‹ Précis de géographie économiqueChapitre 48 sur 182 · G.000 122.400 419. COO · texte numérisé non relu

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PORTUGAL. 28d

Les industries dérivées du règne animal sont la filature et le tissage des laines à Lisbonne et à Coimbre. Ces deux villes envoien t leurs lainages aux colonies et au Brésil. Les soieries de Lisbonne ont quelque réputation. Citons encore les tanneries de Beja et de Lisbonne.

Ainsi les industries, peu nombreuses d'ailleurs, sont presque toutes concentrées dans les villes maritimes où Ton peut faire venir à bon compte de l'étranger la houille qui manque en Portugal. Cette localisation s'explique aussi par une autre cause ; les rares produits industriels du petit royaume sont exclusivement destinés à ses colonies ; il y a donc tout intérêt à les fabriquer au lieu même d'embarquement. Mais la majeure partie des objets fabriqués que consomment les Portugais vient des manufactures étrangères, et surtout de la Grande-Bretagne. Un État qui, comme l'Espagne, n'a pas pu se tenir au courant de l'industrie moderne, faute de capitaux, mais qui emprunte à l'étranger pour mettre en valeur ses ressources naturelles, a chance de s'émanciper à force de science et de travail. Le Portugal a perdu, en certains cas, jusqu'à la propriété de son sol, qui est livré de plus en plus à l'exploitation étrangère, il lui faut donc d'abord s'affranchir de la servitude économique, racheter la partie aliénée du patrimoine national, avant de songer à l'exploitation de l'ensemble.

Voies de communication. — Le Portugal, mince bande de territoire allongée du nord au sud, est, malgré la médiocre articulation de ses côtes, un État maritime par excellence : agriculture et marine, voilà ses deux chances de relèvement.

Tout d'abord il est bien placé, à l'avant-garde de l'Europe méridionale, en face du continent américain, à bonne portée aussi de l'Afrique occidentale. Par là s explique la glorieuse histoire de ses navigateurs et de ses colons.

La disposition du relief intérieur n'est pas moins favorable à la sortie des produits portugais vers la mer. Les vallées déjà bien dessinées et pluslargesquesur le territoire espagnol, sont des couloirs menant tous à l'Atlantique. Les deux grands ports, Lisbonne et Porto, sont précisément à l'issue des deux vallées les plus importantes. 11 sont aussi, nous l'ayons vu, les portes de sortie de deux vastes régions du territoire espagnol.

Le littoral est médiocre, mal articulé : mais le meilleur port d'estuaire, le seul port vraiment naturel, Lisbonne, est justement celui dont la situation est la meilleure pour l'ensemble des pays de la péninsule : il est en outre placé sur un chemin important du trafic international.

Le Portugal est, en effet, le passage naturel des produits de l'Espagne vers l'Atlantique et le monde américain, beaucoup plus que la Galice et les Asturies ; nous l'avons déjà constaté et expliqué. En outre Lisbonne peut être considéré comme le lieu fmal d'embarquement des Géographie économ. 19

voyageurs de toute l'Europe à destination de l'Afrique occidentale et de l'Amérique du Sud. C'est de là que Ton peut gagner le plus vite les deux promontoires avancés que l'Afrique et l'Amérique du Sud tendent Tune vers l'autre, Dakar et Pernambuco.

Aussi la marine marchande du Portugal est-elle relativement assez considérable, ainsi que le mouvement de ses ports.

Lisbonne est de beaucoup le premier des ports et la place de commerce la plus importante. C'est surtout le lieu d'escale obligé des navires qui, de l'Europe nord-occidentale se rendent, soit dans l'Atlantique du sud (Afrique et Amérique méridionale), soit dans la Méditerranée et l'Extrême-Orient. Plusieurs compagnies anglaises et françaises font toucher barre à leurs navires dans ce port large et sûr. Le développement rapide du Brésil promet à Lisbonne un accroissement de prospérité.

Porto résume le commerce extérieur de la vallée du Douro, mais la médiocrilé du port et les dangers de la barre empêchent beaucoup de navires d'y entrer (1).

La mer étant le chemin par excellence des Portugais, on ne saurait s'attendre à trouver dans ce pays, peu étendu d'ailleurs, un grand développement des voies de communication terrestres. Toutefois, même eu tenant compte du rôle important que doivent jouer la navigation et le cabotage, les routes n'y sont pas encore en nombre suffisant. Ce pays qui mesure environ 600 kilomètres du nord au sud, et 200 d'est en ouest, n'a que 4,000 kilomètres de réseau routier. La rivalité entre Espagnols et Portugais, le désir légitime qu'a l'Espagne de faire de ses ports du nord-ouest et du sud-ouest ses vrais débouchés, en dépit de la nature, voilà ce qui empêche le développement des routes portugaises; ces routes ne peuvent exister en grand nombre et prospérer que si elles sont vraiment. la continuation et la fin du réseau espagnol. Or la seule grande route qui joue quelque peu ce rôle est celle d'Estrémadure en Alemtejo, de Merida et Badajoz à El vas et Lisbonne. C'est la vallée du Douro qui est la mieux dotée de routes, à cause des besoins des transports agricoles.

Les voies ferrées sont de construction plus récente encore en Portugal

(1) Marine marchande (1891). (Grand cabotage et long cours) :

486 voiliers jaugeant 101.711 tonnes.

67 vapeurs — 108.601 —

553 navires — 210.312 —

Mouvement des ports (cabotage et long cours) :

Entrées. Voiliers.... 583.000 tonnes, i Vapeurs... 5.976.000 — S

Sorties, Voiliers.... 569.000 — > — Vapeurs... 5.969.000 — )

Total I3.0S6.000

qu'en Espagne, c'est ce qui explique leur peu de développement acluel : depuis 1875 seulement, la progression a été rapide (1).

Les voies ferrées ont un double rôle à remplir sur le territoire portugais; elles doivent relier aux deux grands ports, aux deux seules villes industrielles, Lisbonne et Porto, les régions et villes secondaires de Tintérieur, puis unir ces mêmes villes à TËspagne et par là au reste du continent.

Les relations à Tintérieur sont assez mal assurées par la ligne qui longe la mer du nord au sud, par Valença, Porto, Aveiro, Coïmbre, Lisbonne et le Faro, par celle d'Ëlvas à Lisbonne, et celle de la vallée du ûouro. Mais le système de jonction avec l'Espagne laisse encore plus à désirer. Cependant, les lignes de Madrid à Lisbonne soit par Ciudad-Real, Badajoz et Ëlvas, soit, plus directement par Talavera et la vallée du Tage, la grande ligne internationale de Bayonne à Vailadolid, Salamanque et Lisbonne permettent quelques relations. Mais trop souvent les lignes espagnoles s'arrêtent à quelque distance de la frontière. Les Espagnols se soucient médiocrement, on le comprend sans peine, de donner aux peuples du continent ou à eux-mêmes, les moyens d'aller s'embarquer à Lisbonne plutôt qu'à Santander, la Gorogne et Cadix.

Les voies navigables y sans être bonnes, sont meilleures qu'en Espagne. Les fleuves sont moins encombrés de rapides, et, dans cette zone pluvieuse, gagnent vite en volume ; la marée vient du reste les soutenir.

Le Douro devient navigable près de la tour de MoncorvOy ayant quitté les pentes rapides du plateau; pendant 142 kilomètres, il peut porter de grosses barques. A son embouchure où il est large de 250 mètres, les navires de médiocre tonnage pénètrent seuls à cause de la barre. C'est aussi tout près de la frontière espagnole que le Tage quitte le plateau ; mais il ne devient navigable qu'à Abrantès, à 190 kilomètres de son embouchura : il le doit au contingent des eaux de la Serra da Estrelia apportées par la Zézère. Lisbonne peut recevoir les plus gros navires. Quant au Guadiana, il est d'une navigation difficile à cause de la barre qui obstrue ses bouches.

Les travaux de canalisation ont été appliqués à quelques parties de ces fleuves; il est question en particulier d'améliorer le Guadiana.

Commerce proprement dit. — Le commerce portugais, bien qu'éprouvé par les fléaux qui frappent la viticulture, est cependant en progrès (2). Les

(1) Chemins de fer :

1855 36 kilomètres

1891 2.149 — plus 155 en construction.

(3) Commerce total:

Importations SiS.GOO.OGO fj. 27Î. 400.000 fr.

Exportations 158.000.000 291 .700.000

Réexportations et transit. » - 82.700.000

Total général 406.600.000 .646.800.000

importations consistent surtout en céréales, cotonnades, machines, charbon, tissus de laine et de soie et denrées coloniales ; les exportations en vin, liège, poissons et cuivre (i).

La Grande-Bretagne vient au premier rang des clients du Portugal ; mais ce commerce, surtout en ce qui regarde les achats de vins, est presque fictif, et n'enrichit guère le pays, puisque beaucoup de domaines agricoles appartiennent à des Anglais. Les Anglais vendent des produits manufacturés pour une valeur presque double de leurs achats. Le commerce anglo -portugais tend du reste à diminuer devant le désir des Portugais de se débarrasser d'une tutelle gênante.

La France tend à profiter de cette diminution : ses exportations ont considérablement progressé depuis quelques années. L'Allemagne est exactement sur le même pied que la France, mais elle vend moins et achète plus.

Le Brésil a gardé de bonnes relations avec son ancienne métropole, les Etats-Unis d'Amérique font un commerce presque égal, et commencent à faire concurrence aux produits manufacturés européens.

L'Espagne enfin ne fait presque aucun commerce avec le Portugal, ces deux pays sont trop semblables, les conflits d'intérêts trop grands (2).

Colonies. — Il ne reste plus au Portugal que des débris de son immense empire colonial : les Hollandais d'abord, les Anglais ensuite, lui en ont enlevé une grande partie, puis la révolte du Brésil a terminé cette décadence. Quelques fies d'Afrique (Cap Vert y San Thomé, Isla do Principe), quelques comptoirs en Sénégambie et en Guinée, puis les établissements malheureusement séparés par des possessions anglaises d'Angola et de Moiambique, les comptoirs de Dtu, Goa aux Indes, Macao en Chine, enfin rUede Timor y telles sont actuellement les seules annexes du Portugal. La superficie totale est estimée, trop généreusement sans doute à 2 millions

(1) Détail du commerce (1891) :

Importations,

Céréales 28.000.000 fr.

Denrées colon 22 . 696 . 000

Cotonnades 14.900.000

Tissus 13.900.000

Exp(

Vins 56 600.000 fr.

Liège 15.500.000

(2) Principaux clients du Portugal (1891)

Importations.

Grande-Bretagne. . . 75.600.000 fr.

France . . . .' 38.080.000

Brésil 10.640.000

États-Unis 28.560.000

Espagne 16. 240. 100

Machines

Fer

Houille

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