PRONOMS SIMPLES ET PRONOMS COMPOSÉS
facilement. Autrefois ce, en sa qualité de pronom neutre, pouvait représenter comme sujet, comme régime, comme régime indirect une proposition qui allait suivre et qui commençait par que. On dit d'abord : je suis fâché de ce qu'il nest pas venu, proprement : je suis fâché de ceci, à savoir qu'il n'est pas venu. Puis de ce que en vient à former une expression unique, un véritable juxtaposé, où le sens de chaque élément n'est plus visible. De même pour parce que et autres.
B. Cetf cette, ces et leurs composés : cette-ci, cette-là.
Nous avons déjà dit que les pronoms composés cettui-ci, cettui-là, cette-ci, cette-là ont entièrement disparu. Les simples ici ont triomphé, nous verrons plus loin au prix de quelle transformation : ils sont devenus adjectifs, et les enclitiques ci, là ont été transportées après le nom que le démonstratif accompagne. Ex. : cet homme-ci.
G. Cil et ses composés cil-ci, cil-là, celui-ci^ celui-là.
Il sembla un moment que le simple dût disparaître devant les composés. On trouve dans les auteurs du xvi« siècle celui-ci, celui-là, dans bien des endroits où nous mettrions simplement celui, celle. Ex, :
J'ay perdu la vie et la voix Par ceux-là par qui je vivais,
(D'Aub., m, 122.)
Dans quelques cas comme ici la langue est revenue en arrière et a rétabli le simple là où au xvi^ siècle l'usage préférait le composé. Néanmoins le contraire est arrivé bien plus souvent, nous sommes obligés aujourd'hui d'employer ceux-ci, ceux-là dans des phrases où l'ancien et le moyen français usaient du démonstratif simple. Ainsi, au xvi^ siècle, on pouvait dire encore :
Ceux estoyent Pères desquels Vun a dit. (Galv., Déd.)
Celuy n'est parfait poète Qui n'a une ame parfaite.
(D'Aub., m, 140.) Celuy vrayment est fol^ qui....
Veut toujours contredire à son propre désir.
(DuBellay, Œuv. ch., 222.)
Nous nous servons encore de celui comme pronom, mais dans un certain nombre de cas très restreints ; il faut que celui soit suivi d'un relatif ou d'une préposition, comme dans les phrases suivantes : celui qui voudra, celui dont c'est le métier, celui avec qui fai joué, celui de Paris. Et même dans ces phrases il suffît que le relatif soit séparé de son antécédent par un mot autre qu'une préposition pour qu'immédiatement celui fasse place à celui-ci et à celui-là. Ex. :
Puisque ceux-là sont morts qui brisaient les bastilles, (V. Hugo, Châtiments, II, 7, 8.)
En somme, en dehors des cas où le démonstratif est l'antécédent immédiat d'un relatif, les seuls pronoms usités au masculin et au féminin sont : celui-ci, celui-là, celle-ci, celle-là, tant au singulier qu'au pluriel. Ex. :
Es-tu rfe ceux-là, toi? — L'enfant dit: Nous en sommes. (V. Hugo, VAnnée terrible, Juin, XL) Ceux-ci sont dês héros qui n'ont pas peur des femmes,
(Id., Chat., II, 7, 2.)
£94. Pronoms et adjectifs démoustratlfs. — On voit que dans ce qui précède nous n'avons pas mis cet au nombre des pronoms démonstratifs. C'est qu'en effet cet n'a plus aujourd'hui que la valeur d'un adjectif.
Il n'en était pas ainsi autrefois, celui et cet s'employaient l'un et l'autre, et comme adjectifs et comme pronoms. Voici des exemples où celui est adjectif :
ELLIPSE DES DEMONSTRATIFS. 329
A celle journée que nous entrâmes en nos neis.
(Joiiiv., XXVIII.) en cel estât et en celle doubte les tint il un grant temps.
(Froiss., I, 191, 29.)
La pénitence peut consister sans celle confession,
(Calvin, m, 4, 1.) Voici d'autres exemples où cet est pronom : mes cesti fist il grasce, (Froiss., IV, 180, 20.) desquels cettuy est le premier en scandale. (D'Aub.,
La langue moderne a établi une distinction : celui est exclusivement pronom comme ce; cei exclusivement adjectif.
295. Ellipse des pronoms démonstratifs. — Aujourd'hui remploi du pronom démonstratif est obligatoire dans quelques tournures où autrefois on pouvait s'en passer. D'Aubigné disait par exemple (II, 176) :
La pitié nous ouvre ton sein^ Vautre les cachots; une nous monstre la sereine face d'un père, Vautre d'un juge qui a le front ridé.
Nous serions obligé de dire : celle d'un juge.
De même, devant un relatif, ce est aujourd'hui de rigueur; on le sous-entendait très bien dans l'ancienne langue, comme en latin. On disait : Je fereie que fols^ je fereie que sages. (Je ferais ce qu'un fou ferait, ce que ferait un sage, je ferais acte de folie, acte de sagesse.) En dehors même de ces tournures, ce est souvent sous-entendu devant les relatifs et les interrogatifs. Ex. :
Je fis lever mon Chamberlain qui gisoit devant moy et li dis que il alast veoir que c'estoit. (Joinv., LU.)
Helas! mon cher M or el, dy-moi que je feray.
Car je tiens, comme on dit, le louppar les oreilles.
(Du Bellay, Œuv. choisies, 219.)
On retrouve des traces de cette ellipse jusque dans La Fontaine ; elle a même laissé dans la langue moderne une locution toute faite : qui pis est, pour : ce qui pis est. (Voir § 283.)
S 96. Remarques sur quelques locutions. — Signalons ( uiin la, disparition de plusieurs tournures regrettables :
1* On ne peut plus aujourd'hui, sans commettre une faute, faire suivre le démonstratif ceux ou celles d'une épithète, dire par exemple :
Voilà 70 millions dépensés^ avec ceux déjà perdus cela fait une jolie somme.
Cette façon de parler était cependant logique et commode.
2* Il n'y a celui qui, signifiait autrefois il n'y a personne qui; Ex. :
Il n'y a desja celuy qui ne voye le Baptesme des petis enfans n'avoir esté forgé témérairement. {CB.\y.t IV, 16, 8.)
.... dont ils eurent tous si arande honte, qu'il n'y eut celuy d'eux qui osast ouvrir la bouche pou/r parler contre luy. (Amyot, Lyc, XVI, p. 53, éd. cit.)
3' Comme celui qui signifiait : en qualité d'homme qui, Ex. :
Et dit-on, qu'estant ja fort renommée et honorée comme celle qu'on eslimoit estre l'amie d'un dieu, elle disparut au mesme lieu oii esloit enterrée la première Laurentia. (Amyot, Rom., I, p. 23, éd. cit.)
Cicero s'informa... à un de ses gens, qui luy dist son nom; mais comme celuy qui songeoit ailleurs et qui oubliait ce qu'on luy respondoit, il le luy redemanda encores depuis deux ou trois fois. {Mont, II, 10.)
4" Enfin on employait cet, cette comme attribut et pour annoncer une chose qui suivait. Ex. :
ceste est la reigle de pieté : que la seule main de Dieu conduit et gouverne bonne fortune et adverse. (Calvin, III, 7, 10.)
Nous n'avons pas de tournure proprement équivalente. Telle ici ne peut remplacer cette, et nous sommes obligés de dire : Voici quelle est la règle de la piété.