ACCORD DU PARTICIPE. 52T
pourrait mieux employer. Les plus grands auteurs les ont ou Ignorées ou violées, et leur style n'y perdait ni en clarté m en précision.
469. Participe des verbes pronominaux. — Quand 1& verbe était pronominal, le participe construit avec être suivait dans l'ancienne langue exactement la même syntaxe que dans les verbes ordinaires, c'est-à-dire qu'il s'accordait toujours en nombre, en genre et en cas avec le sujet du verbe.
Ex. : A eels d'Espaigne mult s'i est cumbatuz.
(Avec ceux d'Espagne beaucoup s'est là battu.)
(RoL, 2041.
Turpins de Reins, quand se sent abatuz. (Turpin de Reims, quand il se sent abattu.)
(Roi., 2083.> Païen d'Arabe des nefs se sunt issut. (Païens d'Arabie des navires sont sortis.)
(i?oL, 2810.)
Dans les deux premiers vers le participe est au sujet masculin singulier, dans le troisième au sujet masculin pluriel.
Après la chute de la déclinaison, les participes passés des verbes réfléchis contruits avec être ont continué à s'accorder en genre et en nombre avec le sujet; Gessner en cite des exemples au xvi* siècle.
Us se sont frottez leur main, (Rabelais.)
Jusques aux enfants qui se sont donnez la mort,
(Montaigne. )
Et encore au xvii* siècle : Nous nous sommées rendus des preuves. (Corneille.)
On sait que cette façon de parler a subsisté dans la lan-
gue populaire, et l'on entend très souvent encore une lemme dire : Je me suis faite un chapeau ; tandis qu'elle dira en parlant d'un homme : // s'est fait une canne.
Toutefois la langue moderne condamne absolument cette syntaxe. On considère aujourd'hui non plus le sujet, mais le pronom régime du verbe pour régler l'accord.
Dans le premier cas, on admet que le pronom régime se est complètement direct, on fait l'accord :
Ex. : Elle s'est immolée au bien public.
Dans le deuxième cas, on considère que le pronom est régime indirect ; on fait alors l'accord avec le régime direct du verbe si ce régime précède : Les faits qu'il s'est rappelés.
C'est appliquer aux participes construits avec être la règle du participe construit avec avoir. L'ancienne langue ne considérait que la forme des verbes pronominaux et elle les assimilait aux verbes ordinaires construits avec être. La langue moderne, voulant être plus logique, a essayé d'analyser, sans réussir à rien qu'à compliquer encore la syntaxe, car il est très souvent impossible de déterminer si le pronom est régime direct ou indirect, voire même s'il est l'un ou l'autre. Ainsi dans cette phrase : Ils se sont emparés de la ville, quel rôle joue se et, en bonne logique, quelle règle lui appliquer? On est forcé de recourir à une règle de convention. (Voir ce que nous avons dit du rôle du pronom dans les verbes pronominaux, g 407.)
Constructions du participe,
4'50. Participe épiihëte. — A. Le participe présent se construisait comme épithète, en latin déjà; et il marquait alors souvent une disposition à l'état ou à l'action signifiée
par le radical du verbe. Ainsi : Homo magis adversos rerum exitus metuens quam sperans secundos, signifie : Un homme plus disposé à craindre une issue fâcheuse des événements qu'à en espérer une favorable.
Cette construction s'est développée en français, et le participe présent ainsi employé se rencontre à chaque instant. Tantôt il est construit sans complément, et c'est alors un véritable adjectif, tantôt il a un complément et garde par conséquent quelque chose de sa valeur verbale.
Les exemples de la première tournure sont très nombreux. C'est ainsi qu'on dira; les armées assiégeantes, les tables tournantes
On trouve plus rarement des phrases comme celles-ci: Les villes comptant plus de trente mille âmes, nomme^ vont un délégué,
B. Le participe passé, lui, se construit comme épithète de la même façon qu'un adjectif ordinaire. Ex. : une femme tombée, un homme perdu, un traité signé, etc.
471. Participe en apposition. — Le participe se Construit en apposition pour déterminer le verbe de la proposition principale en y ajoutant une idée concomitante et circonstancielle. Ex. :
... cueillant les roses blanches.
Consolant les tombeaux délaissés trop longtemps^
Je passe et je reviens, je dérange les branches^
Je fais du bruit dans l'herbe, et les morts sont contents,
(V. Hugo, Rayons et Ombres, XIV.) Et les trônes, roulant commue des feuilles mortes. Se dispersaient au vent, (Id., Chat., II, 7, 1.)
Plus particulièrement le participe ainsi construit, passé ou présent, ajoute une circonstance de temps, de cause, de but, comme le ferait une proposition subordonnée.
BRDNOT. 34
En latin on rencontre déjà le participe marquant la cause, plus rarement le but. Ex. : Dionysius tyrannus, cultrosmeiuens tonsorios, candenti carbone sibi adurebat capillum, (Gic, Deoff., II, 7.) (Le tyran Denys, craignant les rasoirs, se brûlait la barbe avec un charbon ardent.)
En français le participe marquant la cause est très usuel. Ex.:
Vous Vavez eu par brigue, étant vieux courtisan,
(Gorn., Cid, I, 3.) Puisque les vieux faubourgs, tremblant comme des lâches. Font semblant de dormir.
(V. Hugo, Chat., II, 7, 1.)
Le participe marque le moyen :
Tu trouveras la paix, quittant la convoitise.
(Gorn., Im., III, 32.)
Le participe marque aussi une supposition, et la pr-^position participiale correspond, dans certains cas, à une proposition qui commencerait par si. Ex. :
Il sera plus dangereux mort que vivant (s'il meurt que s'il vit) .
47». Participe gérondif avec en. — Dans tOUS ces Cas, comme on a dû déjà le remarquer, l'usage a prévalu de construire le participe gérondif avec la préposition en. On trouvait déjà en latin le gérondif avec in; surtout à l'époque de la décadence. Le tour s'est peu à peu généralisé en français. On lit déjà dans le Roland :
Dist à sun uncle bêlement, en riant. (Roi., 862.) (Il dit à son oncle bellement, en riant.)
Aujourd'hui le participe se fait précéder de la préposition la plupart du temps. Ex. :
La mêlée, en hurlant, grandit comme une flamme»
(V. Hugo, Chat, V, 13, 2.) Je ne suis pas de ceux qui vont à ton calvaire, En se frappant le cœur, baiser tes pieds sanglants. (Alf. de Musset, Relia.)
Remarque. Cette construction donne lieu à une remarque importante. Elle était très libre autrefois ; le participe avec en pouvait se rapporter au complément du verbe, ou même ne se rapporter à rien du tout. Ex. :
L'artillerie ... vint tuer une trompette^ en apportant un plat de viande. (Gomm., I, 9.)
La langue du xvi® siècle avait gardé beaucoup de cette liberté :
Janne, en te baisant, tu me dis
Quefayle chef à demy-gris. (Rons., Oo?., IV, 31.)
DonCy cette douce Afrique, en la laissant, nous charme.
(Jod., Bid., I, 1.)
Malherbe blâme de semblables constructions dans Desportes (IV, 290, 336). N'';iQmoins on en trouve encore au xvii^ siècle. Ex. :
Songez-vous qu'en naissant, mes bras vous ont reçue ?
pac, Ph., I, 3.) Si son astre, en naissant, ne Va formé poëte.
(Boil., Art poét., I.)
La règle aujourd'hui veut que le participe avec en se rapporte au sujet du verbe principal, mais ni le peuple ni les auteurs n'obéissent absolument à cette règle. Voici deux vers de Musset où le participe se rapporte au régime :
Et que la liberté^ leur triste fiancée,
Au front du moins chez vous les baise en arrivant. (La Loi sur la presse.)
On continue à dire de même sans nuire à la clarté de la langue : L'appétit vient en mangeant. — En disant ces mots, les larmes lui vinrent aux yeux, etc..
Dans le premier exemple, en mangeant est construit absolument; dans le second, le gérondif se rapporte au sujet logique de la phrase.
49S. Participe attribut. — Déjà en latm, avec un verbe comme voir, entendre (videre, audire), on pouvait construire le participe en accord avec le complément; l'union du participe avec le sujet était alors l'objet direct de l'action signifiée par le verbe. Ex. : audio te dicentem (je t'entends parler). — Gurium nondum satis habes cognitnm (Tu n'as pas assez la connaissance de Curius).
Cette façon de parler a eu une singulière fortune en français, comme nous l'avons vu : 1" On construit le participe présent avec les verbes aimer, apercevoir ^ représenter, imaginer, sculpter, etc., et le participe passé avec tous ces verbes plus le verbe sentir, Ex. :
Quand il te vit sanglante et livrée à Vinfâme, Levant tes bras, meurtrie aux talons des soldats, (Cet homme) Touma la tète et dit : Qu est-ce que cette
[femme?
Je ne la connais pas.
(V. Hugo, Chat., IV, 8.)
Mais c'est avec le verbe avoir surtout que cette combinaison
s'est produite, et on sait que de là est sortie toute la liste des
lemps composés avec le participe et l'auxiliaire avoir.
(Voir aux formes des temps composés, §g 392 et suiv.)
2° Il arrive souvent que le participe est construit attri-
butivement sans l'intermédiaire d'un verbe; il forme alors
avec son sujet une proposition suLstantive équivalente à un substantif abstrait accompagné d'un nom au génitif. Ex. :
La Thessalie entière^ ou vaincue ou calmée, Lesbos même conquise en attendant l'armée^ De toute autre valeur éternels monumens, Ne sont d'Achille oisif que les amusemens.
(Rac, Iphig., I, 2.)
C'est comme si le poète avait dit : La défaite et la pacification de la Thessalie, la conquête de Lesbos.... ne sont d^ Achille oisif que les amusements.
Cette construction était très employée à l'époque classique. La proposition participiale ainsi formée servait tantôt de sujet, tantôt de complément dans la phrase. On la trouve dépendant non seulement d'un verbe, mais même d'une préposition. Ex. :
Après la mort du Comte et les Mores défaits.
(Corn., Cid,Y, 1.) Le pays délivré d*un si rude ennemi^ Mon sceptre dans ma mainpar la iien?ie affermi. Et les Mores défaits avant qu'en ces alarmes J'eusse pu donner ordre à repousser leurs armes.. Ne sont point des exploits qui donnent à ton roi Le moyen ni l'espoir de s'acquitter vers toi.
(Corn., Cid, IV, 3.)
Faut-il, Abner, faut-il vous rappeler le cours Des prodiges fameux accomplis en 7ios jours? Des tyrans d'Israël les célèbres disgrâces, Et Dieu trouvé fidèle en toutes ses menaces, L*impie Achab détruit, et de son sang trempé Le champ que par le meurtre il avoit usurpé ; Près de ce champ fatal, Jézabel immolée, etc.
(RdLC.Ath.,!, 1.)
hZà FORMES ET SYNTAXE.
C'était là un tour fort commode, le seul dont on pût se servir, malgré l'abondance des substantifs abstraits en français, pour traduire certains passages des auteurs latins. Aussi les grands écrivains de notre époque l' ont-ils repris aux classiques. Ex. :
// s'offrait aux brigands après la loi tuée.
(V.Hugo, ChâL,iy,S,) Quand il faut, pied à pied, dans l'herbe et le genêty Lutter seul, et n'ayant que deux bras, tenir tête A cent vingt durs garçons, c'est une sombre fête, ••• Et qui pourrait finir sur le sinistre pré Parles os d'un héros réjouissant /es aigles.
(Id., Lég. des siècles. V, 1.)
Mais ces passages ont un air archaïque, et la construction dont nous parlons a disparu de la langue courante.
474. Rémarque. — La construction du participe absolu n'est qu'un cas particulier de cette construction substantive. En latin, quand la phrase participiale substantive n'était ni sujet ni complément d'un verbe ou d'une préposition, on la mettait à l'ablatif : Régnante Romulo Archilochus fuit, (Archiloque vécut, Romulus étant roi). Dans le latin bar bare des derniers temps l'ablatif avait été remplacé par l'accusatif. Ainsi on trouve dans les formules : illas exceptas (elles exceptées). Avec cette modification, la tournure latine s'est conservée en français, et elle est commune aux deux participes présent et passé. Elle sert à marquer dans la phrase une circonstance de temps, de cause, etc., comme pourrait le faire une proposition subordonnée précédée d'unjB conjonction. Ex. :
Le gouvernement de Visle de Sardaigne luy escheut une fois par le sort, estant Préteur.
(Amyot, Cat., XIII.)