‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 194 sur 320 · EMPLOI DE L'ARTICLE PARTITIF 37'J · texte numérisé non relu

EMPLOI DE L'ARTICLE PARTITIF 37'J

forme du partitif. Au xvi% au xvii^ siècle même, on employait des au pluriel, que le substantif fût ou non séparé de l'article par un adjectif. Ex. :

Entremeslant des longues pauses de repos. (Mont., IV, 13.)

Chercher des petites pierres. (Des Périers, Cymbalum.)

Vous aurez passé sur des petits ponts. (Sév., II, 205.) M. de Richelieu et le maréchal de Belle fonds.... ne feront pas ... des places nouvelles aux cordons bleus., quand il y en aura. (Id., YI, 153.)

Mais à un certain moment on commença à employer au pluriel de au lieu de des en pareil cas, témoin cette phrase de La Bruyère : Il y a àe certaines choses dont la médiocrité est insupportable. [Ouv. de l'esprit.)

Les grammairiens voulurent alors étendre la règle au singulier, et aujourd'hui il est obligatoire d'écrire : J'ai mangé de bonne soupe. J'ai bu de bon vin. L'instincl populaire résiste du reste absolument à ces prescriptions. On continue à dire ; J'ai bu du vieux vin, comme on dit j'ai bu du vin vieux; et en effet il n'y a aucune raison pour que ce déplacement de l'adjectif entraîne la substitution de de à du ou de la\ il faut supprimer l'article partout ou nulle part.

Dans les phrases négatives qui contiennent des substantifs, ces substantifs se passent d'article partitif. Rien de plus naturel si l'on se rend compte de la construction. On sait en effet que les mots pas et point sont originairement des substantifs. Je n'ai point de place, c'est proprement : Je n'ai pas un point de place. tes substantifs se sont ensuite immobilisés en adverbes négatifs. Point de., pas de sont devenus de véritables expressions quantitatives analogues à beaucoup de, peu de, trop de, etc. Or le substantif qui suit ces locutions se construit toujours seul. On dit donc : pas de chance comme trop de chance.

A vrai dire, s'il devait y avoir un article dans les phrases

négatives, ce seraient les mots pas et point qui en seraient procédés, mais ils avaient cessé d'être substantifs au moment où l'emploi de l'article indéfini est devenu régulier.

Par analogie avec les phrases négatives, des propositions qui contiennent des mots semi-négatifs seulement tels que sans ont la même syntaxe. On dit : je veux m'en aller sans armes et non sans des armes. ^On pourrait du reste expliquer autrement cette construction. Voir au § 329.)

389. Ellipse de l'ardcie. — On a pu suivre, dans les paragraphes qui précèdent, la marche progressive de l'article. Elle a été si continue qu'aujourd'hui il est permis de dire d'une façon générale qu'un substantif français a besoin pour être vraiment substantif d'être accompagné d'un article, à moins qu'il ne soit précédé d'un mot équivalent, tel qu'un possessif ou un démonstratif.

Il y a toutefois quelques restrictions à faire. D'abord on peut supprimer l'article par un artifice de style pour produire un effet particulier, par exemple dans une énuméralion. Ainsi :

Femmes, moines vieillards, tout était descendu.

(La Font., Fab., VII, 8.)

Mais c'est là un fait dont nous n'avons point à nous occuper et qui est en dehors de la grammaire.

En outre il faut tenir compte d'un grand nombre d'archaïsmes qui se sont conservés dans la langue moderne, et où l'article est supprimé suivant les habitudes syntaxiques de l'ancien français.

Mais en dehors de ces cas particuliers, il n'y a guère à la règle donnée plus haut que des exceptions apparentes. Partout où le substantif garde sa véritable fonction, partout où il est ou sujet, ou complément, ou terme qualifié, il est accompagné de l'article ; les cas contraires s'expliquent facilement.

En effet : 1° On trouve le substantif employé seul quand

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