‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 230 sur 320 · LES AUXILIAIRES ÊTRE ET AVOIR · texte numérisé non relu

LES AUXILIAIRES ÊTRE ET AVOIR

Victor Hugo dit avec tout le monde aujourd'hui :

Du moment où le cardinal était entré.

Montaigne dit quelque part :

J'ai resté plus d'un an en Italie^ Et ailleurs :

Laphilosophie seroit restée dans le fond d'un collège* Alphonse Karr :

Non, la pluie a tombé vers deux heures.

Et ailleurs :

Puis les nuages ont crevé et la pluie est tombée par torrents.

Les contradictions abondent ainsi non seulement d'un siècle à l'autre, d'un auteur à un autre auteur, mais d'une page à une autre page dans un même livre.

Il est vrai qu'on a voulu établir des distinctions de sens entre ces doubles formes. On a prétendu que : la pluie a tombé ne signifiait pas la même chose que la pluie est tombée. Ge sont là des subtilités démenties par l'usage.

On peut toutefois constater dans la langue parlée deux tendances assez nettes. Le peuple ramène d'une façon générale : 1° les intransitifs, 2« les réfléchis, à l'auxiliaire avoir. Il dit ; /ai venu, /ai tombé; et, ;'e m'ai trompé, je m'ai coupé.

Le premier de ces deux faits est d'autant plus remarquable qu'il est en opposition absolue avec la règle de l'ancienne langue.

404. Resterait à indiquer comment les verbes avoir et être remplissent leur rôle d'auxiliaires dans chacune dea formes qu'ils composent.

Pour l'expression du nombre et de la personne, aucune difficulté. Il est assez difficile au contraire d'expliquer comment les auxiliaires ont pris dans différents temps telle ou telle valeur modale ou temporelle ; comment par exemple, dans je suis tombé, l'idée est celle d'un passé quand l'auxiliaire est au présent, comment, dans/ai77?erais, la flexion ais de l'imparfait de l'indicatif peut exprimer une idée conditionnelle propre au subjonctif.

Pour résoudre ces questions, il sera nécessaire d'examiner une à une les combinaisons à propos desquelles elles se posent, et pour expliquer telle forme, on devra auparavant en connaître l'emploi, si on veut déterminer les rapports qu'ail peut y avoir entre la valeur et la forme des temps. Nous traiterons donc ces différents points en parlant de l'emploi des temps et des modes.

Verbes semi-auxiliaires.

405. Il n'y a que les verbes être et avoir qui soient parvenus à l'état que nous venons de décrire. Mais plusieurs autres s'en approchent et sont sinon des auxiliaires, au moins des semi-auxiliaires, en ce sens qu'ils n'ont plus dans les formes où ils entrent en composition qu'une partie de leur signification propre. Ces verbes sont assez nombreux ; les principaux sont rendre j aller et devoir,

I" Rendre. On trouve fréquemment, surtout dans les textes du xvi® siècle, une forme composée du verbe rendre et d'un participe, qui remplace ou à peu près un verbe simple actif. Ainsi on disait : rendre défait, gelé, surmonté, c'est-à-dire faire que quelqu'un ou quelque chose soit défait, gelé, surmonté. Le sens n'était pas tout à fait le même que celui des simples défaire, geler ^ surmonter; mais dans l'usage on employait un peu au hasard cette

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