‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 114 sur 320 · DU MASCULIN ET DU FÉMININ · texte numérisé non relu

DU MASCULIN ET DU FÉMININ

Il en est de même de mots en a appartenant soit à la langue savante, soit à la langue populaire. Citons : choléra^ ucacia. Cette influence est si forte qu'on va jusqu'à dire : le phylloxéra vastatrix, en accolant une épithète féminine au nom de la bête, qui reste pourtant masculin.

B. Réciproquement, beaucoup de masculins sont devenus féminins.

Exemples : une amulette, une comète, une énigme, une épithète, une rim,e, une poudre, une rencontre, etc.

Une multitude de mots aujourd'hui ramenés à leur genre étymologique avaient autrefois subi cette influence. On a dit : une échange, une exercice, une intervalle, une opuscule, une orage, une ouvrage, une rhume; voire même : une prophète, une pape, malgré le caractère nécessairement masculin du Saint-Père.

2** Un certain nombre de mots avaient deux formes, Vune masculine, l'autre féminine, appartenant le plus souventfl'uneau latin classique, l'autre au latin populaire. L'une des deux a supplanté Vautre. Dans épi (spicum et spicam), fétu (festucum et festueam), c'est le masculin qui a triomphé.

Au contraire c'est le féminin dans grenouille (ranuncula et ranunculus). Le mot fourmi est curieux. Autrefois on disait : un fourmi (formicum) et une fourmie (formicam). Le genre féminin est resté avec la forme du masculin.

Parmi ces noms figurent en particulier les neutres latins dont le singulier a donné une forme masculine, et le pluriel une forme féminine. Pour quelques-uns d'entre eux, la langue hésite encore entre les deux genres. Ainsi foudre, qui correspond à futgur et à fulgura, est tantôt masculin, tantôt féminin ;• orgue [organum et organa) est masculin au singulier et féminin au pluriel (comparez dé/ice = delicium et délices = &qY\cï^s).

3*» Il y a des changements de genre dics à une analogie psychologique.

Minuit, par exemple, est devenu masculin par un rapprochement tout indiqué avec midi. De même des exprès-

sions comme la mi-carême, la mi-janvier sont au féminin parce qu'elles sont formées sur le modèle des noms de fête, comme la Saint-Jean, la Toussaint (proprement : la fête Saint-Jean, la fête de tous les Saints), où le mot fête sousentendu entraîne le genre féminin.

L'exemple le plus curieux de cette influence est fourni par les noms en eur, comme chaleur, peur, ardeur.

Dès l'ancien français ces mots sont féminins. Les tentatives faites au xvi« siècle par les savants pour leur rendre leur genre étymologique n'ont pas abouti, sauf dans quelques cas particuliers, tant la tendance à les faire féminins était forte et persistante. Or il est impossible de trouver dans la forme de ces mots la raison de cette tendance. C'est à une influence analogique qu'il tant la rapporter. En effet tous les mots abstraits formés avec les différents suffixes : té y ie, etc., étaient féminins. Les noms en eur ayant un sens analogue, ont pris le même genre que les autres.

4" Des changements de genres correspondent à des changements de sens dans les noms.

C'est ainsi que vervex^ nom masculin, signifie en latin un mouton. Mais ce mot, en passant en français, cessa de désigner le mâle de l'espèce ; en conséquence brebis, qui représente le latin vervecem^ nom d'une femelle, prit le genre féminin. De même jumentum, qui en latin désigne d'une façon générale une bête de somme, donne le français jument, qui par sa forme et son étymologie, aurait dû être masculin. Mais comme le mot jument ne s'appliquait plus qu'à la femelle du cheval, il devint féminin.

La langue a toujours eu une tendance à mettre ainsi d'accord le genre et le sens des mots.

Seulement comme la tradition et l'étymologie empêchaient souvent le genre nouveau de prévaloir, il arriva que les mots hésitèrent entre le masculin et le féminin. Le sub-

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