‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 227 sur 320 · TEMPS COMPOSÉS DE LA CONJUGAISON ACTIVE · texte numérisé non relu

TEMPS COMPOSÉS DE LA CONJUGAISON ACTIVE

Mais très souvent la distinction s'efface. L'esprit d'analyse tend à substituer cette forme décomposée à la forme synthétique venue du présent latin. Au xvi^ siècle, on en fait constamment abus. Malherbe relève et avec raison dans Desportes : être périssant^ être naissant, être attendant, etc., expressions qui ne servent qu'à alourdir la phrase. Depuis cette époque, ce tour a disparu, ou à peu près.

400. Verbes réfléchis. — Le latin avait beaucoup de formes passives à sens actif dans le genre de : me ultus sum (je me suis vengé,)

Or, rien n'empêchait le verbe réfléchi d'être assimii^-rt" un passif, car le sujet est à la fois l'auteur et l'objet de l'action.

L'exemple fourni par le latin a donc été suivi ; on a dit en français : je me suis sali, je me suis purifié, etc., et la conjugaison s'est étendue à tous les verbes analogues.

Formes composées avec avoir.

401. Ici l'origine latine est sinon plus obscure, au moins plus lointaine. On ne trouve à première vue aucun exemple de l'auxiliaire avoir composant un temps périphrastique dans les paradigmes de la conjugaison active latine.

Mais il était d'usage d'employer le verbe habere avec un complément à l'accusatif, par exemple : habeo scriptas litteras pour signifier j'ai (sous la main, en ma possession) une lettre écrite. Le verbe habere conservait encore son sens et exprimait l'idée de possession.

Dans une autre phrase comme : habeo amissam sororem, littéralement j'ai D(ia sœur perdue, il est évident que le sujet n'est plus en possession de sa sœur. L'idée propre du verbe avoir s'efface donc, l'expression composée de ce verbe et du participe s'unifie et devient peu à peu une forme nouvelle du prétérit, destinée à exprimer

mieux que la forme simple le complet achèvement de l'action.

Habere est alors passé à l'état d'auxiliaire et s'est uni au verbe transitif pour former avec lui des temps composés. Ex. : j'ai lu, que i'aie lu, j'avais lu, avoir lu, que le français conserve et multiplie.

GÉNÊBAUrrÉS SfJR LES AIJXILI AIRES

40». Il est évident que, dans toutes les formes que nous venons de citer, l'unité n'est pas la même. Dans f aimerai^ on n'a plus à vrai dire qu'une forme simple ; dans je suis aiméj on sent plus nettement la composition. A certains temps, comme au futur, l'analyse est délicate à faire ; dans d'autres, comme au présent passif, elle retrouve du premier coup les éléments composants.

Néanmoins, dans toutes ces formes, on n'a affaire qu'à une expression unique dont les éléments ont perdu une partie de leur valeur propre. Être n'exprime plus l'idée d'existence, avoir n'exprime plus l'idée de possession, leur signification propre s'est fondue dans le sens de l'expression tout entière.

On a bien encore au Moyen Age un certain sentiment de la valeur propre du verbe avoir et il ne serait pas difficile de relever un certain nombre d'exemples comme celui-ci :

Les oreilles avoit mossues,

Et trestotes les dens perdues. (Rom. de la Rose, 355.)

où avoir est encore le verbe indiquant la possession par rapport au premier complément, mais où il joue en même temps le rôle d'auxiliaire.

La liberté . de la construction indique aussi que les éléments des temps composés ne sont pas encore soudés entiè-

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