VERBES SEMI-AUXILIAIRES
forme périphrastique, et Malherbe, voyant là un abus, Ta proscrite. Condamnée par lui, elle a disparu.
2° Aller se construisait autrefois très souvent avec un participe présent. Henri Estienne trouve bonne grâce à cette allocution qui était encore assez usuelle de son temps. On disait fréquemment : aller jurant, épiant, naissant, attendant, etc.
Certains auteurs même faisaient de ces locutions un singulier abus que Malherbe critique avec raison. Comme toutes les formes composées, celle-ci allait peu à peu supplantant le simple ; la conjugaison tendait ainsi à devenir de plus en plus analytique et à se désorganiser sans besoin. La réaction marquée par le xvii^ siècle mit un terme à cet excès.
La construction a survécu, mais avec un sens particulier.
Aujourd'hui, en effet, dans les locutions analogues, aller conserve toujours quelque chose de sa valeur; quand Musset dit :
Un couplet qu'on s'en va chantant Efface-t-il la trace altière Du pied de nos chevaux marqué dans votre sang?
Le sens n'est pas le même que s'il avait dit : un couplet qu'on chante ; il s'agit bien d'un mouvement.
De même : ce mur va s'écroulant a un sens particulier. Va indique une progression ; on ne pourrait pas mettre ici s'écroule. Aller indique tout au moins qu'il s'agit d'une action progressive et continue. Toutefois le verbe aller s'approche très près du rôle d'un auxiliaire quand il est joint à l'infinitif pour exprimer un futur immédiat. Ex. : il va venir, on m'a dit qu'il allait chanter.
3* Devoir, Le verbe devoiry dans un certain nombre de
cas, peut aussi presque être assimilé à un auxiliaire. Ex, î On m'a dit qu'il devait y aller; je savais qu'il devait venir.
Chose curieuse, l'homme qui devait un jour imposer à tous les États de la Germanie les dures lois bureaucratiques et militaires de la Prusse, cet homme n'a jamais pu s'astreindre aux devoirs scolaires.
L'idée d'obligation est presque disparue et ces exemples montrent bien par ce qui se passe dans notre propre langue, quel insensible mouvement a effacé le sens propre des verbes avoir et être.
Des verbes pronominaux.
406. Origine des verbes pronominaux. — Les Latins avaient plusieurs manières d'exprimer qu'une action est causée et soufferte par la même personne. Ils se servaient quelquefois de la voix passive. Ex. : Scandunt rursus equum, et nota conduntur in alvo. (Virg., JEn., lib. II, 401.) (Ils montent de nouveau dans le cheval et se car chent dans le ventre qu'ils connaissent.)
Mais plus souvent on employait la voix active en faisant accompagner le verbe d'un pronom régime. Ge pronom était le réfléchi à la troisième personne, le pronom personnel ordinaire aux personnes où le réfléchi n'existait pas. Il était à l'accusatif quand le sujet était en même temps l'objet direct de l'action, au datif quand il n'en était que l'objet indirect. Ex. :
mihi nooeo (je me nuis (à moi-même).
Virgo de cespite se levât (La vierge se lève du gazon).
Le français a repris, comme toutes les langues congé-
VERBES PRONOMINAUX 447
nères, cette construction latine, et il a un grand nombre de verbes réfléchis pronominaux.
409f. Rôle du pronom. — Dans les uns, le verbe étant transitif, le pronom est régime direct. Ex. : mouvoir, sj mouvoir.
Dans les autres le verbe étant intransitif, le pronom est régime indirect. Il n'en a pas moins la même forme, sibi donnant, comme nous l'avons vu, le même résultat que se, savoir un pronom atone : se. On dit donc : se nuire, se donner la mort.
Jusque-là rien de changé. Mais comme toute construction admise pour une espèce de mots devient peu à peu un moule dont tous les mots de même genre devront recevoir la forme, ce tour se développe comme les autres. Le pronom s'ajoute alors à une foule de verbes dont il n'est plus ni le régime direct, ni le régime indirect. De là des verbes qui ne sont plus à proprement parler des réfléchis, mais seulement des pronominaux.
Dans un certain nombre de ces verbes le pronom indique encore sinon que le sujet est l'objet direct ou indirect de l'action, au moins qu'il est intéressé d'une façon quelconque à cette action.
Citons comme exemples : se réfugier, s'ingérer, se blottir, s'attrouper, etc.
Mais en dernier lieu le pronom arrive à s'introduire dans une foule de verbes oii il est impossible de déterminer le rôle qu'il joue, de découvrir même s'il en joue un. Il n'est là que par analogie. Ainsi que signifie le pronom se dans s'écrouler, s'évaporer, s'emparer ?
Il serait facile de citer beaucoup d'exemples analogues. On en trouverait bien plus encore en parcourant l'histoire de la langue. Une foule de verbes se sont construits avec le pronom, qui s'emploient sans lui aujourd'hui. Ainsi on
trouve dans les textes : s'apparaître (pour apparaître), se cesser (pour cesser)^ se combattre (pour combattre^), se commencer (pour commencer) et de même se consentir, se descendre, se dîner, se dormir, se /wir, se partir^ se tarder, se vwre, etc.
Au xv!*^ siècle encore Ronsard emploie s'apparaître (Odes, I, 10); Pasquier ; se rfé/î6érer.(Rech., VI, 18); Desportes : s'habiter, s'éclater, etc.
Il est évident qu'à un moment donné on ne voit plus dans la forme pronominale qu'une sorte de nouvelle forme de la conjugaison, et que la langue tend à y faire rentrer les verbes intransitifs.
Cet effort n'a pas abouti ; il y a eu réaction, et l'usage n'est pas parvenu à se généraliser.
Il reste toutefois un grand nombre de verbes pronominaux qui ne peuvent s'employer sans lo pronom. Ils sont dits pour cette raison verbes pronominaux essentiels.
On leur oppose les verbes pronominaux accidentels qui sont en nombre indéterminé, car ils comprennent tous les verbes transitifs qui sont susceptibles de prendre la signification réfléchie.
(Voir pour l'emploi des formes atones ou toniques du pronom dans les verbes pronominaux le chapitre des pronoms.)