‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 228 sur 320 · LES AUXILIAIRES ÊTRE ET AVOIR · texte numérisé non relu

LES AUXILIAIRES ÊTRE ET AVOIR

rement. La place des deux termes n'est pas fixe. On met déjà le plus souvent l'auxiliaire d'abord, le participe ensuite; mais la construction inverse, à la façon latine, est encore admise. Ex. : accordé fu que Von les li bailleroit (Joinv.) (il fut accordé que on les lui baillerait).

En outre, on peut intercaler entre l'auxiliaire et le participe, non seulement comme aujourd'hui un adverbe intimement lié à l'un ou à l'autre, mais le régime ou le sujet de la phrase, avec ce qui s'y rapporte, voire les régimes indirects. Ex. : out sa raisun fenie [RoL, 193) (il eut fini son discours). Si furent adonc leurs cris et leurs regrets entendus clairement. (Amyot, Romul., 28, p. 35, éd. cit.)

Mais peu à peu ces constructions deviennent rares. Les temps composés rapprochent leurs éléments et tendent de plus en plus à former des expressions uniques où les deux verbes avoir et être sont presque réduits à l'état de flexions et servent à distinguer les formes des personnes, des temps, des modes. Ils n'ont plus aujourd'hui d'autre rôle, et sont dans la langue moderne de véritables auxiliaires.

Or il y a longtemps qu'il en est ainsi, et c'est peut-être là une des raisons qui font que, considérés dans les formes où ils ont perdu tout sens propre, c'est-à-dire dans la conjugaison active, comme de simples flexions destinées à marquer le nombre, la personne, le mode et le temps, ils peuvent s'employer l'un pour l'autre et se remplacer constamment.

Emploi d'eft*e et d'afofr* dans les différentes espèces de verbes.

403. On a vu par ce que nous avons dit dans l'exposition qui précède, particulièrement aux paragraphes 398 et 400, que ce sont des raisons d'analogie, c'est-à-dire des raisons

de forme plutôt que des raisons logiques qui ont décidé du choix des auxiliaires avec les différentes espèces de verbe. Aussi la répartition n*a-t-elle jamais été bien strictement faite.

En théorie, et c'est la règle de la vieille langue, les verbes intransitifs se construisent avec être^ les verbes transitifs avec avoir. Mais la distinction même sur laquelle celte règle est établie n'est pas absolue. On sait et nous verrons qu'un verbe transitif devient facilement intransitif et réciproquement.

C'est une raison de plus avec les autres qui fait que les verbes changent souvent d'auxiliaires. On en pourrait citer une foule qui, aujourd'hui construits avec é/re, ont pris autrefois avoir, et les exemples inverses ne sont pas moins nombreux. Il n'y a pas en réalité de classification rigoureuse, on trouve :

Il a aie par le chemin. (Froiss., IV, 38, 5.)

Et avoient li Juis sorti bien cent ans en devant. (Id.,

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