DU MASCULIN ET DU FEMININ
stantif gent en offre un exemple curieux. Originairement gent signifie race, extraction, ou peuple, troupe. Puis il prend le sens de personne, homme, particulièrement au pluriel. Ex. ;
Il mourut plusieurs gens de part et d'autre. (Fauchet, Antiq. Gaul., V, 10. G.)
Et certes ce furent deux gens qui firent grand chère ensemble. (01. de la Marche, Mém., 1,22. Gr.)
Sous cette influence, ^ens tend à devenir masculin ; mais, d'autre part, l'usage syntaxique s'y oppose. Il en est résulté que ni l'un ni l'autre genre ne l'a emporté : gens aujourd'hui est tour à tour du masculin et du féminin. Quand l'adjectif le précède, l'usage syntaxique est le plus fort, on dit : les vieilles gens, en mettant vieilles au féminin suivant la tradition. Au contraire si l'adjectif se trouve après gens, surtout s'il en est séparé, l'accord se fait avec le sens. Ex. : Voilà trois qens bien étonnés. (Maucroix, Lett., 86. Gr.) Ce qui fait qu'on peut dire : il y a de certaines gens qui sont bien sots.
Il arrive aussi qu'un même substantif, ayant deux sens très distincts, a aussi deux genres. Ainsi on dit : un guide et une guide, un mémoire et une raémoire, un manche et une manche, un poste et une poste.
Parmi ces substantifs à genre variable, il faut noter en particulier les noms féminins qui signifient des choses abstraites, et qui deviennent masculins en prenant un sens concret. Ainsi : une garde, un garde; la critique, un critique; etc., etc.
5° Des noms changent de genre sous Vinfluence des savants. — Nous avons déjà eu l'occasion de remarquer que certains noms avaient, sous l'influence des grammairiens, repris leur genre étymologique, soit pour le garder définitivement, soit pour le reperdre de nouveau. C'est en
particulier au xvi« et au xvii^ siècle que cette action troublante s'est manifestée. Honneur^ labeur ^ en ont gardé le genre masculin, et amour doit à ces grammairiens les règles bizarres qui régissent ce mot et veulent qu'il soit masculin au singulier, féminin au pluriel.
6® Citons pour terminer un certain nombre de mots qui ont changé de genre sans raison appréciable ou connue : Diocèse, sort, étaient autrefois féminins. Ex. :
Chacune cité avoit sa diocèse, laquelle elle prouvoyoit deprestre, (Galv., /nsf. 858. L.)
Ma sors ha esté la première; chascuns des autres, là oii sa sort charra (tombera), venra (viendra) en ces te guise (façon). (Bercheure, f« 32. L.)
Dent, colère, ont été masculins. Ex. :
Le nez moult très bien fait y les danz menus et blanz. {Saxons, V. L.)
Le reste des capitaines advertis de ce collere, demeurèrent tous entredicts (interdits). (Garloix, vi, 5. L.)
Ajoutons que d'autres substantifs comme art, bronze, mélange, tige, ont hésité entre les deux genres, sans qu'on puisse déterminer pourquoi l'usage a définitivement choisi l'un ou l'autre.
n. Des nombres.
188. Singulier, plnrlel et duel. — On sait qu'il n'y a que deux nombres dans la langue française actuelle : le singulier et le pluriel. Plusieurs langues en ont un troisième qu'on appelle duel, employé lorsqu'il s'agit de deux personnes seulement. Le grec, frère du latin, avait conservé