NOMBRES CARDINAUX
Od mil de mes fedeilz. [Roi., 84.) (Avec mille de mes fidèles.)
Pernez mil Francs de France nostre tere. (Ib., 804.) Et au contraire : vint mille humes, (16., 13.)
Mais de bonne heure la langue confondit le pluriel et le singulier et employa l'un où la syntaxe eût exigé l'autre. Ex. :
Pour remployé de cinquante mil hommes en trois armées. (D'Aub., I, 495.)
Quatre mil auditeurs, (lll, kl9.)
Dès lors il n'y avait plus en présence que deux formes concurrentes dont l'une devait supplanter l'autre. Ge fut mille qui l'emporta. Aujourd'hui le pluriel s'emploie seul et dans tous les cas, sauf cependant dans la notation du millésime où mil s'est conservé. Ex. :
L'an mil. L'an mil huit cent quatre-vingt-cinq.
23%. Syntaxe des noms de nombre. — REMARQUE I. — Dans les expressions numériques complexes comme dixsept, dix-huit, etc., l'usage était autrefois d'unir les deux termes dont le nombre total représente la somme par la conjonction et. L'ancienne langue disait : L'an trois cents et vingt et neuf.
Souvent aussi la conjonction n'est exprimée qu'une fois et ne lie ensemble que deux des termes. Ex. : L'an mil cinq cent soixante et quatre. (D'Aub., IV, 346.)
Enfin, très anciennement déjà, et souvent au xvi® siècle, et se sous-entend. Ex. : septante trois (D'Aub., III, 286), cent trente trois [Ib., 289).
Ge dernier usage Ta emporté ; et ne s'exprime plus que dans quelques nombres seulement, comme : vingt et un, Cent et un; mais là aussi, soit pour des raisons phoné-^
tiques, soit sous l'influence de l'analogie des autres nombres, la conjonction disparaît.
Remarque II. — Quand un des nombres terminés par wn, vingt et un, trente et un, était suivi d'un substantif comme dans l'exemple suivant : vingt et un chevaux, l'ancienne langue accordait souvent le substantif seulement avec le dernier nombre et disait : vingt et un cheval, aussi bien que vingt et un chevals.
La règle fut débattue au xvii* siècle, puis les deux nombres juxtaposés s'étant complètement fondus, l'usage s'établit définitivement de faire l'accord avec la somme totale, et le nom se mit au pluriel.
Remarque III. — On sait que les nombres vingt et cent^ étymologiquement invariables, ont reçu le s de flexion dans les multiples comme quatre-vingts^ trois cents, où ils servent de multiplicande. La règle est générale dans l'ancienne langue.
Mais au xvi® siècle l'usage bésite. Le s s'ajoute ou se retranche. Tantôt les auteurs suivent la tradition. Ex. :
Elle avoif passé quatre vingts dix ans. (Mont., II, 3.) La somme. . . se monte à sept millions sept cens soixante
et tant de mille escus. (D'Aub., II, 262.)
Tantôt au contraire, d'Aubigné écrira : huict cent testes»
(IV, 224.) A trois cent lieues. (I, 488.)
Ces hésitations durèrent longtemps; en 1762 l'Académie écrivait encore : neuf cents mille. Les décisions des grammairiens qui ont inventé les règles actuelles et consacré des contradictions injustifiables sont donc d'origine toute récente.
Z33. iVombres indéterminés. — Les principaux nombres destinés à exprimer un nombre indéterminé sont en
NOMBRES ORDINAUX. 285
français : cent et mille, tous deux usités déjà dans l'ancienne langue. Ex. :
En la grant presse mil colpsifiert eplus. (RoL, 209 .) (Dans la grande mêlée mille coups il y frappe et plus.) J'ai traversé cent mers et franchi cent dangers, (Rotrou, DonLope de Cardone^l, k, 509.)
On employait aussi autrefois dans le même sens set cents, (comparez le latin sexcentos). Ex. :
E jo ferrai e mil colps e set cenz. (Rol.y 1078.) (J'y frapperai et mille et mille coups.)