‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 146 sur 320 · NOMBRES CARDINAUX · texte numérisé non relu

NOMBRES CARDINAUX

Toutefois, de bonne heure, les formes masculines empiètent sur les féminines; does, deues sont remplacés par dous, deux. Ainsi on trouve déjà dans la Chanson de Roland, 637 : A vostre femme enveierai dous nusches, bien que nusches, qui signifie bracelets, soit un substantif féminin.

Quant à dui, sujet masculin, on rencontre cette forme dans les anciens textes là où la syntaxe l'exige. Ex. :

Dui Sarrazin pa/r les resnes les pristrent (prirent). (Roi., 2706.)

Li message commencierent à issir dui a dui et trois a trois. (Villeh., Conq. de Const., 85. G.) (Les messagers commencèrent à sortir deux à deux et trois à trois.)

Gela dura jusqu'au xiv« siècle, où le cas régime deuA, remplaça, ici comme partout, le cas sujet. Froissart emploir déjà couramment deux au lieu de dui.

Trois vient du latin tres^ qui se déclinait comme taies. Mais l'analogie avait amené la chute du s au cas sujet. Les formes françaises furent donc :

MASCULIN FEMININ

Sujet: ^rei, troi Oat. fres) jp . J . .

Régime : trois, trois (lat. très) j^^^ "^ique.^ treis, trois.

Les autres nombres de 4 à 16, quatre, cinq, etc. reproduisent les termes latins : quattuor, quinque, etc.. et sont comme eux invariables.

S30. iVombres de 16 À iOO. — De 17 à 20, le français abandonne les formes synthétiques septemdecim, etc., et compte, suivant un usage introduit déjà en latin, en ajoutant le chiffre des unités à la suite du nombre dix, et en coordonnant ces deux termes par et. Ex. ; decem et septem, dix et sept, (Voir g 235.)

De 20 à 100, les formes latines reparaissent. On a dit pendant longtemps : trente, quarante,.,^ setante ou septante (70), uitante ou octante (80), et nouante (90).

Uitante, encore usité au xvi^ siècle, a disparu depuis lors ; mais septante et nonante ont été en usage jusqu'à nos jours. Ex. : Ces septante fameuses semaines où les temps du Christ et la destinée du peuple juif sont expliqués. (Boss., Hist,, I, 7. L.)

Observez quHl n^a que soixante ans et que j'en ai bientôt septante. (Volt., Let. à d'Argental, 1763. L.)

Ces deux mots ne s'entendent plus que dans certaines provinces ; exclus par les théoriciens du langage soutenu, on ne sait pourquoi, ils vivent encore dans la langue populaire, dans les patois, et dans certains noms propres comme : les Septante (traducteurs de la Bible) .

L'habitude de compter par vingt, qui a nui k la forme uitante dont nous venons de parler, est sans doute d'origine celtique ; c'est de là que nous vient le multiple quatre-vingts (quatre fois vingt).

L'ancienne langue avait un certain nombre d'expressions numériques analogues : Six vingts (= 120), sept vingts (= 140), huit vingts (= 160). Ex. :

Six vingts pionniers. (D'Aub., H.^ II, 585.)

Six vingt mille coups de canons. (76., I, 228.)

Il y avait hier six vingt mille hommes ensemble sur quatre lignes. (Rac, Let. à Boit., 1692. L.)

Sept vingts hommes. (D'Aub., H., II, 609.)

Quinze- Vingts (300) s'est conservé, en qualité de nom propre, dans le nom de l'hôpital fondé par saint Louis, et comme surnom des vingt parlementaires qui déboursèrent quinze mille livres pour la Fronde.

23t. Mille et ses multiples. — Mille dérive du latin mille, déclinable ; aussi mille a-t-il deux formes en ancien français : un singulier mil (de mille), un pluriel milie, mille (de millia). L'ancienne langue distingue soigneusement ces deux formes et emploie mil ou mille suivant qu'il y a lieu de mettre le singulier ou le pluriel. Ex. :

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