. Les moutons sont nombreux en Roumélie, puis à l'ouest dans la région des lacs, et dans les plaines qui avoisinent le Pinde. Les laines assez grossières, sont filées et tissées par les paysans. Les chèvres sont élevées dans toutes les régions montagneuses.

La Roumélie nourrit de bons chevaux qui ont conservé quelques-uns des caractères de la race arabe jadis importée par les Turcs. Mais dans le haut pays on se sert surtout daines et de mulets : la majeure partie des transports se fait encore à dos d'animal, sauf dans le voisinage des voies ferrées.

Autour du mont .\lhos les ruches d'abeillcy sont nombreuses.

En résumé, l'agriculture de la Turquie est encore très arriér/'e; le pays pourrait produire beaucoup plus qu'il ne fait, mais les conditions de l'exploitation sont déplorables : non seulement les voies de communication manquent presque complètement, mais le régime d'impôts est fait pour décourager le paysan, et le poussera ne cultiver que ce qui est nécessaire pour lui et pour son entourage immédiat. La dlnie et les douanes intérieures produisent aujourd'hui en Turquie les mêmes résultats que dans la l^rance d'avant la Révolution.

(I) Production de la Soie brute (181)2): 30 millions de francs.

ladostrie. — La Turquie est encore plus arriérée au point de vue industriel. Malgré la richesse du pays en minerai de toute sorte et particulièrement en houille, la production minérale est insignifiante. La Thrace pourrait donner beaucoup de fer. Le plomb argentifère de la région du Pélion, de Xanthi, est à peine exploité, on n'utilise pas mieux les mines de cinabre découvertes près de Sérès. Il faut dire que des droits considérables pèsent sur Texploitation des mines.

Les carrières de marbre, d'argile plastique, de pierres à construire sont signalées en bien des districts; mais, faute de capitaux et d'initiative, on n'ea tire presque aucun parti.

Le sel est produit en grande quantité dans la région du golfe de Salonique, où TEtat fait exploiter des marais et des sources, surtout auprès du cap Panoni et de Katérina.

Il n'y a pas, en Turquie, d'industrie véritable, au sens que nous donnons à ce mot dans TOccidenl. Les paysans isolés ou réunis en corporations travaillent un petit nombre de matières premières nécessaires au vêtement, au logement, au transport. Le « Tanzimat » qui, depuis Tannée 1839 frappe de lourds impôts toutes les branches d'industrie, a presque ruiné un certain nombre de métiers jadis prospères et célèbres.

Tel est le sort de l'industrie des étoffes de soie. La Turquie d'Europe ne travaille même plus complètement la soie qu'elle produit. C'est à Salonique que résident les plus nombreux ouvriers de ce métier. Ândrinople possède quelques tanneries y quelques fabriques de draps, de tapis, de lainages. Qu on ajoute les fabriques d'armes d'Uskub, de Prichtina, dont les produits inférieurs sont graduellement remplacés par les similaires de Grande-Bretagne, de France, de Belgique, d'Allemagne, d'Autriche, les usines k poteries des Dardanelles, et l'on aura la liste à peu près complète des industries de la Turquie d'Europe.

Voies de commniiication. — Les voies de communication sont encore peu nombreuses et médiocrement entretenues. On estime qu'il existe environ 15,000 kilomètres de routes vraiment carrossables et postales. La grande artère du système de communications de la Turquie d'Europe est la route de Conslantinople à l'Albanie et aux confins de ta Serbie et de la Bosnie. Depuis la construction des voies ferrées, on a établi de nouvelles routes carrossables pour leur servir d'affluents commerciaux ; mais, dans la région du Vardar, par exemple, ces routes auxiliaires ne desservent quune zone de 50 à 60 kilomètres à droite et à gauche du chemin de fer. Dans presque toute l'étendue des provinces turques les communications se font surtout par routes muletières.

Le^ voies ferrées n'ont qu'une longueur totale de 1818 kilomètres (1). Après bien des résistances de la Turquie, le raccordement s'est fait avec les chemins de fer serbes et bulgares. On comprend d'ailleurs fort bien

(1) Eo y comprenant la Bulgarie et la Roumélie orientale.

que les hommes d'Etat ottomans redoutent la multiplication des rapports avec des voisins dont les intentions leur sont suspectes, et pour cause. Les voies ferrées construites en territoire turc ne peuvent que favoriser !e commerce austro-allemand, enrichir les voisins les plus dangereux de Tempire ottoman et des autres peuples de la péninsule.

Au reste, le développement du traiic des marchandises n'a pas encore été tel qu'on Tavait espéré : il faudrait des embranchements pour drainer toutes les parties riches du pays. Jusqu'ici ce sont les céréales, les bois et les fruits qui forment le principal chargement des trains. Quant au grand courant de trafic international sur lequel on comptait, il ne s'est pas encore bien nettement dessiné.

U n'y a pas à proprement parler, de voies régulièrement navigables. Les fleuves sont trop inconstants de pente et de volume pour être utilisés d'une manière normale.

Commerce. — On n'a aucune évaluation précise sur la part de la Turquie d'Europe dans l'ensemble du comma^ce de l'empire. Le commerce total est évalué à 800 millions environ (i). La Turquie importe des objets manufacturés, tissus de tontes sortes, des outils, des métaux, des amie<. des denrées coloniales ; elle exporte des céréales, des laines, des peaux, des raisins secs, des soies brutes (2).

La Grande-Bretagne tient le premier rang dans le commerce de la Turquie ; la France vient ensuite, puis V Autriche-Hongrie, la Ausjte, la Buiga-

(I) Commerce total: 1800-91.

Importations . . -. 526. 700.000 fr.

Exportations 294.400.000 —

Total... 821.100.000 —

(2} Importaltons. ExporUiioDs.

Objets d'alimentation 30.4 p. 100 54.4 p. 100.

Animaux 2.2 — 3 —

Matières premières 13.0 — 38.0 —

Objets fabriqués 54.4 — 4.6 —

Principaux articles de commerce (1890-91) :

Importation .

Toilerie 46.000.000 fr. env.

Sucres .14.000.000 —

Céréales 29.000.000 —

Piqué 29.01)0.000 —

Lainages et cotonn. 26.000.000 —

Kilés de coton 26.000.000 fr. env.

Café 20.000.000 -

Pétrole 15.000.000 —

Houille 4.800.000 —

Exportation.

Céréales 42.000.000 fr. env.

Soie brute 23.000.000 —

Raisins 2î. 000. 000 —

Opium 16.000.000 fr. env.

Café 11.000.000 -

rie, Vltalie (1). Le fait capital que mettent en relief les observations statistiques de la présente période, si sommaires qu'elles soient, c'est le développement des échanges de T Au triche-Hongrie aux dépens de ceux des peuples de TËurope occidentale, de la France en particulier. Cependant la réputation des marchandises françaises s'est maintenue intacte dans ces pays ; mais la plupart ries produits importés d'Europe, quoique venant de Londres, de Trieste et de Gènes, portent des étiquettes françaises.

Le commerce est presque entièrement aux mains des Hellènes et des Israélites ; ce sont les intermédiaires obligés entre les producteurs et les acheteurs. Rien ne saurait donner idée de la prodigieuse activité, de Imitialive de ces courtiers du négoce en pays turc.

La part du commerce mantime dans l'ensemble des échanges est considérable. On évaluait, en 1893, le mouvement des ports turcs à 30 millions de tonnes (Europe, Asie et Afrique). Le pavillon britannique prédomine, puis viennent les navires ottomans, austro-hongrois, hellènes et français (2).

En Europe le port de Consiantinopley un des plus actifs du monde, représente à lui seul, entrées et sorties comprises, un mouvement de 8 millions et demi de tonneaux, dont près de 5 millions sous pavillon britannique (3). Là se nouent les relations maritimes entre l'Europe occidentale et méridionale et les riches régions tant européennes qu'asiatiques baignées par la mer Noire. Là passent les énormes cargaisons de grains

(I) Principaux pays en rapport avec la Turquie (1800-91) :

Importations. Exportations. Totaux.

Grande-Bretagne... 228 mill. fr. 110 mill. fr. 338 mill. fr.

France 65 — h6 — 150 —

Autriche-Hongrie.. 105 — 23 - 128 —

Russie 39 — 6 — 45 —

Bu!n:arie 21 — 9 — 30 —

Italie 11 — 12 — 1»3 —

Grèce 8 — 11 — 19 —

Roumanie 10 — 5 — 15 —

(î) Mouvement maritime (mars 1892 — mars 1893):

Pavillons. Navires. Tonnage.

Anglais 11.312 9.159.440 ton.

Ottoman 142.152 5.958.3?5 —

Autrichien 4.125 3.613.830 —

Hellène 16.755 3.393.755 —

Français 2.16i 2.347.813 —

Russe 1.722 1.772.791 —

Italien 1.518 1.189.618 —

Divers 7.043 2.209.856 —

Totaux 186.791 29.645.428 —

{t] Mouvement du port de Constantinople (1892) :

15.273 navires jaugeant..... 8.479.050 tonnes. Dont 3.645 — 4.343.578 — sont anglais.

des pays danubiens et russes à destination des ports de Toccident. Cette grande ville peut devenir un jour le lieu de jonction des réseaux de voies ferrées d'Europe et d'Asie occidentale.

Salonique n'a qu'un mouvement dix fois moins considérable. C'est le lieu d'exportation des blés, orges, maïs, peaux, cotons, tabacs de la Macédoine. Les navires anglais, français, autrichiens y apportent des sucres, des cuirs, des cafés, huiles minérales, liqueui*s. Autriche-Hongrie et Angleterre y importent le plus ; la France y achète autant que ces deux États réunis. Nos nationaux y font des échanges d'une valeur de 15 millions de francs, soit plus d'un cinquième de l'ensemble des transactions.

RodostOf KavallQj Dédé-Agatch sont aussi des places importantes pour le chargement des céréales, blés et maïs.

La marine marchande de la Turquie est peu importante (1 ). Le cabotage à vapeur est aux mains des étrangers, Autrichiens, Français, Italiens, Grecs ; les Hellènes de Grèce ou sujets turcs des îles de l'Archipel, de Lemnos, Mithylène, Chios, etc., jouent un grand rôle dans le cabotage à voile de la Turquie d'Europe.

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