DIALECTE DE L'ILE-DE-FRANCE
commencent à paraître sont écrites dans le dialecte local, normand, bourguignon, suivant les endroits. Ainsi de tous les premiers monuments de la langue, le seul qui soit en français proprement dit est le poème de Saint- A lexis ; encore est-il discuté. Les Serments de Strasbourg^ dont nous avons parlé plus haut, ne lui appartiennent pas.
12. Progrès du dialecte de l'Ile-de-France. — Ce n'est qu'au XII® siècle que le dialecte de TIle-de-France commence à.prendre le pas sur les autres. Non pas qu'il eût sur eux une supériorité marquée, qu'il fût ou plus riche, ou plus souple, ou plus harmonieux. Il n'a aucun caractère spécial bien distinct, et, placé au centre, tient un peu de tous ses voisins. Ge qui lui assure l'avantage, ce sont les circonstances politiques. Il est la langue de la cour et de la capitale, et ses progrès suivent ceux des ducs de France. Parler comme à Paris fut de bonne heure considéré comme la marque d'une bonne éducation, et dès la fin du xu® siècle il n'était plus guère permis à un grand seigneur de Picardie, de Bourgogne ou d'ailleurs de se présenter en France et d'y prétendre parler le ramage de son pays^ témoin la mésaventure arrivée à Gonon de Béthune qui cultivait avec un certain succès la poésie : comme il était à la cour, la régente Alix de Ghampagne et le prince qui fut depuis Philippe Auguste voulurent entendre quelques-unes de ses chansons. Le poète s'exécuta, mais en gâtant son débit par un fort accent picard, qui lui valut les railleries des assistants, voire de la comtesse, au suffrage de laquelle il semblait tenir :
... Mon langage ont blasmé 11 François Et mes chançons, oiant les Champenois, Et la contesse encor, dont plus me poise ; La roïne ne fist pas que courtoise Qui me reprist, elle et ses fuis li rois; Encor ne soit ma parole françoise
Si la puet on bien entendre en françois, Ne cil ne sont bien apris ne courtois Qui m'ont repris se j'ai dit mot d'Artois, Car je ne fui pas norris à Pontoise*.
A partir de cette époque, pendant tout le cours du xiii« siècle, l'idiome de l'Ile-de-France se propage de plus en plus, grâce aux circonstances extérieures qui ne cessent pas de lui être favorables, et à la politique que suivent les rois, qui aboutit à fonder l'unité française. En 1101 Philippe I«' avait acheté le Berry, un siècle plus tard Philippe Auguste confisquait la Touraine et la Normandie, etc., et à mesure que la couronne arrondit son domaine, le français annexe des provinces. La réunion du Nord et du Midi préparée par les croisades contre les Albigeois, et consommée par l'habileté des rois de France, amena la ruine de la civilisation et la décadence de la langue jusqu'alors si florissante des troubadours. Désormais le triomphe du français était assuré. Les créations administratives et judiciaires du xiv^ siècle, l'accroissement de l'autorité des Capétiens le confirmèrent. La langue de l'Ile-de-France, devenue langue commune, put supporter la redoutable épreuve d'une transformation intérieure. Elle n'avait plus à craindre de rivale.
13. lies patois. — Toutefois les dialectes provinciaux vaincus ne devaient pas disparaître tout d'un coup. Nous avons déjà eu l'occasion de dire avec quelle fidélité le