Précis de grammaire arabe
Lorsqu'ils parlent;, les Arabes ne s'expriment point dans les mêmes termes qu'ils le feraient en écrivant. Non seulement ils usent de la tolérance admise, chez tous les peuples^ en faveur de quiconque parle ou improvise^ mais encore ils n'éprouvent pas le moindre embarras à se servir de bon nombre d'expressions qui passeraient à bon droit pour de grossiers solécismes ou barbarismes s'ils étaient tracés sur le papier.
Or^ pour être en mesure d'entrer en relations directes et utiles avec les Arabes^ il est de toute nécessité que l'on connaisse à la fois la façon dont ils rendent leur pensée de vive voix et la forme qu'ils lui donnent par écrit. Il m'a donc paru indispensable^ dans un traité pratique comme celui-ci^ de ne point séparer^ ainsi qu'il est coutume de le faire^ ces deux formes de la langue arabe; et c'est pourquoi ce Précis^ à l'occasion de chaque catégorie grammaticale^ indique successivement les règles de l'arabe écrit et celles de l'arabe parlé^ ces dernières imprimées en italiques^ afin d'éviter toute confusion.
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Malgré ces dénominations vicieuses^ quoique consacrées par TusagC; d'arabe vulgaire et d'arabe littéral^ on aurait tort de croire que les Arabes possèdent deux langues différentes. Cela ressortira d'une manière évidente de l'examen des deux séries de règles juxtaposées ci-après : chacun y reconnaîtra sans peine que les formes spéciales au langage parlé ne suffisent pas à constituer un idiome différent. On sait d'ailleurs qu'en français^ par exemple^ il existe un écart non moins grand entre la façon de parler de la majorité de nos concitoyens et celle d'un de ces orateurs de profession ({ni^ selon la locution familière, parlent comme un livre.
Un des caractères particuliers à la langue arabe c'est précisément qu'elle n'est jamais parlée correctement^ même par les gens les plus instruits; les savants musulmans eux-mêmes ne soignent jamais leur diction et ne cherchent point à s'exprimer autrement que l'homme le plus ignorant. Sans doute leur conversation est plus variée^ leur vocabulaire est plus riche; mais aucun d'eux ne songera à éviter un barbarisme ou un solécisme accoutumés et ne rougira de dire, par exemple^ nelctehou^ ce qui équivaut à quelque chose comme j' écrivants y en français. Celui qui parlerait autrement risquerait fort de n'être pas compris.
Il convient d'ajouter à cela que, contrairement à ce qui se passe dans toutes les langues vivantes, l'arabe écrit a assez bien résisté à l'invasion des mots nouveaux ou des tournures nouvelles. Cette résistance toutefois n^a pas été telle qu'elle ait empêché le style épistolaire de s'enrichir d'un certain nombre de mots ou de formes que la grammaire classique réprouvait, et quelques ouvrages^ tels les Mille et une nuits et le roman d'Antar, ont eux-
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mêmes subi cette transformation qui leur a assigne une place à part dans la littérature arabe. jMallieureusement récriture arabe ofîre un grand obstacle à ce mouvement qui tendrait^ ainsi que cela a lieu chez nous^, à établir une forme commune^ à la fois propre au discours écrit et au discours parlé. Cependant il est permis de croire que la diffusion de Finstruction et Faction vulgarisatrice de la presse finiront par amener ce rapprochement que tout le monde désire et qui se produira naturellement aux dépens de la forme ancienne, comme cela a eu lieu en français^ par exemple, où cela a pu devenir ea^ sans qu'on puisse espérer que advis remplace un jour avis.
Les peuples qui parlent Farabe ne constituent pas une nation unique; et s'ils forment sur le sol une sorte de chaîne ininterrompue, ils n'en sont pas moins séparés en groupes^ différant par la race, les mœurs et les traditions politiques ou administratives; aussi rencontre-t-on parmi eux des dialectes parlés qui, par des transitions légères mais successives^ ont fini par offrir d'une extrémité à l'autre de la chaîne des divergences très sensibles. Pour ne pas développer outre mesure les dimensions de ce volume, il a fallu s'en tenir à un seul dialecte, et c'est celui du Maghreb que j'ai choisi comme étant le plus intéressant pour la France.
Étant donné qu'il s'agissait d'un livre d'étude pratique, il n'a pas pu être question d'y faire figurer aucune théorie linguistique. Cet exposé grammatical ne doit être considéré que comme un moyen de travail, une sorte d'outil dont le principal mérite doit être la facilité à être manié. Pour obtenir ce résultat on s'est contenté de grouper les faits et d'en déduire ensuite, parfois sous
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forme empirique^ une règle générale^ sans s'inquiéter de savoir si elle était bien en harmonie avec les théories^ plus ou moins scientifiques du reste^ qui ont été formulées jusqu'à ce jour sur la langue arabe. Être simple et clair tel a été le but poursuivi. A-t-il été atteint? Il ne m'appartient pas de le dire.
PariS;, mars 1897.
PEÉCIS DE GEAMMAIEE AEABE
LIVEE PEEMIER