Déclinaisons latines à six cas. — Il y avait eu
latin six cas : le nominatif, le génitif (correspondant à notre préposition de), le datif (correspondant à notre préposition à] y V accusatif (notre régime), le vocatif (dont on se servait pour appeler (vocare), V ablatif (correspondant à notre préposition de ou par).
Un nom prenait ainsi six flexions ; c'était ce que l'on appelait le décliner. Ainsi dominus faisait :
SINGULIER
PLURIEL
Nominatif: c^ominus (le maître),
domini
(les maîtres).
Vocatif: domine (ô maître),
domini
(ô maîtres).
Génitif: domini (du maître),
dominorum
(des maîtres).
Datif: domino (au maîtr»).
dominis
(aux maîtres) .
Accusatif: dominum (le maître).
dominos
(les maîtres).
Ablatif : domino (de ou par le
dominis,
(de ou par les
maître), .
maîtres).
Les systèmes de déclinaisons variaient avec la forme des mots, suivant que le thème de ces mots était terminé par
telle ou telle voyelle ou consonne. Ainsi rosa ne se déclinait pas comme dominus; princeps (le prince), dont le thème est terminé par un p, avait à son tour des flexions toutes différentes. Il y avait ainsi en latin cinq types principaux de déclinaison. C'était un système d'une grande complication.
192. Désorganisation de cette déclinaison. — Dans le passage du latin au français une simplification s'opéra, et cela de deux manières ;
l» Des déclinaisons différentes se confondirent entre elles.
2« Le nombre des cas fut réduit.
Dès le latin populaire, l'agencement savant de la déclinaison latine est bouleversé. La cause en est facile à comprendre :
Outre que ce système était par lui-même fort complexe, l'action des lois phonétiques acheva de l'embrouiller : certaines consonnes finales comme Vm de dominum^ caractéristique de l'accusatif, étaient tombées; en outre les voyelles atones s'assourdissaient de plus en plus, il devenait dès lors difficile de distinguer les cas, surtout pour les populations romanisées qui n'avaient de la langue latine qu'une connaissance très imparfaite. Aussi en vint-on bientôt à employer toutes les flexions pêle-mêle, les unes pour les autres, comme on peut s'en convaincre si l'on jette les yeux sur des documents de l'époque mérovingienne par exemple, documents qui cependant sont rédigés par des lettrés qui font tous leurs efi"orts pour écrire correctement. En voici quelques exemples cités par M. de Jubain ville ;
Ex successione genituri suo (de la succession de son père), pour ex successione genitoris sui.
De intègre statum, pour de integro statu, etc.