Prétérits latins en ui
Le latin formait des prétérits en ui. Ex. : deb-ni.
Le latin déb-nl donne en français d-ui, deb-tisti, — d-eus,
dèb-uit, — d-eut, (i-ut,
deb'timvLS, — rf-eûmes,c/-eùsmes,
deb-tiistis, — (i-eùstes,
déb-ueruni {pour debuérunt) c?-eurent, ^/-urent.
Remarque I. Il y a deux déplacements d'accents à signaler.
1° Dans debuisti, debuistis, ui forme une diphtongue réduite ensuite à u, où l'accent est sur Vu, et non sur ïi où il devrait être.
2° Dans dèbuerunt, l'accent est sur la première syllabe et non sur Ve de erunt. La raison en est que l'accent
se trouve là à toutes les troisièmes personnes des autres temps.
Remarque II. Plus tard les formes en eus se sont réduites à us :
deiis a donné dus,
dexLsmes — dusmes, dûmes, etc.
Remarque III. Enfin la première personne a été, comme souvent, assimilée à la seconde :
je deus, puis je dus, a remplacé je rfui.
Cas particuliers. — Quand la voyelle tonique est un a au lieu d'un e, la conjugaison s'en trouve modifiée.
hàbui a donné oi (plus tard eus comme à la 2* personne),
habùisti — oûs, ews, eus,
hàbuit — ot {out, eut par assimilation),
habùimus — oûmes, eusmes^ eûmes^
habùistis — oûstes, eûstes, eûtes ^
hàbuerunt — ourent, orent, eurent (par assimilation).
A toutes les personnes où l'accent est sur le radical, on a l'o du radical et Vi de flexion; aux personnes où l'accent est sur la flexion, û reparaît.
Conjuguez de même
je soi (de savoir), je toi (de taire), je ploi (de plaire), ]epoi (de pouvoir),
devenus plus tard : je su^, je plus, je tus, sous l'influence de la deuxième personne. Seul entre tous, eus (de avoir) a conservé dans son orthographe le souvenir de sa forme première.
Cette conjugaison s'est étendue par analogie à un certain nombre de verbes qui en latin faisaient leur parfait autrement, savoir : je crui, de croire, je bui, de boire, je reçut, de recevoir, je crui, de croître, etc.
Ici la voyelle du thème disparaît à toutes les personnes ;
PRETERIT DE L'INDICATIF. 427
Le d de cred a disparu dans crui comme dans crûmes, le V de recevoir est tombé dans receus comme dans reçûtes. Uu atone de la flexion ui a donc pu exercer une action directe, mais il n'en est pas ainsi dans tous les verbes.
Verbes venir, tenir, vouloir, valoir. Le n qui termine le radical des deux premiers de ces verbes, le l qui termine celui de vouloir, doivent, suivant les lois phonétiques, subsister en français. Uu atone n'exerce donc aucune influence sur la voyelle du radical.
1» Dans tenui, Yi final se durcit en une gutturale, et en même temps transforme en i Ve du radical. De là je tinc. De même : je vinc, qui correspond à un prétérit populaire venui du verbe venire (venir). Sous l'influence de cette première personne, la troisième du singulier sera tint, vint, la troisième du pluriel tinrent, vinrent, ou, avec rintercalation d'un d euphonique, tindrent, vindrent.
Aux autres personnes, savoir la deuxième du singulier, la première et la deuxième du pluriel, suivant l'analogie du verbe devoir, on aurait dû avoir : tu tenus, tu venus. Mais l'influence de Vu atone a été nulle dans ces verbes, le déplacement d'accent que nous avons signalé dans debùisti n'a pas eu lieu, et l'accent est resté sur Vi, qui alors a demeuré en français. De là les formes : tu tenis, tu venis, nous tenismes, nous venismes, vous tenites, vous venites.
Puis, toujours sous l'influence de la première personne du singulier, sur vinc, tinc on a refait vinmes, tinmes, etc., qui ont remplacé venimes, tenimes, etc.
Enfin la première personne qui avait servi de modèle pour les autres a été refaite à son tour et a été assimilée à la seconde : tinCy vinc, sont devenus tins, vins.
2« Dans les autres verbes comme valoir il s'est produit des phénomènes différents. L'accent s'est porté à toutes les personnes sur la flexion :
vdlui, devenu valût, a donné je fa/ui(par assimil. valus),
valuisti, — valùisti, —
vàluit, — valùit, — valùimus, —
valuistis, — valùistis, —
vàluerunt, — valûerunt, —
tu valuSy il valut, nous valûmes, vous valusies, ils valurent.
Ge type de conjugaison faible a servi de modèle aux prétérits des verbes falloir, mourir ^ moudre, courir, qui ont les mêmes formes.
Le verbe vouloir avait dans l'ancienne langue un prétérit 2e vols, tu volsis, il volst, du type des prétérits en si; il a disparu. On trouve également les formes : je voil, il volt, ils voldrent; elles sont aujourd'hui éteintes, vouloir n'a plus qu'un prétérit à forme faible exactement semblable à celui de valus.
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