CHAPITRE III
§ I. Coup d^œil sur la g^éographie physique et politique.
Situation et dimensions. — La Suisse est située au centre de l'Europe occidentale : seule des puissances européennes, elle n'a aucun accès à la mer, et se trouve entourée de tous côtés par des frontières terrestres. La France» TÂllemagne, TAutriche et Titalie sont ses voisines et veillent jalousement, dans leur propre intérêt, sur sa neutralité. La Suisse s'étend, entre les 45* 48' et 47° 48' de latitude nord, et les 3» 37' et 8® 9' de longitude orientale de Paris, sur une superficie de 44 346 kilomètres carrés. ,
Composition du sol et relief. — La Suisse est partagée, au point de vue de la géologie en trois grandes bandes parallèles, orientées du sud-ouest au nord-est. C'est d'abord, au sud, dans les grandes Alpes, la région cristalline, séparée de la région calcaire par la faille où coulent, en sens opposés le Rhône et le Rhin. Cette zone calcaire s'étend sur les massifs subalpins jusqu'à la ligne tirée de Villeneuve, au fond du lac de Genève, à Bregenz au fond du lac de Constance. La dernière bande est celle de la mollasse, qui couvre tout le reste du pays, depuis le pied des montagnes alpestres jusqu'à celui du Jura, qui appartient de nouveau aux formations calcaires.
La Suisse est essentiellement un pays de montagnes, un pays alpestre, les deux tiers de sa superficie sont occupés par les massifs des Alpes, et le dernier tiers, celui du plateau, est formé des débris alpestres apportés par les torrents ou les glaciers de l'époque glaciaire. Toute la partie méridionale et orientale, au sud- est de la ligne qui sépare la région calcaire de la région de la mollasse, est couverte des puissants massifs alpestres; ceux-ci, couverts de glaces et de neiges permanentes enlèvent une superficie considérable à la culture, mais aussi, par la beauté de leurs aspects, attirent une quantité toujours plus grande de touristes, et forment ainsi une nouvelle source de revenus pour le pays.
Malgré leur grande hauteur, les Alpes, surtout en Suisse, ne sont pas une barrière infranchissable entre les pays du nord et ceux du sud; profondément pénétrées par les vallées qui, du centre du pays, divergent dans tous les sens, elles offrent un grand nombre de passages relative-
ment faciles : un d'entre eux même livre accès à une voie ferrée de la plus grande importance internationale, c'est le passage duSaint-Gothard.
Entre le pied des Alpes et celui du Jura se trouve la région du plateau suisse, improprement appelé plaine suisse : du lac de Genève au Rhin, il s'étend, avec une hauteur moyenne de 4 à 500 mètres, sans offrir le moindre obstacle aux communications.
Le Jura enQn forme la limite entre la France et la Suisse. Mais tandis que, sur le versant français, il étend la longue série de ses chaînes parallèles, il tombe à pic sur le versant suisse, sauf à son extrémité nordorientale où il couvre de ses ramifications peu élevées le territoire qui s'étend de Bâle k SchafTouse. Moins haut que les Alpes, le Jura est un obstacle plus difficile à franchir, les cols sont à peine plus bas que les sommets, et seules, quelques vallées longitudinales comme le Val-Travers permettent de passer, non sans difficulté, de Suisse en France.
Climat. — D'un relief moyen très considérable, éloignée de la mer, et séparée d'elle par des obstacles montagneux considérables, la Suisse a un climat en général très rigoureux. La neige ne quitte pas les hauts sommets, et demeure fort longtemps dans le reste du pays, sauf dans quelques vallées bien abritées, comme les bords du lac de Genève.
Les pluies sont naturellement considérables, et s'accroissent avec le relief; les lignes pluviométriques coïncident assez exactement avec les lignes hypsométriques. Ne dépassant pas i mètre sur le plateau et dans les vallées abritées comme le haut Valais, la couche d'eau annuelle atteint et dépasse 2'",50 sur les hauts sommets. En automne, en hiver et au printemps, c'est sous forme de neige que tombe l'eau, elle s'amasse en grandes quantités, forme des glaciers qui, la belle saison venue, compensent pour les fleuves la rareté des pluies.
Hydrographie. — Le nœud du Saint-Gothard est le grand centre hydrographique de l'Europe. De ce point et de ses environs divergent le Rhône^ le Rhin et ses affluents l'Aar et la Reuss, le Tessin et i'inn. Les eaux tombées sur le Gothard vont donc dans toutes les mers européennes^ Océan, Méditerranée, mer Noire. Tous ces fleuves ont des caractères seniblables : torrentiels et troubles dans leur cours supérieur, ils s'apaisent, se régularisent et se filtrent dans les grands réservoirs lacustres formés à la sortie des montagnes. Leur période de débit considérable est au moment de la fonte des neiges, et les glaciers soutiennent leur niveau pendant l'été. Si aucun d'entre eux n'est vraiment navigable, leurs vallées sont cependant des voies d'accès relativement faciles à travers les Alpes.
Les lacs sont nombreux en Suisse : sans parler des cuvettes sans importance de la haute montagne, les lacs de la lisière des massifs, outre leur utilité comme régulateurs des fleuves, servent de voies de communication assez fréquentées.
Populations. — Bien qu'unies par un patriotisme légendaire, les populations de la Suisse sont de races différentes, et les langues sont diverses : Allemands, Français, Italiens, Romanches se partagent inégalement le
territoire de la Confédération. La religion, de même, divise le pays entre catholiques et protestants (1).
La population, de densité très inégale (7i par kil. carr. en moyenne), s'accroît assez rapidement (0.375 p. 100 par an), et Témigration n'enlève qu^un tiers de Texcédent des naissances (2).
Gomremement. — La Suisse est une confédération de 22 cantons (dont trois divisés en deux sous-cantons). Chacun de ces cantons est autonome pour tout ce qui n'intéresse pas Tensemble de la confédération.
Le gouvernement fédéral se compose d'une assemblée fédéi*ale divisée en conseil fédéral, assemblée des représentants du peuple élus au suffrage universel au prorata de la population et en conseil des États, réunion des délégués des 22 cantons (deux délégués par canton). Ces deux conseils élisent à leur tour le conseil fédéral, composé des sept ministres et qui a le pouvoir exécutif. Le président de la confédération est élu pour un an par ses collègues du conseil fédéral.
Les finances de la confédération sont prospères, la dette est infime, mais, malgré la garantie des puissances, la Suisse, pour faire respecter sa neutralité, que ses voisins auraient trop d'intérêt à violer en cas de guerre, a été obligée, ces dernières années surtout, à des dépenses d'armement assez considérables. Les finances particulières des cantons, aussi importantes au moins que celles de la confédération, sont, sauf quelques rares exceptions, assez prospères, et quelques-uns d'entre eux ont pu supprimer tout impôt direct.
La Suisse n'a pas d armée permanente, mais chaque citoyen, exercé pendant quelques semaines, a un équipement et ses armes chez lui et
(1) Population (1888, dernier recensement) : Population totale 2.917 . 754 hab. Moyenne kilométrique. . . 7 1
Langues : Allemande 2.083.097
— Française 634.613
— Italienne 155.130
— Romanche 38.357
Religions : Protestants 1 . 7 16. 548
— Catholiques l . 183.828
— Israélites 8.069
()) Mouvement de la population :
Naissances. Décès. Escédcnt. Émigration.
Principales villes (1893) :
Zurich (avec faubourgs). 103.271 hab.
Genève — 78.777
Bâlc 75.114
Berne 47.620 hab.
Lausanne 35.623
peut se rendre très rapidement au point menacé sur Tappel du
pays(l).
§ 11. — Géographie économiqae.
A. — Agriculture.
Condition générale. Principales zones. — La Suisse, par son relief et son climat, ne peut être un pays d'agriculture très développée; mais ces mêmes conditions, et en particulier, le climat très pluvieux, sont excellentes pour rélevage du bétail ; aussi les Suisses excellent-ils dans ce genre d'agriculture.
Dans ce pays de montagnes, peu étendu du reste, les régions agricoles, au lieu de se juxtaposer, se superposent suivant raltitude,ce qui a permis de distinguer quatre zones d'altitude principales :
Jusqu'à 550 mètres prospèrent les vignes ; jusqu a 800 et 8.'i0 mètres le sol est occupé par des champs de blé et par des forêts de chênes ; celte seconde zone compte aussi de luxuriantes prairies qui donnent deux coupes par an. Au-dessus de cette limite apparaissent les bois de hêtres et de sapins, les champs de seigle, les arbres fruitiers ; jusqu'à 1,300 mètres, on y voit encore de belles prairies. De 1,300 à 1,800 mètres se développent les forêts de sapins et les pâturages ; enfîn, plus haut, jusqu'à la limite des neiges persistantes, se trouve V « alpe » ou pâturage d'herbe rase et savoureuse que le bétail pait pendant la belle saison. En somme» les deux tiers de la superficie totale du pays sont susceptibles d'une exploitation quelconque (2).
(1) Finances de la Confédéral
ion :
RecelUv.