‹ Précis de géographie économiqueChapitre 68 sur 182 · fr · texte numérisé non relu

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(2} Détail des importations et exportations (1892) :

Importations.

Matières textiles 280 . 000 . 000 f r.

Peaux, cuirs et fourrures 98.000.000

Café 89.750.000

Filés 83.250.000

Tissus 63.250. 000

Tabac 59.000. 000

Houille 52.750.000

Machines, 46.750.000

Livres et cartes 34.500.000

Bétail 34.250.000

Exporlalions.

Céréales 191.250.000 fr.

Sucre 185.000.000

Bois 140.000.000

Bétail 106.250.000

Houille 73.250.000

Articles en cuir 69.500.000

Œufs 58.500.000

Soies et soieries 50.500.000

Verrerie 45. 750. 000

Papier 43.000.000

Bière 18.250.000

en céréales et en bestiaux, contribue à nourrir les pays pauvres ou surpeuplés de rAUemagne du sud et de Test; la Bavière, la Saxe et la Prusse lui demandent une partie de leur subsistance. D'autre part rAUemagne présente à la frontière austro-hongroise deux de ses plus riches régions d'industrie, la Silésie et la Saxe, qui fournissent des produits que l'industrie autrichienne ne fabrique pas ou fabrique en trop petite quantité, par exemple des tissus de coton ou de laine, des soieries, des filés ; ces pays expédient même de la houille. On saisit d un coup d'œil le défaut de ces relations ; si TAllemagne ne peut échapper au tribut qu'elle paye à l'Autriche-Hongrie pour se procurer des denrées alimentaires, FAutriche-Hongrie se rend et se rendra de plus en plus indépendante. Il suffit que son industrie de Bohème, de Moravie et de Styrie se développe : la houille ne manque pas, ni le fer. Trieste est parfaitement située pour recevoir des soieries de l'Extrême-Orient le jour où ce délicat travail sera aussi bien acclimaté en Autriche qu'en Allemagne.

On ne s'étonnera donc pas de constater que de Tannée 4884 à Tannée i88o, l'Allemagne a vu ses ventes baisser de plus de 100 millions de francs et a réduit ses achats d'une moindre somme ; une loi géographique se vérifie en dépit des combinaisons politiques.

En seconde ligne, viennent les lies Britanniques, qui importent des objets manufacturés pour une somme plus considérable que celle de leurs achats.

Les conditions d'échange avec Vlialley bien que le commerce porte simplement sur la somme de 240 millions de francs, sont autrement stables. L'Autriche-Hongrie, maîtresse d'une partie de la bande du territoire alpestre interposée entre l'Allemagne et l'Italie, est dans une situation excellente pour supplanter un jour l'Allemagne sur les marchés italiens. Or l'Italie ne saurait devenir grande puissance industrielle capable de se suffire, puisqu'elle est dépourvue de houille. 11 y a là un débouché excellent pour les manufactures de Bohême, d'Autriche et de Styrie. L'Autriche-Hongrie peut acheter en Italie les produits méditerranéens que la Dalmatie et le Tyrol ne fournissent pas en quantité considérable, huiles d'olives, vins, riz, fruits divers, puis d'excellent fer, du soufre. La Hongrie trouve aussi chez les populations italiennes, très denses, un placement avantageux de ses denrées agricoles.

La Suisse, Ibl France viennent ensuite, leurs échanges avec la monarchie austro-hongroise ont été considérablement augmentés à la suite du percement du tunnel de TArlberg. Les Hongrois vendent à la France des produits agricoles en concurrence avec ceux de l'Italie. Enfin, nous achetons beaucoup de bois bruts. Nos importations en Autriche- Hongrie, moins importantes, ont augmenté elles aussi, malgré la concurrence que font à nos produits ceux de l'Allemagne et de l'Italie, en particulier les vins de cette dernière.

La Russie dont l'industrie est encore beaucoup moins en rapport que celle d'Autriche-Hongrie avec les ressources naturelles du sol, demande à sa voisine du sud-ouest un certain nombre de produits manufacturés^

machines, tissus, etc. ; elle lui envoie, pour alimenter ses industries texliles, des laines, du lin, du chanvre. L'ensemble de ces échanges dépasse une valeur de iOO millions de francs. 11 existe entre les deux pays une rivalité que les considérations économiques peuvent contribuer à expliquer mieux encore que les leçons de l'histoire ; tous deux sont grands producteurs de denrées agricoles, tous deux moins avancés en développement industriel que les États de TEurope occidentale et centrale, mais également avides de conquérir la prééminence sur les marchés de la péninsule balkanique, et du Levant. L'Autriche-Hongrie a pris l'avance, gr&ce au plus rapide développement de son industrie et à l'appui de l'Allemagne qui la recommande et lui fait concurrence à la fois.

La Roumanie, la Turquie, la Serbie, la Bulgarie sont aujourd'hui sous la domination économique de rAutriche-Hongrie; les jeunes États libérés par la Russie sont surtout clients des rivaux de cette puissance. Ainsi la Roumanie seule fait avec l'Autriche-Hongrie un commerce de plus de 80 millions de francs. C'est que le Danube est une excellente voie pour s'insinuer dans cette région.

En dehors de l'Europe, l'Autriche-Hongrie entretient surtout des relations avec les pays asiatiques du Levant, avec les États-Unis d'Amérique et le Brésil, avec ï Egypte (i).

Le transit qui emprunte son territoire atteint une valeur considérable. Il comprend des produits allemands expédiés vers Trieste ou vers la Roumanie et la Serbie, des marchandises débarquées à Trieste pour l'Allemagne, enfin les envois des pays du bas Danube, riches en céréales, vers l'Europe centrale. L'ouverture de la voie ferrée jusqu'à Salonique, la future jonction avec les chemins de fer helléniques, ne peuvent qu'accroître le rôle du transit allemand sur le territoire austro-hongrois. Les bénéfices du transport de ces marchandises étrangères compensent-ils le tort que fait leur concurrence au commerce national? Cette politique économique n'a qu'un inconvénient; si la Russie est paralysée sur les mar-

(I) Principaux clients de rAutriche-Hongrie (189*2):

Importations. Eiportalions. Total.

AUemagne 577.552.500 fr. 1.004.992.500 fr. 1.582.545.500 fr.

Iles BriUnniques.... 154.310.000 117.095.000 271.405.000

Italie 104.930.000 133.320.600 238.250.000

Suisse 65.562.500 78.155.000 143.717.500

France 54.235.000 62.955.000 117.190.000

Russie 60.117.000 41.412.500 101.529.500

États-Unis 62.730.000 34.665.000 97.395.000

Turquie 37.545.000 55.295.000 92.840.000

Roumanie 14.150.000 68.227.500 82.377.500

Serbie 37.835.000 31.892.500 69.727.500

Ports francs 9.837.500 44.267.500 54.105.000

Pays-Bas 16.510.000 27.197.500 48.707.500

Belgique 23.642.500 13. 115.000 36.757.500

Grèce 19.470.000 8.942.500 28.412.500

Bulgarie 3.517.509 18. 94,». 500 22.460.000

chés du Levant, ce qui ne peut toujours durer, TAllemagne y supplante lÂutriche-Hongrie en même temps qu'elle semble Ty soutenir.

Conclusion. — Telle est la condition de cet empire, si riche, mais dont les richesses sont encore si médiocrement exploitées. Ce retard tient pour beaucoup à des causes politiques, aux âpres dissensions qui divisent les races si diverses dont se compose la population.

L'intérêt économique, tout puissant en notre siècle, devrait, sembie-t-il, mettre fin aux discordes, rapprocher les races. Là encore il y a antagonisme. Hongrie agricole par excellence, Autriche industrielle n'ont point précisément les mêmes intérêts. Les pays d'agriculture sont rivaux de la Russie agricole et trouvent leur compte dans un rapprochement avec l'empire allemand, leur principal acheteur. La Bohême au contraire, rivale de la Silésie et de la Saxe, ne peut désirer une trop étroite intimité de lempire à 1 égard de ces dangereux concurrents. Les rivalités de races compliquent ces conflits d'intérêts.

Faut-il rappeler la difficulté des débouchés de cet État continental séparé de son domaine côtier par le large rempart des Alpes? Et ces communications précaires vers la mer du sud, l'Autriche n'en garde pas même le monopole ; elle en partage avec l'empire allemand les avantages modestes. Est-ce la fameuse poussée vers l'est, vers Salonique et TArchipel, qui doit racheter ces inconvénients? Ce n'est pas encore la une solution définitive, en admettant même que Turcs et Serbes ne se fatiguent jamais de laisser ouvertes à l'étranger les meilleures portes de leurs pays. C'est une étape provisoire de la question d'Orient que des raccordements de voies ferrées ne trancheront pas seuls.

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